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Deux ex-itinérantes passeront Noël sous un toit

À l'occasion des Fêtes, elles insistent sur l'importance de la famille pour se sortir des périodes difficiles

Dossier itinérants
Photo Matthieu Payen Karine est une ex-itinérante, aujourd'hui mère de trois petites filles. Elle pose ici avec Zhaïa, 7 ans, et Maély, 5 ans.

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Une Montréalaise, qui a passé son adolescence dans la rue, a gagné son combat contre la dépendance pour devenir la mère énergique de trois jeunes filles. Mais pour Karine, le temps des Fêtes reste «rough».  

«Il y a un an, j’ai perdu deux personnes importantes, Pops [le fondateur de l’organisme Dans la rue] et le parrain de ma grande fille», dit-elle, la gorge serrée.   

Rapidement, la femme aux cheveux rose retrouve son sourire.   

Le Journal a rencontré deux femmes, Karine et Ilona, qui sont tombées dans le tourbillon des drogues et se sont retrouvées sans toit. À la veille de Noël, toutes deux témoignent de l’importance d’avoir une famille autour de soi pour se relever et se reconstruire.   

«Ce sont mes bébés, mes amours. Je crois que j’ai fait de bons humains malgré tout», se réjouit Karine, serrant dans ses bras ses filles Maély, 5 ans, et Zhaïa, 7 ans.   

Les deux petites ignorent tout de l’ancienne vie de leur mère et des Noël difficiles qu’elle a vécus dans la rue. Leur grande sœur Maïka, âgée de 18 ans, ne l’a appris que récemment.   

«Elle me posait des questions parce que, quand je me promène à Montréal, je croise encore des amis qui marchent croche ou qui vivent dehors», indique Karine.   

«Je ne regrette rien»  

La femme de 42 ans originaire d’Hochelaga-Maisonneuve a peu à peu dévoilé à son aînée son adolescence tourmentée.   

«J’ai fugué à l’âge de 13 ans. Ma mère vivait seule et travaillait beaucoup. Moi, j’avais besoin d’aventure», raconte-t-elle avec un débit de parole rapide et déterminée.   

Elle s’est alors rapprochée d’un groupe de punks établi près du bar Les Foufounes électriques. Pendant neuf ans, elle a enchainé les centres d’accueil, les fugues et les drogues.   

D’abord, la mescaline et le hachich, puis l’héroïne et enfin la cocaïne par injection.   

«Je ne regrette rien parce que cette période m’a beaucoup apporté, mais s’il y a une chose que je n’aurais pas dû faire, c’est m’injecter de la cocaïne», avoue Karine.   

S’en est suivie une longue chute ponctuée de vives douleurs et de cauchemars. Ces seuls moments de répit, elle les a trouvés auprès de Pops, un «être extraordinaire qui ne m’a jamais jugée».   

«J’ai une vraie tête de cochon»  

Mais c’est bien sa ténacité à elle qui l’a sauvée, comme elle le rappelle avec une pointe de fierté.   

«J’ai une vraie tête de cochon. Alors, quand mon conjoint de l’époque m’a dit que la drogue me rendait laide, j’ai décidé d’en finir», lance-t-elle.   

Elle s’est isolée dans une maison à Saint-Alphonse-de-Rodriguez, dans les Laurentides, et a entamé un sevrage sans aucune aide. Pendant sept jours, elle a lutté contre le manque en mangeant des tartes au sucre et des bonbons.   

«J’ai cru mourir. Ça m’a fait tellement mal que je n’ai plus jamais voulu rechuter», assure-t-elle.   

Mais le plus difficile restait à faire puisque elle savait qu’en revenant à Montréal la tentation de la drogue serait forte. Elle s’est donc exilée pendant neuf ans à Gatineau.   

La naissance de sa première fille lui a fait réaliser ce qu’elle avait fait endurer à sa propre mère.   

