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Réseau de communication de la Ville de Québec: 37 M$ pour des radios à changer dans 8 ans

Réseau de communication de la Ville de Québec: 37 M$ pour des radios à changer dans 8 ans
Photo d’archives, Simon Clark

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Plus chère que prévu avant même d’être lancée, la technologie du nouveau système de radio d’urgence de la Ville de Québec coûtera 37 M$ et ne pourrait servir que huit ans seulement avant d’être obsolète. 

Le nouveau Service évolué de radiocommunication pour l’agglomération de Québec (SÉRAQ) destiné aux pompiers, aux policiers et aux travaux publics viendra remplacer une technologie vieille de 38 ans, souligne l’administration Labeaume. 

La vaste acquisition du matériel de radiocommunication du réseau qui est toujours en service avait eu lieu avant le Sommet des Amériques en 2001. Il s’agit d’un système analogique EDACS créé à l’époque par General Electric. On avait alors procédé à un rehaussement du réseau. 

La Ville de Québec a décidé de moderniser son service et de se tourner vers une technologie numérique méconnue en Amérique du Nord. Les coûts pour le projet s’élèvent à 25 M$ et grimpent à 37 M$, en incluant l’entretien prévu d’ici 2026. C’est déjà 6,2 M$ de plus que ce qui était anticipé, et le nouveau système n’est pas encore lancé (voir ci-dessous). 

L’administration assure qu’elle fait tout pour éviter les ratés et les désastres financiers, comme c’est le cas avec de nombreux projets semblables au Québec, admettant toutefois qu’il n’existe pas «de risque zéro». 

Or, malgré tous ces changements et les millions de dollars investis, cette technologie pourrait servir moins de 10 ans. 

«On se dit que dans huit ans, il y a une possibilité qu’on se tourne vers les réseaux de cellulaire et autres», a admis Martin Caron, le directeur général des technologies de l’information (TI) et responsable de l’implantation du SÉRAQ, lequel doit être en fonction d’ici 2020. 

Chose certaine, la Ville estime à 15 ans, maximum, la viabilité de ce nouveau réseau. «Ça change beaucoup plus vite que ça changeait. Et il faut s’attendre à ce que même la radio soit touchée par ce type de changement. Des réseaux en place pour 30 ans, ça n’existera plus.» 

Obsolète, mais robuste 

Toutefois, la Ville admet que le réseau est encore solide et fonctionnel. «On peut faire ça encore quelques années, le réseau est robuste, ça fonctionne bien, mais on ne peut pas faire ça ad vitam æternam», a relaté M. Caron, précisant que les composantes ne sont plus produites. «Il y a une obsolescence. On a de la difficulté à en trouver.» 

La Ville a réfléchi longuement avant de foncer avec un nouveau système, car des réseaux cellulaires très performants sont en éclosion partout dans le monde et devraient faire leur apparition dans la prochaine décennie au Canada. 

«Ça devenait problématique sur le plan des consoles qui n’étaient plus disponibles. On est vraiment dans des technologies qui ne tiennent plus la route en termes de sécurité publique», a mentionné le directeur pour expliquer le changement immédiat, soutenant que le cryptage des ondes est primordial. «On n’est pas à risque actuellement, mais il ne faut pas attendre de l’être.» 

Réseau du futur 

Selon les sources consultées par Le Journal, la Ville de Québec aurait pu attendre encore quelques années et implanter une vraie technologie du futur. 

L’administration a décidé de se tourner vers la technologie TETRA qui a fait ses preuves en Europe. Il s’agira d’une première au Canada pour un service d’urgence. 

Des milliers $ en consultants externes 

Même si elle peut compter sur un imposant département des technologies de l’information, la Ville de Québec débourse des milliers de dollars en consultants externes pour l’implantation du nouveau système de radio d’urgence. 

L’administration municipale a signé de nombreux contrats avec des firmes externes, afin d’obtenir de l’aide pour son Service évolué de radiocommunication pour l’agglomération de Québec (SÉRAQ). 

Les sommes se comptent par centaines de milliers de dollars pour ces services professionnels en matière de technologie de l’information et de télécommunication. 

C’est «très peu de gens à l’externe», a plaidé Pierre St-Michel, directeur général adjoint du soutien institutionnel, ajoutant qu’une vingtaine d’employés du département travaillaient au projet. 

Au total, les TI de la Ville de Québec représentent un budget de 33 M$ et emploient 173 personnes, incluant les fonctionnaires, les professionnels et les cadres. 

Néanmoins, depuis 2016, la Ville a déboursé 640 000 $ pour ces consultants externes pour le SÉRAQ et vient tout juste de signer un nouveau contrat de 400 000 $ avec la firme Sagex pour ce même projet. Un contrat renouvelable. 

«Ils sont des experts techniques, ils ont des connaissances approfondies des protocoles de communication», a relaté Martin Caron, le directeur général des technologies de l’information (TI). La firme Levio, spécialisée en gestion de projets, est également sollicitée. 

6,2 M$ de plus 

Préalablement, le SÉRAQ devait coûter 19 M$, selon les chiffres inscrits au PTI 2017-2019. 

Mais l’administration Labeaume a signé un contrat un peu plus dispendieux avec Bell pour la fourniture et l’exploitation du système jusqu’en 2026. 

Bell est aussi le fournisseur de service du système actuel. 

Finalement, les coûts d’acquisition et de développement devraient atteindre 25 M$, en plus des 11 M$ pour l’entretien du réseau. 

«Plus évoluées» 

Afin d’expliquer la variation qui est à la hausse, l’administration Labeaume a indiqué que les forces policières et les pompiers ont demandé des terminaux spécialisés et des choses «plus évoluées que ce qui avait été inscrit dans l’avant-projet». 

L’acquisition par Motorola du système de communication d’urgence du transporteur Airbus, sur lequel Québec s’était appuyé, a également bousculé le budget prévu à la Ville de Québec. 

L’administration doit encore régler deux appels d’offres pour l’acquisition des terminaux et pour le matériel qui servira à la couverture à l’intérieur des bâtiments.