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District 31 et le refus global

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Alors, avez-vous regardé la dernière de District 31 ?

Pouvez-vous croire qu’il y a des gens qui ont reproché à Luc Dionne d’avoir utilisé la chanson Hallelujah de Leonard Cohen pendant la scène de meurtre ?

Oui, je sais c’était en anglais, mais misère ! Leonard Cohen est un artiste québécois et la chanson était chantée par Rufus Wainwright, un Montréalais lui aussi.

Il y a même un lecteur qui m’a écrit pour me dire que l’on n’avait pas le droit d’utiliser une « chanson sacrée » sur une scène aussi sordide. Voyons ! Hallelujah est un chant païen, qui parle entre autres de fellation, écrit par un juif devenu moine bouddhiste. Ce n’est pas Ave Maria ou Minuit chrétien !

Chercher des poux

On peut dire que District 31 a connu son année de controverses vaseuses.

Il y a eu ceux qui ont reproché à la série de présenter une femme qui lorgne les fesses d’un collègue masculin. Puis cette histoire de viol d’une jeune lesbienne rejetée par sa famille musulmane intégriste. Puis, le lobby du sida qui lui a reproché d’avoir dépeint une séropositive sous un mauvais jour.

« Tu n’es pas tanné de tous ces gens qui veulent te dicter quoi écrire ? » ai-je demandé à Luc Dionne, à mon émission à QUB.radio,

Il semblait se foutre de ces controverses comme de sa première tasse de café du SPVM.

Mais il a trouvé une parfaite image pour décrire toutes ces histoires de rectitude politique qui ont empoisonné 2018. Il m’a dit que c’était comme si quelqu’un s’était installé à côté du grand peintre québécois René Gagnon après qu’il eut fini une de ses toiles et lui avait dit : « Vous n’avez pas mis assez de rouge. Pourquoi vous ne mettez pas plus de brun ? »

C’est un drôle de hasard, mais quelques jours seulement avant mon entrevue avec Dionne, j’avais parlé à Yves Sioui Durand, auteur et artiste wendat. Il avait assisté à la première de Kanata à Paris et je voulais avoir son point de vue de créateur issu des Premières Nations. En gros, ce que m’a dit Sioui Durand, c’est que Lepage aurait dû s’associer avec un metteur en scène autochtone. Ainsi, sa pièce aurait été meilleure.

Si la main de Robert Lepage avait été guidée par un artiste des Premières Nations, il aurait fait une autre pièce. Mais ça n’aurait pas été du Robert Lepage.

Mais qui sont donc tous ces « gérants d’estrade » qui pensent qu’ils peuvent faire mieux que l’artiste lui-même ?

Ça suffit

En entrevue, Luc Dionne a lancé cette idée : pourquoi les artistes québécois qui sont tannés de ces curés de la bien-pensance n’écrivent-ils pas un Refus global 2.0 ?

Alors qu’en 1948, on voulait se débarrasser des curés qui envoyaient certains créateurs au bûcher, aujourd’hui, on est pris avec d’autres prêcheurs qui veulent aussi mettre des œuvres à l’Index.

Sur ce, je vous quitte. Je serai de retour le 9 janvier. Passez un joyeux Noël, mais faites bien attention. Il y a des petits curés qui laissent entendre que la tradition de s’embrasser sous le gui, c’est une incitation à la culture du viol.

Vraiment, vivement 2019 !