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Une nouvelle boîte crânienne et elle n’a aucune séquelle

L’ado qui a déjà passé un mois dans le coma a repris ses cours comme si de rien n’était

Catherine Laurence Trudel
Photo Chantal Poirier

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Après avoir passé un mois dans le coma et s’être réveillée paralysée, une adolescente de 17 ans s’est fait reconstruire la moitié de sa boîte crânienne par ordinateur.   

Guérie sans subir de séquelle, elle n’a même pas connu de retard à l’école. « Le choc a été assez grand, c’est presque difficile à croire que c’est arrivé », avoue Brigitte Giasson, la mère de Catherine Laurence Trudel.      

« Ma fille est exceptionnelle, elle est inspirante », répète-t-elle, fière.   

Catherine Laurence Trudel
Chantal Poirier / JdeM

   

L’histoire de cette adolescente de Montréal n’a rien de banal. Jamais malade auparavant, elle a vu sa vie prendre un virage inattendu à 12 ans, en raison de graves maux de tête.      

À l’hôpital Sainte-Justine, on lui a diagnostiqué une hémorragie au cerveau, causée par un déficit en protéine C. Ainsi, on lui a prescrit des anticoagulants. Or, deux ans plus tard, après avoir cessé la médication sur recommandation, elle a subi une autre hémorragie.      

« Elle a eu des convulsions, elle est tombée inconsciente, raconte sa mère. Ça a été les 48 heures les plus épeurantes. »      

Étant donné la pression dans son cerveau, les médecins de Sainte-Justine ont dû couper près de la moitié droite de sa boîte crânienne, du milieu du front à la nuque. L’adolescente a été placée dans un coma artificiel.      

Paralysée   

À ce moment, Mme Giasson avait été préparée au pire par les médecins.      

« Je me suis dit : je vais la prendre n’importe comment, avoue-t-elle, encore très émotive. Qu’elle soit un légume, je voulais juste qu’elle ne meure pas. Mais je ne sais pas pourquoi, il y avait une lumière. Je me disais : je ne la perdrai pas. »      

Au bout d’un mois, l’adolescente s’est enfin réveillée. Paralysée de la tête aux pieds.      

« J’étais certaine que je serais capable de marcher, mais je ne pouvais pas me lever, se rappelle-t-elle. Tout ce que je voulais, c’était bouger, sortir du lit, et aller faire mes examens à l’école. » Grâce à la réadaptation, elle a retrouvé sa motricité. Puis les médecins ont remis l’os de son crâne en place. « Au début, c’était parfait, dit Catherine Laurence. Mais un mois après, j’ai commencé à avoir une craque, en plein milieu de front. »      

Sur mesure   

Insatisfaite de la greffe, la famille est allée en consultation à l’Hôpital de Montréal pour enfants. On lui a alors proposé de créer une prothèse sur mesure par ordinateur. Le 27 avril dernier, la chirurgie a été un succès. L’adolescente a même pu compléter son secondaire à temps.      

Catherine Laurence ne garde pas de séquelle, sauf une difficulté de concentration.      

« Quand je regarde d’autres enfants à l’hôpital, je trouve que ce que j’ai vécu n’est pas si pire, dit-elle. Pour moi, ça s’est passé tellement vite, je ne sais pas si ça m’a changée parce que je ne le réalise pas tant que ça. »      

Déficience en protéine C          

• Maladie génétique qui épaissit le sang et peut former des caillots      

• Les patients doivent prendre des anticoagulants pour éclaircir le sang          

La technologie au service du chirurgien      

La technologie qui permet de créer des prothèses sur mesure procure de grands avantages pour les patients, leur évitant de passer de longues heures dans la salle d’opération et en convalescence.      

« Le but, c’est d’avoir le meilleur résultat pour le patient, souligne le Dr Mirko Gilardino, directeur du programme de chirurgie plastique au Centre universitaire de santé McGill.      

Logiciel sur mesure   

Voilà 10 ans que ce chirurgien spécialisé auprès des enfants utilise la technologie des prothèses sur mesure.      

Fabriquée aux États-Unis, la prothèse en plastique est créée grâce à un logiciel, et est imprimée en trois dimensions. Les chirurgiens envoient des photos du crâne et de l’os du patient, et le tout s’insère parfaitement.      

Chaque année, entre cinq et 10 enfants de l’hôpital en bénéficient. Or, dans les cas où les enfants sont très jeunes, les chirurgiens ont encore recours à la technique traditionnelle de greffe de l’os, pour suivre la courbe de croissance.      

Dans le cas de Catherine Laurence Trudel, la durée de l’opération était primordiale pour diminuer les risques de caillots. Grâce à la prothèse, l’anesthésie a duré moins de trois heures, plutôt que huit ou dix heures.      

« Patiente idéale »   

« Catherine était une patiente idéale. Il fallait être efficace, dit le Dr Gilardino. On avait juste à mettre trois ou quatre vis, et c’est tout. Mais le succès dans son cas, c’est qu’elle n’a pas ruiné son année scolaire. »      

Par ailleurs, les prothèses sur mesure (entre 5000 $ et 10 000 $) ne coûtent pas plus cher qu’une opération standard, selon le chirurgien.      

« Les frais sont bien balancés. On diminue les coûts de salles d’opération, et la convalescence est moins longue. »