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Les honneurs individuels

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Une autre saison de la NFL vient de défiler avec son lot de surprises et de déceptions. Les grands honneurs individuels seront décernés la veille du Super Bowl, mais votre chroniqueur NFL n’a pas la patience d’attendre jusque-là ! Voici donc ses choix personnels pour les principales catégories. Comme à chaque année, plusieurs sont méritants dans les différents prix et certains choix sont déchirants. 

JOUEUR LE PLUS UTILE

Photo d'archives, AFP

Patrick Mahomes (quart-arrière, Chiefs)

C’est le débat le plus déchirant. Mahomes ou Brees? Les statistiques rocambolesques procurent un avantage certain à Mahomes, mais Brees a établi un record pour le pourcentage de passes complétées (74,4 %), il n’a commis que six revirements (contre 14 pour Mahomes) et il a été formidable contre les clubs aux fiches gagnantes (fiche de 6-1 contre 3-4 pour Mahomes). Sauf qu’il s’agit là d’un reflet des équipes et pas seulement des quarts. Mahomes est devenu seulement le troisième dans l’histoire avec 50 passes de touchés, c’est gigantesque ! Là où il gagne des votes, c’est qu’il ne jouit pas de la défensive et du jeu au sol des Saints.  

Au final, c’est Mahomes par un huitième de cheveu. 

Mentions honorables

  • Drew Brees (quart-arrière, Saints) : Le plus méritant des autres candidats est assurément Brees. Le capital de sympathie qu’il attire est amplement mérité. Sa production à son âge vénérable est époustouflante. 
  • Philip Rivers (quart-arrière, Chargers) : Un autre « vieux » quart-arrière qui connaît de grands moments. Rivers a brillé face aux meilleurs et son enthousiasme contagieux galvanise les Chargers, seul club du circuit qui n’a pas de réel appui partisan. 
  • Aaron Donald (plaqueur, Rams) : Même si la défensive des Rams déçoit, Aaron Donald est dominant de semaine en semaine et réussit son lot de jeux qui changent le cours de matchs. 

JOUEUR OFFENSIF

Photo d'archives, AFP

Christian McCaffrey (porteur, Panthers)

Ce ne sera certainement pas un choix populaire et il serait étonnant que McCaffrey soit considéré pour cet honneur en réalité. C’est mon choix personnel parce qu’il est responsable de 36,3 % des gains offensifs de son équipe, une énorme proportion. Il a aussi été impliqué dans 14 des 45 touchés de l’attaque, une remarquable proportion. Ses 106 réceptions s’avèrent un record pour un porteur de ballon. Il est aussi devenu le troisième porteur seulement dans l’histoire à franchir le cap des 1000 verges au sol et des 900 verges sur réception. McCaffrey, en prime, est sur le terrain pour 97 % des jeux offensifs des Panthers, une denrée rare à l’attaque à travers la ligue. 

Mentions honorables :

  • Todd Gurley (porteur, Rams) : Si ce n’était d’une blessure au genou qui lui a fait perdre sa cadence d’enfer dans les dernières semaines, Gurley serait assurément l’élu. Il termine quand même quatrième pour les verges de la ligne de mêlée (1831). 
  • Ezekiel Elliott (porteur, Cowboys) : Meneur de la NFL pour les verges au sol (1434) et les verges de la ligne de mêlée (2001), Elliott est le cœur de l’attaque des Cowboys. 
  • Saquon Barkley (porteur, Giants) : Ce n’est pas bien compliqué, Barkley a été l’unique élément fiable et explosif au sein de l’attaque des Giants, considérant que le jeu aérien décline et que Odell Beckham a raté plusieurs matchs. 

JOUEUR DÉFENSIF

Photo d'archives, AFP

Aaron Donald (plaqueur, Rams)

On peut laisser le reste de la colonne sans mots tellement le débat ne sera pas long. Aucun joueur défensif ne change autant le cours d’un match actuellement que ne peut le faire Donald. Il y a bien sûr les 20,5 sacs, mais Donald domine aussi la ligue au chapitre des plaqués causant des pertes (25) et pour le nombre de fois où il a frappé le quart-arrière (41). Donald a aussi forcé quatre échappés en plus d’en recouvrir deux autres. Difficile de trouver plus complet dans toutes les phases de jeux. La pression en défensive chez les Rams provient presque exclusivement de l’intérieur. Il est permis de se demander à quel point Donald serait dominant avec de l’aide à l’extérieur. 

