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L’environnement à la table des grands

Le Québec peut-il réellement se permettre de lever le nez sur le pétrole? Notre chroniqueur Richard Martineau et le metteur en scène Dominic Champagne en débattent.

cheminées d'usines
Photo d'archives

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En 2018, Justin Trudeau a légalisé le pot, François Legault a transformé le paysage politique québécois, les curés de la bien-pensance ont multiplié les appels à la censure, et l’environnement a cessé d’être une cause marginale pour devenir un enjeu national.

Avant, c’était la question constitutionnelle qui divisait les familles dans le temps des Fêtes (« Es-tu pour le Oui ou pour le Non ? »). À l’avenir, ça risque d’être la question environnementale (« As-tu signé le pacte ou pas ? »).

Regardez les jeunes. C’est leur cause numéro un. Bien avant la langue, la culture et les signes religieux.

C’est pour ça qu’ils ont voté QS. Pas pour voir Catherine Dorion porter une camisole au Salon bleu.

Terminée, l’époque où les « Verts » étaient relégués à la table des enfants quand venait le temps de débattre des « questions importantes ». Ils s’inviteront de plus en plus souvent à la table des grands.

(Note à François Legault : d’où l’importance d’avoir un ou une ministre de l’Environnement crédible et solide, qui connaît son dossier. Ce qui n’est malheureusement pas le cas présentement.)

Renouer avec la discussion

Qu’on le veuille ou non, que les climatosceptiques et les propriétaires de VUS soient contents ou pas, la question de l’environnement sera de plus en plus présente dans le débat national.

Un jour, dans quelques années, lorsque la génération de l’économie de partage aura des enfants, la question de l’environnement pourra même devenir la question de l’urne et faire pencher la balance aux élections.

Alors, on fait quoi ?

On va passer notre temps à se crier des noms ? Les mangeux de quinoa contre les chauffeurs de trucks ? Les idéalistes en trottinette contre les cyniques en pick-up ?

Voilà pourquoi j’ai posé cinq questions à Dominic Champagne, dans ma chronique de jeudi. Pour discuter.

Pour échanger.

Calmement, sans injure ni insulte.

Je n’ai pas signé le pacte. Mais ça ne veut pas dire que je suis complètement fermé à la cause environnementale.

Après tout, je ne vis pas sur Mars.

Dominic m’a répondu presque instantanément.

Visiblement, lui aussi veut discuter.

Eh bien, discutons.

Le Québec peut s’enrichir sans dépendre du pétrole

DOMINIC CHAMPAGNE, METTEUR EN SCÈNE ET INITIATEUR DU « PACTE POUR LA TRANSITION »

Cher Richard Martineau,

Tu m’as posé cinq questions fort pertinentes. Je m’empresse de te répondre.

Lorsque j’ai soumis à François Legault un projet de loi qui obligerait le gouvernement à respecter ses cibles de réduction de GES, un journaliste m’a demandé si je considérais que le pétrole de l’Alberta est sale. J’ai répondu oui.

Le pétrole est une source d’énergie sale. Parce que sa combustion est en train de bouleverser notre atmosphère de façon catastrophique. La raison scientifique demande de nous en passer au plus vite.

Nous ne proposons pas d’importer plutôt du pétrole de l’Arabie saoudite, mais bien de réduire notre dépendance au pétrole.

Alors que faire en attendant d’être affranchi du pétrole ? Nous ne proposons pas de cesser toute importation de pétrole d’un coup sec, mais de nous engager dans une réduction rapide.

La raison scientifique l’exige, les politiques doivent suivre, au service de l’intérêt public, pas des lobbys [...]

La peste ou le choléra

Faut-il favoriser le transport du pétrole albertain par train plutôt que par pipeline ? C’est comme demander de choisir entre la peste et le choléra. Au Québec, il faut au plus vite remplacer le pétrole par l’électricité, que nous avons en abondance.

Faut-il stopper le développement économique ? Au contraire ! La transition que nous proposons est créatrice, et non destructrice, de richesse et d’emplois !

On a eu le génie au Québec d’exploiter notre potentiel et de nous donner des lois qui encouragent à la fois notre économie et le partage de la richesse. [...] C’est de ce côté-là qu’il faut s’investir. Je crois que François Legault a un rôle historique à jouer, comme le René Lévesque de la nationalisation d’Hydro-Québec, comme le Robert Bourassa de la Baie-James.

Péréquation

Jacques Parizeau confiait un jour que la Révolution tranquille, ç’a été un beau matin d’acheter des autobus scolaires pour transporter les enfants de partout au Québec vers les écoles. Aujourd’hui, la révolution à laquelle on est conviés, c’est, par exemple, d’électrifier le parc des autobus scolaires au Québec ! Créer des emplois tout en réduisant nos émissions de GES ! [...] Il y a même à Varennes un inventeur, un des 255 000 signataires du Pacte, qui est à mettre au point un pick-up électrique ! Je rêve du jour où Dan Bigras ou Antoine Bertrand en feront la promotion !

Au Pacte, on ne dit pas qu’il ne faut pas exploiter nos ressources : on dit qu’il faut le faire intelligemment.

Doit-on refuser les paiements de péréquation ? Des économistes réputés ont fait la preuve qu’il n’y a à peu près aucun lien entre la péréquation et le pétrole.

La chute des prix du pétrole a fait tomber la valeur du dollar canadien et relancé l’économie manufacturière du Québec. Lorsque l’Alberta se porte bien, la compétitivité du Québec diminue.

Nous croyons qu’une transition énergétique dynamique enrichira le Québec et réduira le recours à la péréquation.

Je ne doute pas que tu souhaites, comme moi, que nos enfants puissent vivre dans un climat sain pour la suite des choses. Joyeuses Fêtes, Richard !