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Ils réclament le droit de mourir

Deux Montréalais atteints de maladies incurables s’adressent au tribunal pour mettre fin à leurs souffrances

Nicole Gladu
Photo Pierre-Paul Poulin Nicole Gladu, qui veut avoir accès à l’aide à mourir en raison de sa maladie dégénérative, a intenté une poursuite civile, qui est entendue depuis hier au palais de justice de Montréal. Elle est représentée parJean-Pierre Ménard.

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Après avoir mené une vie active malgré sa maladie dégénérative, une Montréalaise de 73 ans a expliqué à la cour lundi qu’elle aimerait mourir avec du champagne et un canapé de foie gras, mais surtout avec l’assistance d’un médecin.

« Il n’y a pas de traitement possible pour moi. Si on me refuse l’aide, ça me poussera plus vers le suicide », a expliqué Nicole Gladu, lundi, au palais de justice de Montréal, alors qu’elle et un Montréalais handicapé tentent de convaincre une juge qu’ils devraient avoir droit à l’aide médicale à mourir même s’ils ne sont pas en fin de vie.

Mme Gladu, 73 ans, souffre du syndrome dégénératif musculaire post-poliomyélite, causé par la polio qu’elle a eue étant enfant, avant qu’un vaccin ne soit découvert. Depuis, elle n’a qu’un demi-poumon de fonctionnel.

Or, pour avoir accès à l’aide médicale à mourir, la loi fédérale indique que la mort de la personne doit être « raisonnablement prévisible », tandis que la loi provinciale la réserve à ceux qui sont en fin de vie, ce qui n’est pas le cas de Mme Gladu.

Jean Truchon, 51 ans, souffre de paralysie cérébrale, et seul son bras gauche est fonctionnel. Il est dans la même situation et réclame lui aussi l’aide médicale à mourir.

Alternatives

« Ces lois [sur l’aide médicale à mourir] ne protègent pas toutes les personnes vulnérables, elles forcent à contempler d’autres options, comme le jeûne ou le suicide », a fait valoir leur avocat, Jean-Pierre Ménard, à la cour, lundi.

Selon lui, ces pans de la loi vont à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège le droit à la vie et à la sécurité, ainsi que l’égalité de traitement.

« On leur a volé ce droit-là, tout simplement », a affirmé Me Ménard en invoquant un arrêt de la Cour suprême qui, selon lui, donnerait le droit à Mme Gladu et à M. Truchon d’obtenir l’aide médicale à mourir.

À risque

Sans surprise, tant le gouvernement fédéral que le provincial affirment que les lois devraient être maintenues.

D’après le représentant du procureur général du Canada, le critère de mort relativement prévisible permet de protéger les personnes vulnérables.

« Enlever le critère risque d’envoyer le message à ces gens que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue », a ainsi affirmé Me David Lucas.

Une personne handicapée, venue assister aux audiences, s’est elle aussi déclarée pour le maintien de la réglementation actuelle.

« La loi est là pour protéger. Si cette cause-là est acceptée, la protection à laquelle j’ai droit est enlevée. Ça mettrait à risque toute une classe de personnes handicapées », a expliqué Gordon Friesen.

Gordon Friesen<br>
<i>Citoyen inquiet</i>
Photo Pierre-Paul Poulin
Gordon Friesen
Citoyen inquiet

L’argument a toutefois été rejeté du revers de la main par l’avocat de Mme Gladu, qui rappelle que, même s’il obtient gain de cause, « chacun peut faire ses choix ».


► Le procès en chambre civile devrait durer 33 jours, pendant lesquels plusieurs experts devraient témoigner. La décision de la juge Christine Baudouin, qui pourrait être rendue autour de l’été, pourrait faire jurisprudence.