Mentions honorables :

  • Khalil Mack (ailier défensif, Bears) : Sa seule présence a fait passer la défensive des Bears d’un bon niveau à un niveau élite. Ses 12,5 sacs témoignent de son talent, mais encore plus ses six échappés forcés. 
  • JJ Watt (ailier défensif, Texans) : Non, JJ Watt n’est pas fini ! Après deux années gaspillées par les blessures, le revoilà au sommet de son art avec une récolte de 16 sacs et 61 plaqués. 
  • Danielle Hunter (ailier défensif, Vikings) : Hunter ne sera probablement pas considéré puisqu’il n’a pas la réputation des Donald et Watt, mais il revendique 14,5 sacs et ses 71 plaqués sont un sommet chez les joueurs de ligne. 

RETOUR DE L’ANNÉE

Photo d'archives, AFP

Andrew Luck (quart-arrière, Colts)

Avant la saison, plusieurs commençaient à se demander si Andrew Luck pourrait un jour retrouver la forme des beaux jours. La réponse aux questions est sans la moindre équivoque. Le nombre d’interceptions (15) est encore trop élevé, mais il faut contextualiser, puisque seul Ben Roethlisberger a tenté davantage de passes que les 639 de Luck. C’est d’ailleurs un sommet en carrière qui démontre bien qu’il n’y a plus de souci entourant son épaule. Ses 39 passes de touchés lui confèrent le deuxième rang. Luck n’a encaissé que 18 sacs cette saison, ce qui témoigne du remarquable boulot de sa ligne offensive, mais aussi d’une amélioration notoire à se départir du ballon à temps. 

Mentions honorables :

  • JJ Watt (ailier défensif, Texans) : Lors d’à peu près n’importe quelle autre saison, Watt aurait remporté l’honneur haut la main, mais la prestation de Luck devient trop difficile à ignorer. 
  • Deshaun Watson (quart-arrière, Texans) : Quand on regarde les statistiques de Watson, on peut vite oublier la blessure au genou qui lui a coûté neuf matchs la saison dernière. Son retour est remarquable. 
  • Adrian Peterson (porteur, Redskins) : Qui eût cru que le vétéran de 33 ans, qui n’a joué que 10 matchs lors des trois saisons précédentes, rebondirait avec une récolte de 1042 verges au sol, la septième meilleure du circuit ? 

RECRUE OFFENSIVE

Photo d'archives, AFP

Baker Mayfield (quart-arrière, Browns)

Plusieurs opteront pour Saquon Barkley en raison de ses chiffres hallucinants et c’est justifiable. J’y vais avec Mayfield parce qu’au-delà de ses statistiques très honorables, sa prestance a relancé les Browns jusque là moribonds. Ses 27 passes de touchés battent la marque pour une recrue établie par Peyton Manning et Russell Wilson. Son attitude férocement contagieuse a instauré une belle confiance dans une équipe qui avait oublié depuis longtemps comment gagner. C’est le genre d’impact qui ne se mesure pas en chiffres. Sans lui, les Browns ne seraient jamais le club le plus amélioré de la ligue. Barkley a des chiffres monstres, mais son impact sur les Giants demeure moindre. 

Mentions honorables :

  • Saquon Barkley (porteur, Giants) : Barkley est devenu le troisième porteur recrue dans l’histoire à amasser 2000 verges de la ligne de mêlée. Il est un monstre, mais Mayfield a davantage métamorphosé son équipe que Barkley la sienne. 
  • Phillip Lindsay (porteur, Broncos) : Lindsay, ignoré au repêchage, aura été une trouvaille magistrale des Broncos. Sa récolte de 1037 verges au sol malgré une utilisation partagée de ses services, témoigne de sa réussite. 
  • Quenton Nelson (garde, Colts) : La ligne offensive des Colts, avec celle des Seahawks, figure parmi les plus améliorées. Nelson est un roc qui amène une belle constance au cœur de la ligne. 

RECRUE DÉFENSIVE

Photo d'archives, AFP

Darius Leonard (secondeur, Colts)

Quand on voit que Leonard a été boudé pour le Pro Bowl, on réalise à quel point ce match est un concours de popularité. Les candidats au titre de recrue défensive par excellence abondent cette année, après une excellente cuvée au repêchage. Mon choix s’arrête sur Leonard, car le secondeur choisi en deuxième ronde est vite devenu le cœur et l’âme d’une défensive améliorée de manière exponentielle cette année. Leonard domine la ligue au chapitre des plaqués (163) et il a en plus réussi sept sacs et forcé quatre échappés. Son instinct en couverture de passe aide aussi la cause des Colts, avec deux interceptions et neuf passes défendues. 

