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Pénurie de main d'oeuvre: c’est l’université qui l’attire en Abitibi

Un Camerounais arrivé en pleine vague de froid occupe un poste qui était vacant depuis longtemps

Thomas Mbock
Photo David Prince Thomas Mbock pose dans l’entrepôt chez Technosub, devant le technojet, la pompe qu’il tente d’améliorer.

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ROUYN-NORANDA | Après être arrivé en Abitibi pendant une vague de froid et avoir dû loger dans les locaux d’un organisme d’aide en raison de la crise du logement, Thomas Mbock occupe maintenant un emploi qui était libre depuis longtemps.

Originaire du Cameroun, pays d’Afrique centrale, l’homme de 33 ans n’avait aucune idée de ce à quoi ressemblait l’Abitibi avant d’y arriver en janvier 2016.

« Quand la douanière à l’aéroport Trudeau m’a dit de me préparer parce qu’il y faisait très froid, j’ai eu un petit frisson. Lors de ma première tempête, je me demandais dans quelle galère je m’étais embarqué », admet-il.

Surtout qu’il est arrivé en pleine crise du logement et a dû habiter dans un organisme qui vient en aide aux gens en difficulté.

« Ce sont eux qui m’ont intégré au Québec », dit-il.

Grâce à une prof

M. Mbock a choisi le Québec en magasinant les universités sur internet pour faire une maîtrise en génie mécanique. Les compétences d’une enseignante à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ont attiré son attention. Pendant ses études, en Abitibi, il a travaillé sur une pompe pour dénoyer les mines mises au point par l’entreprise rouynorandienne Technosub.

Après ses études, il a vu un poste de concepteur en innovation qui était à pourvoir depuis un certain temps dans cette entreprise.

« J’ai simplement appelé, j’ai postulé et je l’ai obtenu. Si j’avais postulé et qu’un Canadien avec les mêmes compétences avait postulé et qu’il avait eu l’emploi, ça ne m’aurait pas choqué. C’est son pays et c’est normal. Je comprends le débat sur l’immigration. C’est légitime que les gens se posent des questions. Mais quand les emplois ne sont pas comblés, ce n’est pas bon pour l’économie », dit-il.

Ski alpin

Il a ensuite fait venir sa conjointe et son enfant. Depuis, un deuxième enfant est né au Québec.

« C’est Rouyn-Noranda qui m’a accueilli. Après mes études, j’ai décidé d’y rester parce que c’est la ville que je connais le mieux au Canada. Mais s’il n’y avait pas eu d’emploi, je serais reparti », a-t-il dit.

Thomas Mbock adore le sport. Il joue au soccer depuis son enfance. Mais depuis son arrivée au Québec, il a développé d’autres intérêts.

« Je fais du ski alpin depuis deux ans. J’attire beaucoup l’attention sur les pistes. Cette année, je viens de m’acheter des patins à glace. J’ai hâte de les essayer », mentionne-t-il.

Selon lui, s’intégrer n’est pas de continuer à vivre comme s’il était toujours en Afrique. Il admet qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre du Québec.

« Dans ma logique, si on veut s’intégrer, il faut aller chez les gens qui vivent ici. Oui, je fréquente des Africains de Rouyn-Noranda, mais j’ai aussi beaucoup d’amis et de collègues de travail qui m’initient aux traditions », raconte-t-il.

Une pénurie de travailleurs qui ne s’améliore pas

Le taux de chômage en Abitibi-Témiscamingue a affiché un creux historique de 2,7 % au mois de novembre, et plusieurs employeurs sont à court de miracles afin de pourvoir leurs postes.

Le taux de chômage n’a jamais été aussi bas dans la région depuis 1976, soit aussi loin que peut reculer le ministère de l’Emploi.

Plusieurs chaînes de restaurants, comme McDonald’s, doivent aller recruter à l’étranger pour pouvoir demeurer ouvertes.

International

Le président-directeur général de Technosub, Éric Beaupré, affirme que le recrutement est un défi important pour son entreprise. Surtout pour des postes de spécialistes, comme des machinistes ou des concepteurs.

« Ici, nous avons un Camerounais, des Haïtiens, des Mexicains et des Philippins », dit-il.

Statistique Canada estime qu’il y a plus de 2600 postes à pourvoir actuellement en Abitibi-Témiscamingue. Il s’agit d’une hausse de près de 30 % depuis un an.

Pas étonnant que les mesures afin d’attirer des immigrants se multiplient.

Par exemple, la Chambre de commerce de Val-d’Or a accueilli une trentaine d’immigrants à la fin du mois de novembre afin de tenter de les séduire et de les convaincre de s’établir en région.

« C’est vraiment le défi le plus important pour toutes les entreprises en ce moment », affirme M. Beaupré.