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Les vaches sacrées

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Depuis le début de la crise des accommodements raisonnables au Québec, il y a 13 ans, la communauté indienne de Montréal de religion hindoue n’a jamais demandé le moindre traitement de faveur.

La plupart des Indiens au Québec sont bien intégrés à la communauté anglophone parce qu’ils parlaient déjà l’anglais en arrivant ici. Selon le recensement de 2011, les hindous représentent 0,4 % de la population du Québec et les sikhs, 0,1 %. Pas de quoi déclencher une crise d’urticaire identitaire.

Et pourtant...

Sans mots

Vous me voyez sans paroles face aux accusations de racisme et d’appropriation culturelle par certains membres de la communauté indienne insultés par le sketch du Bye bye au sujet du voyage désastreux de Justin Trudeau en Inde. Le numéro de danse néo-Bollywood n’était pas respectueux de la culture indienne classique, semble-t-il, et les vaches en carton malmenées par un Donald Trump déguisé en gorille ont heurté certains traditionalistes.

« Les vaches sont sacrées pour les hindous, a déclaré Ina Bhowmick, qui enseigne la danse indienne. Qu’elles reçoivent des coups de pieds est très insultant », ajoutant que Justin en charmeur de serpents en forme de pistolets à essence ridiculise ces guérisseurs et leur tradition millénaire.

Madame Bhowmick est née à Montréal. Il ne peut être question d’un choc culturel, mais d’une tentative injurieuse de tirer parti du climat délétère au Québec entre « de souche » et « néo-Québécois » depuis la tuerie de la mosquée à Sainte-Foy qui a confirmé pour certains que le Québec constitue un terreau fertile pour le racisme.

« L’humour ne donne pas la permission d’offenser qui que ce soit, surtout lorsqu’il y a un biais culturel et racial », déclarait Fo Niemi, le perpétuel offensé directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales au réseau Global News. Je lui répondrai que son manque d’humour et son ignorance des codes culturels des Québécois francophones ne lui donnent pas la permission de nous offenser non plus.

Heureusement que plusieurs membres de la communauté indienne se sont portés à la défense du Bye bye – ainsi que des journalistes du Canada anglais – n’y voyant rien d’autre qu’un sketch politique grinçant.

La maîtrise de l’esprit de la langue importe aussi. Pour justifier sa colère envers Radio-Canada, Fo Niemi rappelait que le Bye bye 2008 avait utilisé le mot « nègre » dans un sketch sur Barack Obama. Il est clair qu’il n’avait pas compris que les auteurs se moquaient, maladroitement, mais clairement, du racisme.

Nuance

Je suis heureuse de voir que les Québécois francophones sont demeurés zen face aux accusations ridicules de quelques excités de la communauté indienne qui ne comprennent pas l’humour d’ici, aveuglés par des sensibilités communautaristes, aux aguets d’une vexation à dénoncer.

Accuser Radio-Canada de racisme par des hindous parce que des vaches en carton (qui représentaient les producteurs laitiers dans les négociations de l’ALENA 2) sont maltraitées, c’est rire de nous et nous mépriser.

Partir en orbite pour si peu indique un manque affligeant d’intérêt réel pour la société dans laquelle ces gens vivent, voire un rejet conscient et opportuniste.