/news/health
Navigation

De 12 à 2 allergies pour Ève

L’enfant hyper allergique est presque guérie après deux ans de soins

Ève Lemay
Photo Chantal Poirier Ève Lemay, 3 ans, s’amuse avec sa mini-cuisinière pour enfant, elle qui a reçu un diagnostic de 12 allergies alimentaires à sept mois.  

Coup d'oeil sur cet article

 Grâce à une vingtaine de traitements à l’hôpital, une fillette de trois ans a vu la longue liste de ses allergies alimentaires passer de 12 à 2. Un résultat inespéré pour des parents qui n’osaient plus aller au restaurant. 

 « Maintenant, la vie est belle ! » s’exclame Geneviève Cousineau, la mère d’Ève Lemay. 

 Lait, œufs, arachides, noix : la liste d’allergies alimentaires de la fillette, qui leur a été dévoilée quand elle n’avait que sept mois, aurait découragé tout parent. 

 « Quand j’ai vu la liste, je capotais », avoue la mère. 

 « Quand on y pense, tout contient des œufs et du lait », ajoute le père d’Ève, Paul Lemay. 

 Quelques semaines seulement après sa naissance, l’enfant, qui demeure à La Prairie, a développé de graves plaques d’eczéma sur tout le corps. 

 À sept mois, le bambin a subi des tests d’allergie. Résultat : 12 aliments devaient être écartés de son régime. À cela s’ajoutaient les allergies aux poils de chat et aux acariens. 

 Dans la tête des parents, toute sortie, que ce soit au restaurant ou chez des amis, était risquée. 

 « On ne savait pas ce qui allait arriver si jamais elle en mangeait, est-ce qu’elle allait s’étouffer et en mourir ? » se questionnait le père. 

 « Tu vas chez des amis, il y a des miettes par terre, tu vires crackpot », ajoute sa conjointe. 

 Attente de cinq mois 

 Après cinq mois d’attente pour un rendez-vous avec un allergologue à Sainte-Justine, Mme Cousineau a téléphoné à l’hôpital de Montréal pour enfants. En moins d’un mois, Ève a obtenu un rendez-vous. 

 Rapidement, la médecin leur a expliqué que certaines allergies étaient peut-être de faux positifs. La seule façon d’en avoir le cœur net, c’était de consommer le produit. 

 « On a su que de ne rien lui donner pendant des mois, c’était la pire affaire à faire, relate le père. Et là, on a commencé les tests de sensibilisation. » 

 Le lait a été le premier aliment testé. Grâce à de petites quantités ingérées graduellement, les examens ont finalement révélé qu’Ève n’était pas allergique. Idem pour les œufs, les arachides, etc. 

 Pistaches et cajous 

 Depuis deux ans, Ève a passé une vingtaine de journées en désensibilisation à l’hôpital. Résultat : elle est aujourd’hui seulement allergique aux pistaches et aux cajous. 

 « C’est énormément de temps. Mais, ç’a changé sa vie », dit la mère, émotive. 

 « S’il fallait faire cinq heures d’auto chaque samedi, on le ferait. C’est pour le restant de sa vie », ajoute M. Lemay. 

 Allergies alimentaires 

 14 allergies à l’âge de 7 mois :  

  •  Jaune d’œuf 
  •  Blanc d’œuf 
  •  Noisettes 
  •  Noix du Brésil 
  •  Arachides 
  •  Sésame 
  •  Noix de Grenoble 
  •  Lait 
  •  Amandes 
  •  Pacanes 
  •  Pistaches 
  •  Noix de cajou 
  •  Poils de chat 
  •  Acariens  

 Des enfants pas vraiment allergiques 

 Les parents qui ont un enfant allergique devraient pousser les investigations, car beaucoup de résultats sont de faux positifs, prévient une médecin spécialiste. 

 « Les parents devraient consulter », indique Dre Christine T. McCusker, chef du service d’allergie et d’immunologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants. 

 Selon la médecin, les enfants qui font de l’eczéma ont plus de risque d’avoir des résultats sanguins d’allergies positifs. Or, quand l’enfant n’a jamais mangé l’aliment, les faux positifs pourraient représenter jusqu’à 80 % des résultats. 

 D’où l’importance de mettre les bébés en contact rapidement avec les aliments. 

 « C’est très important, dit-elle. Avant, on pensait que c’était mieux de prévenir une réaction, mais maintenant, c’est clair qu’il faut stimuler le système immunitaire le plus vite possible avec l’aliment. » 

 Pire de l’éviter 

 Selon elle, le fait d’écarter un aliment peut empirer l’allergie jusqu’à 15 fois à l’avenir. 

 « Si un enfant a une vraie allergie, il faut éliminer [l’aliment], c’est très important. Mais, s’ils n’y ont pas goûté à cinq ans, le risque de développer une vraie allergie est vraiment élevé. » 

 Questionnée sur le cas d’Ève Lemay, Dre Christine T. McCusker avoue qu’il s’agissait d’un phénomène grave. 

 Elle la considère comme un « miracle » parce qu’elle a la chance d’avoir des parents très investis. 

 « Elle a des parents qui étaient prêts à continuer même si elle a eu des réactions allergiques. Ce ne sont pas tous les parents qui veulent, c’est difficile. C’est intense ce qu’on a fait pour Ève », dit la spécialiste.­­­