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Un ralentissement, mais à quel point?

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Les dernières semaines le laissent présager, l’année qui est sur le point de s’amorcer ne sera pas de tout repos pour l’économie du Québec et du Canada. Pour démystifier les tendances à surveiller en 2019, Le Journal s’est entretenu avec l’économiste Dominique Lapointe, de la Banque Laurentienne.


D’abord, parlons de l’année qui s’achève. Que retenir de 2018 en économie ?

Photo Courtoisie

Si on prévoit que les prévisions économiques vont être moins favorables qu’avant dans l’année à venir, ce n’est pas parce qu’on s’en va vers une récession. L’économie québécoise et l’économie canadienne se sont très bien portées depuis la deuxième moitié de 2016. C’est davantage ça qui était une anomalie !

La croissance économique qu’on a connue a été propulsée par la demande mondiale. Le Québec a surperformé et l’Ontario aussi. Ce fut également de très bonnes années aux États-Unis, et la Chine a beaucoup stimulé la demande au moyen de ses importations.

Et pour 2019, vous attendez-vous à un ralentissement économique important pour le Québec, par exemple sur le plan de l’emploi ?

C’est évident pour nous à la Banque Laurentienne qu’on doit s’attendre à un ralentissement de l’économie. Si on pense à l’emploi et que l’on compare notre potentiel de croissance économique aux années précédentes, on observe que de plus en plus de gens prennent leur retraite, et qu’il n’y a pas de bassin de main-d’œuvre suffisant pour compenser. Il suffit de regarder toutes les boutiques qui cherchent à recruter au centre-ville pour le comprendre.

On croit que la croissance va baisser un peu en bas de 2 %, voire 1,5 %. Toutefois, ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle ; quand notre potentiel de croissance est plus faible, on peut être certains que ceux qui veulent un emploi et qui sont qualifiés vont en obtenir un.

La pénurie de main-d’œuvre est donc une préoccupation. Pourtant, le gouvernement Legault s’est engagé à abaisser les seuils d’immigration de 53 000 à 40 000 en 2019. Quel en sera le résultat ?

Ce qui freine la croissance du Québec, ce n’est pas la demande mondiale, c’est la pénurie de main-d’œuvre. C’est mathématique : si on a moins d’immigrants pour combler les besoins, ça va nuire à nos besoins de main-d’œuvre. Par contre, si le gouvernement améliore réellement la francisation et la formation, ça pourrait partiellement contrebalancer.

Et sur le plan mondial, que retenir ?

Si on regarde aux États-Unis, les taux d’intérêt vont continuer à augmenter, mais plus lentement que prévu. On peut s’attendre à un certain plateau des taux d’intérêt d’ici trois ans, ici comme ailleurs. Quant au pétrole, le prix va probablement remonter. Si les États-Unis imposent réellement des surtaxes de 25 % sur 200 milliards $ d’importations chinoises, ça va générer énormément d’inflation et d’incertitude, et là, c’est vrai que les perspectives changeraient pour le pire.

L’année 2019 s’annonce donc particulièrement volatile.

Une chose nous semble claire à ce stade-ci : la volatilité devrait persister l’année prochaine, tant et aussi longtemps que l’incertitude autour de l’issue des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine perdurera.

Il faut dire que, beaucoup plus que par le passé, les mouvements de marché sont déterminés par une dynamique géopolitique qui reste hautement imprévisible. Ce que le président américain dit, ce qu’il écrit sur Twitter, ça a un impact sur tous les types d’actifs, dans toutes les régions du monde. C’est nouveau, ça.