Mentions honorables :

  • Derwin James (maraudeur, Chargers) : Une perle pour la tertiaire des Chargers avec 16 passes défendues et trois interceptions, sans parler de sa présence intimidante contre le jeu au sol. 
  • Bradley Chubb (ailier défensif, Broncos) : Le cinquième choix au total du dernier repêchage a dominé dans la catégorie des sacs avec 12. On s’attendait à une telle saison. 
  • Leighton Vander Esch (secondeur, Cowboys) : Même s’il n’a amorcé que 11 matchs, Vander Esch termine deuxième pour les plaqués avec 140. Il a des ailes sur le terrain et est un atout de choix en couverture.  

ENTRAÎNEUR-CHEF

Photo d'archives, AFP

Matt Nagy (Bears)

Les Bears sont passés de derniers à premiers dans la division Nord de la conférence américaine. Ils renouent avec les séries pour la première fois depuis 2010. Ces deux accomplissements, en soi, seraient probablement suffisants pour justifier que l’honneur lui revienne. Mais en plus, Nagy a transformé une offensive qui croupissait dans les bas-fonds du circuit pour la propulser au neuvième rang en terme de points marqués. Les concepts à l’attaque sont devenus créatifs, sèment la confusion chez les défensives adverses et se démarquent nettement de l’approche habituellement ultra conservatrice qui règne à Chicago. Pour toutes ces raisons, il est l’entraîneur-chef de l’année. 

Mentions honorables :

  • Anthony Lynn (Chargers) : Lynn a le fardeau de diriger un club sans appui local et il le fait sans broncher. Les Chargers sont parmi les rares équipes dont l’attaque et la défensive sont dans le top 10. 
  • Frank Reich (Colts) : Personne ne voyait les Colts faire du bruit dès cette saison, malgré le retour d’Andrew Luck. Une amélioration était imaginable, mais les séries, c’est un exploit. 
  • Pete Carroll (Seahawks) : Tout le monde comptait les Seahawks pour morts après l’exode de nombreux vétérans. Il faut croire que le message de Carroll ne fait que mieux passer après cette purge. 

Dur lendemain de veille 

L’année 2019 ne débute pas de manière aussi festive pour tout le monde dans la NFL avec huit postes d’entraîneur-chef qui deviennent disponibles, une première depuis 2013. 

La sécurité d’emploi est devenue ridicule dans cette ligue. À preuve, cinq des huit entraîneurs-chefs limogés en cours de saison ou depuis la fin du calendrier régulier, dimanche, en étaient à leur troisième année ou moins dans leur mandat. 

Dans un tel contexte, pas étonnant que plusieurs candidats parmi les plus convoités sur la scène universitaire pour amener du sang neuf dans le circuit préfèrent le confort de leur emploi actuel plutôt que de tenter le saut périlleux chez les pros. 

C’est pourquoi aussi quelques-uns des pilotes tout juste congédiés n’auront pas le temps de digérer la nouvelle qu’ils risquent d’être embauchés par une autre équipe. 

Bonnes et moins bonnes situations

Parmi les huit équipes qui se cherchent un nouveau leader, certaines sont inévitablement plus attrayantes que d’autres. 

Il suffit de penser aux Packers, qui misent sur une valeur sûre au poste de quart-arrière en Aaron Rodgers, en plus d’une rare organisation qui offre de la stabilité. 

Qui eût cru que les Browns offriraient un jour une opportunité enviable ? En effet, l’avenir semble assuré avec d’excellents jeunes joueurs tels Baker Mayfield, Nick Chubb, Myles Garrett et Denzel Ward, pour n’en citer que quelques-uns. Vrai que Cleveland est devenue un cimetière à entraîneurs, les cinq derniers élus n’ayant pas franchi trois saisons, mais cette situation semble révolue. L’équipe dispose aussi de 80 millions sous le cap salarial. 

Les Jets devraient aussi constituer une ouverture intéressante avec Sam Darnold, qui a tous les airs d’un jeune quart-arrière de franchise. L’organisation, si elle gère intelligemment les 106 millions disponibles sous le cap, pourrait vite remonter la pente. 

Les Cardinals sont aussi dans une bonne situation financière (plus de 62 millions disponibles) et il est trop tôt pour conclure que Josh Rosen ne connaîtra pas de succès après une saison recrue difficile. Il y a par contre beaucoup de trous à combler dans l’alignement. 

Chez les Broncos, un excellent noyau défensif est en place, mais l’épineuse question du quart-arrière demeure en suspens. Du côté des Buccaneers, l’attaque vient de connaître la saison la plus prolifique de l’histoire de la franchise, mais il faudra tout un changement de culture pour éradiquer des années de misérabilisme. 

Enfin, chez les Bengals, il y a du talent en place, mais les entraîneurs les plus novateurs pourraient être réticents à se joindre à cette organisation historiquement chiche. Et si Hue Jackson est la solution, ça regarde mal...