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Notre Bureau d’enquête fait bouger les choses

Départ de Michaëlle Jean, démission d’un candidat et d’une organisatrice politique, amendements législatifs

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Si l’ex-Secrétaire générale de l’OIF Michaëlle Jean a tant fait la manchette en 2018, c’est sans contredit à la suite de la série d’articles de notre Bureau d’enquête sur sa gestion douteuse des fonds de l’organisation. Au cours de l’année, nos révélations ont également conduit aux démissions d’un candidat de la Coalition avenir Québec et d’une organisatrice du Parti libéral du Canada. Sans oublier les modifications à la loi fédérale sur le cannabis qui ont suivi notre dossier sur les paradis fiscaux dans l’industrie du pot.

Des changements à la loi

En janvier, Le Journal a été le tout premier média canadien à révéler la présence d’investissements en provenance des paradis fiscaux dans l’industrie du cannabis.

Au moment d’écrire ce reportage, 40 % d’entre eux profitaient de financement offshore en provenance par exemple des Îles Caïmans, des Bahamas, d’Aruba, des Îles Vierges britanniques, du Panama ou encore du Luxembourg.

Qui sont ces mystérieux investisseurs ? Impossible de le savoir. Comment peut-on alors s’assurer que le crime organisé n’est pas en train de s’approprier le marché du pot légal ?

Le gouvernement du Québec a réagi et ajouté deux amendements à sa loi.

Ainsi, tout producteur qui veut devenir fournisseur de la Société québécoise de cannabis doit maintenant montrer patte blanche à l’Autorité des marchés publics, qui analyse ses sources de financement.

À Ottawa, les sénateurs ont voté un amendement au projet de loi C45 afin d’obliger les producteurs à révéler le nom de leurs actionnaires. La Chambre des communes a toutefois rejeté l’amendement.

La fin pour Michaëlle Jean

Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin

Michaëlle Jean a été incapable de conserver son poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) lors d’un sommet en Arménie en octobre.

Au cours des deux dernières années, notre Bureau d’enquête a révélé plusieurs aspects de la gestion de Mme Jean qui ont suscité la controverse.

Au-delà des dépenses de 500 000 $ pour aménager son appartement, de l’utilisation d’une voiture de fonction par son mari et de dépassements de coûts d’une croisière organisée sur un trois-mâts pour une centaine de francophones, son mandat s’est conclu sur un budget déficitaire.

Dans sa première allocution après son élection, la nouvelle secrétaire générale Louise Mushikiwabo a marqué la rupture avec la gestion de Mme Jean. « Chaque décision compte, chaque billet dépensé. Il ne faut rien prendre à la légère », a-t-elle soutenu.

Pendant le sommet d’octobre, les pays membres de l’OIF ont adopté de nouvelles règles de transparence. La rémunération et les avantages consentis aux deux principaux dirigeants de l’OIF seront notamment rendus publics. Aussi, les états financiers et les rapports de vérification interne et externe seront désormais accessibles.

Organisatrice libérale dans l’embarras

Photo d’archives

Début juin, nous révélions qu’une candidate de Justin Trudeau aux élections de 2015 était en affaires avec un proche de Vito Rizzuto, l’ancien parrain de la mafia montréalaise.

Karine Desjardins, qui venait d’être réélue au printemps comme présidente de l’association libérale de Belœil-Chambly, était actionnaire d’Eco-Plan avec Michael Strizzi, qui a confié à notre Bureau d’enquête s’être placé sous la protection du parrain sicilien dans les années 1990. Leur entreprise de biocarburants tentait alors de faire son entrée en Bourse.

Dès le lendemain de la publication de notre article, Karine Desjardins a démissionné de la présidence de l’association libérale. Eco-Plan ne semble plus en exploitation, puisque les documents sur la compagnie, enregistrée au Royaume-Uni, n’ont fait l’objet d’aucune mise à jour depuis le mois de mai.

Le Bouyonnec démissionne

En juin, notre Bureau d’enquête révélait que Stéphane Le Bouyonnec, alors président de la Coalition avenir Québec et candidat annoncé dans La Prairie, était dirigeant et actionnaire de compagnies de prêts à des taux d’intérêt élevés de 90 % en plus.

Les entreprises, Finabanx et Techbanx, font en Ontario et dans d’autres provinces ce qu’elles ne peuvent pas faire au Québec. Stéphane Le Bouyonnec entrait ainsi directement en contradiction avec la position de tous les partis à l’Assemblée nationale, qui venaient d’adopter une loi interdisant clairement l’imposition de frais au-dessus d’un taux d’intérêt maximal de 35 % par an.

Questionné par notre Bureau d’enquête, Stéphane Le Bouyonnec s’était défendu de faire dans le prêt usuraire et la Coalition (CAQ) avait simplement répondu que Finabanx et Techbanx se conforment « aux règles de chacune des provinces » où elles font des affaires.

Fin août, en pleine campagne électorale, Stéphane Le Bouyonnec a démissionné « pour ne pas nuire à la campagne ».