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Il retourne à l’école pour apprendre à lire à 74 ans

Jean-Yves Lachance, un retraité, avait tenté de se débrouiller toute sa vie

Jean-Yves Lachance a réussi pour la première fois à écrire dans la carte d’anniversaire de son petit-fils de 15 ans. «J’ai eu les larmes aux yeux quand il a lu la carte», raconte-t-il. De son côté, Monique Lescarbeau affirme que sa vie a complètement changé depuis qu’elle a appris à lire.
Photo Jean-Francois Desgagnés Jean-Yves Lachance a réussi pour la première fois à écrire dans la carte d’anniversaire de son petit-fils de 15 ans. «J’ai eu les larmes aux yeux quand il a lu la carte», raconte-t-il. De son côté, Monique Lescarbeau affirme que sa vie a complètement changé depuis qu’elle a appris à lire.

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Il n’est jamais trop tard pour apprendre à lire et à écrire. Jean-Yves Lachance y est arrivé à l’âge de... 74 ans.

Pendant des dizaines d’années, M. Lachance était arrivé à se débrouiller sans pouvoir déchiffrer les lettres au quotidien. Mais il a fini par se laisser convaincre de franchir la porte d’Alphabeille, un organisme d’alphabétisation du secteur Vanier à Québec, il y a quatre ans.

« Ma femme m’a dit : tant qu’à prendre ta retraite, pourquoi tu n’apprendrais pas à lire et à écrire ? » raconte-t-il.

Pour cet homme qui a été laitier pendant 30 ans, il s’agissait de rattraper le temps perdu en classe. Dès l’âge de cinq ans, il se levait à 5 h pour faire les « runs de lait » avec son père avant d’aller à l’école, où il passait l’avant-midi à dormir sur son pupitre.

« La maîtresse me réveillait à midi. J’ai appris à compter parce que l’arithmétique, c’était l’après-midi. Mais le français, c’était le matin, alors j’ai tout manqué. J’ai arrêté l’école en 6e année. »

Aujourd’hui, M. Lachance lit le journal chaque jour et même des livres d’histoire, qui lui rappellent sa jeunesse. « Je m’améliore de plus en plus. Ça me rend très heureux », lance-t-il.

Mais ce qui l’a rendu le plus fier, c’est d’avoir réussi il y a deux ans à écrire pour la toute première fois dans la carte de fête de son petit-fils, lorsqu’il a célébré son 15e anniversaire. « Quand il l’a lue, il s’est mis à pleurer et moi aussi », raconte-t-il avec émotion.

Une vie transformée

Apprendre à lire et à écrire a aussi complètement changé la vie de Monique Lescarbeau, âgée de 69 ans. « C’est mon plus beau cadeau », lance celle qui a travaillé fort pour y arriver, puisqu’elle partait de loin.

« Je ne savais même pas mes lettres. Quand j’étais petite, je suis allée à l’école, mais je ne comprenais pas. Ce n’est pas la faute de mes parents, ils m’ont même payé des cours privés, mais ça ne marchait pas », raconte celle qui est allée à l’école jusqu’à l’âge de dix ans.

Au fil des ans, Mme Lescarbeau avait développé une foule de petits trucs pour se débrouiller au quotidien. Au restaurant, elle attendait patiemment que quelqu’un sorte de la toilette des hommes ou des femmes pour savoir où elle devait aller, lorsqu’elle était incapable de déchiffrer les inscriptions.

Son mari l’a toujours soutenue. C’est d’ailleurs lorsqu’il est tombé malade, il y a quelques années, que Mme Lescarbeau a décidé de commencer des ateliers d’alphabétisation. « Je ne voulais pas devenir un fardeau pour mes enfants », explique-t-elle.

Encouragée par sa famille

Mme Lescarbeau a « trouvé ça dur » au début, mais elle n’a pas lâché, malgré les difficultés. Toute sa famille l’a beaucoup encouragée, y compris ses petits-enfants, dont un petit-fils qui a appris à lire et à écrire en même temps qu’elle.

« Quand j’allais chez lui, sa mère lui donnait des dictées et je les faisais aussi », raconte-t-elle.

Mme Lescarbeau a par la suite commencé à cumuler les petites victoires. Elle est d’abord arrivée à nommer correctement toutes les lettres lors de son examen de la vue.

Puis l’an passé, elle a réalisé qu’elle était maintenant capable de lire des mots. Des noms de rue, des noms de magasins sur les affiches. Des inscriptions comme « Tirez » et « Poussez » sur les portes des magasins. « Les gens qui savent lire ne réalisent pas », laisse-t-elle tomber, émue.

Aujourd’hui, Mme Lescarbeau est capable de remplir un formulaire, lorsqu’elle rend visite à son médecin. « Ç’a changé ma vie », lance-t-elle les yeux brillants.