«Elle était tellement inquiète pour moi. Je n’ai pas été fine avec elle», reconnaît celle qui est maintenant cuisinière dans une garderie communautaire.   

Dans quelques jours, les deux femmes partageront avec les enfants un bon souper de Noël et s’échangeront des cadeaux.   

«C’est important pour nous d'être en famille chaque année. C’est un bon moment pour se dire qu’on s’aime», insiste Karine.   

Un cadeau pour mettre son passé derrière elle   

Si certains ne savent pas toujours quoi acheter comme cadeau à leurs proches à l’approche de Noël, Ilona a une idée bien précise de ce qu’elle offrira à son neveu Jake.  

«Je veux lui acheter une belle tablette numérique pour qu’il puisse jouer à des jeux vidéo et se détendre», dit-elle avec enthousiasme.   

La femme de 46 ans explique que l’an dernier elle avait emprunté une tablette à son neveu âgé de 21 ans, puis l’avait vendue pour s’acheter du crack.   

L'ex-itinérante Ilona a accueilli Le Journal dans son nouvel appartement.
Photo Matthieu Payen
L'ex-itinérante Ilona a accueilli Le Journal dans son nouvel appartement.

«Quand j’y pense, je me sens affreusement coupable», lâche Ilona, les yeux dans l’eau.   

Pourtant, son neveu est, dit-elle, la raison qui l’a poussée à rester en vie ces dernières années, quand la dépression et la drogue la tiraient vers le fond.   

«C’est l’enfant que je n’ai jamais eu, je l’aime profondément», dit celle qui ne consomme plus de drogue depuis plusieurs mois.   

Ancienne militaire réserviste et agente de sécurité certifiée, Ilona a entamé sa terrible descente en 2010. Aux prises avec des troubles de santé mentale, elle s'est peu à peu retrouvée sans emploi et sans logement.   

Les centres d’hébergement montréalais et les traitements se sont suivis, mais lorsqu’elle a commencé à fumer du crack, tout s’est effondré.   

«J’avais le goût de partir»  

Elle s’est alors retrouvée dans une «piaule» entourée de junkies et de prostituées, au coin des rues Chambly et Sainte-Catherine, dans l’est de Montréal.   

«Je consommais du crack à cause de ma mélancolie, j’avais le goût de partir, souffle-t-elle. Les endroits où je vivais n’avaient pas les ressources suffisantes pour m’aider à en sortir.»   

Kim, une fille qui vivait dans le même immeuble qu'Ilona, s’est heureusement rendu compte que son amie partait à la dérive. Elle l’a sortie de la petite chambre sordide où elle demeurait pour l’amener vers un centre d’aide supervisé.   

«Kim m’a probablement sauvé la vie et j’aimerais pouvoir la remercier un jour, mais j’ai peur de retourner là-bas et de retomber dans la drogue», confie-t-elle, en se séchant les larmes.   

Désormais sobre  

Ilona a mis des mois à se débarrasser de sa dépendance au crack, n’hésitant pas à vendre ses biens restants et à quêter pour trouver l’argent nécessaire.   

Désormais sobre, elle s'est installée depuis peu en colocation à Longueuil, grâce au soutien financier de la Mission Old Brewery. Une situation qui lui a permis de renouer avec sa famille.   

«Je reste très attachée à Jake, mais j’ai deux autres neveux plus jeunes et je veux apprendre à les connaître, jouer avec eux», dit celle qui se fait déjà surnommer par eux «Nonskies». Un terme affectueux qui mélange son prénom au mot italien Nonna, signifiant grand-mère.   

Elle reverra tous ses neveux à Noël autour d’un souper typique de la Hongrie, l'origine de ses parents, et elle leur remettra à chacun un cadeau.   

«Possible que je n’achète celui de Jake qu’après Noël parce que c’est moins cher, mais c’est sûr que je lui offrirai», promet-elle.   

  

  

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