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Autre enquête pour ristournes illégales

Le distributeur de médicaments McKesson est à nouveau visé par la Régie de l’assurance maladie du Québec

L’enquête de la RAMQ vise entre autres un programme d’achat préférentiel de médicaments appelé FIT. Cette pharmacie Uniprix de Saint-Lambert a adhéré à FIT en 2017. On ignore toutefois si elle est directement visée par l’enquête.
Photo Chantal Poirier L’enquête de la RAMQ vise entre autres un programme d’achat préférentiel de médicaments appelé FIT. Cette pharmacie Uniprix de Saint-Lambert a adhéré à FIT en 2017. On ignore toutefois si elle est directement visée par l’enquête.

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Déjà condamné à une amende record de 40 millions $, le plus gros distributeur de médicaments au pays se trouve à nouveau dans la mire de Québec, qui le soupçonne d’avoir versé des ristournes illégales à des centaines de pharmaciens.

Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) a ouvert une enquête sur le grossiste McKesson et une de ses filiales, la bannière Uniprix.

Elle a envoyé au cours des dernières semaines une lettre à de nombreux pharmaciens Uniprix, dans laquelle elle leur demande des centaines de documents.

L’enquête de la RAMQ porte sur « tout avantage qui aurait été versé à des pharmaciens par le grossiste McKesson Canada ou tout autre fabricant de médicaments entre 2014 et 2016 ».

Les pharmaciens ont jusqu’au 1er février pour remettre des copies de leurs états financiers, états de compte, « enveloppe marketing » ou « programme de conformité ».

Ce n’est pas la première fois que la Régie enquête sur des montants versés par McKesson aux propriétaires de pharmacies pour favoriser la vente de certains médicaments génériques.

En 2013, une entente confidentielle avait été conclue entre la multinationale et la RAMQ à la suite d’une enquête débutée cinq ans plus tôt. Sans reconnaître quoi que ce soit, McKesson avait accepté de verser 40 M$.

Des millions en jeu

À l’époque, les pharmaciens de la chaîne Proxim, aussi détenue par McKesson, recevaient des chèques dans le cadre d’un « programme de conformité ». S’ils vendaient plus de 90 % de médicaments provenant d’une liste fournie par McKesson, ils avaient droit à des compensations.

McKesson offrait aussi du financement pouvant atteindre des centaines de milliers de dollars pour inciter les pharmaciens à adhérer au programme.

Notre Bureau d’enquête avait révélé en 2015 que les grossistes comme McKesson s’assuraient ainsi un volume de vente considérable pour leurs médicaments de marque maison et que des centaines de millions de dollars d’économies potentielles échappaient au gouvernement.

Amendes et radiation

Athanasios Kouremenos, pharmacien radié
Photo Pierre-Paul Poulin
Athanasios Kouremenos, pharmacien radié

À la même époque, environ 200 pharmaciens affiliés à Proxim ont été mis à l’amende par leur ordre professionnel pour avoir fait partie du programme de conformité.

L’été dernier, c’était au tour d’un pharmacien de la chaîne Uniprix, Athanasios Kouremenos, d’être radié pour 18 mois, entre autres pour avoir touché des ristournes deux fois plus élevées que les 15 % du volume d’achat prévu par la loi.

En octobre dernier, notre Bureau d’enquête révélait que 24 pharmaciens liés à Pharmaprix avaient été condamnés à des amendes totalisant 2,6 millions $ pour avoir touché des avantages illégaux. Ils contestent cette sanction en cour.

 

LA SAGA MCKESSON EN QUELQUES DATES

2009 | La RAMQ amorce une enquête sur un programme de conformité mis en place dans les pharmacies Proxim par la multinationale McKesson.


2013 | Cette enquête est close quand McKesson accepte de verser 40 M$ dans le cadre d’une entente confidentielle avec la Régie.


2016 | La RAMQ amorce des vérifications concernant les ententes, contrats d’approvisionnement ou d’affiliation entre les pharmaciens Uniprix, leurs bannières et McKesson.


Fin 2018 | Les pharmaciens Uniprix reçoivent un avis d’enquête de la RAMQ leur demandant des centaines de documents. La Régie enquête sur des avantages qui auraient été versés par McKesson ou tout autre fabricant de médicaments entre 2014 et 2016.

 

Un programme controversé dans la mire du gouvernement

La nouvelle enquête de la RAMQ s’intéresse entre autres à un nouveau programme controversé mis en place dans les pharmacies Proxim et Uniprix.

Le programme FIT a été fondé après l’abolition du « programme de conformité » pour lequel McKesson a accepté de verser 40 M$ en amende.

Officiellement, FIT vise à assurer un approvisionnement constant en médicaments aux pharmaciens ainsi que le versement des ristournes auxquelles ils ont droit de la part des fabricants de médicaments.

Les pharmaciens y adhèrent de façon volontaire. Mais selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, certains non-membres se font mettre de la pression pour y adhérer, que ce soit par le biais de représentants de McKesson ou encore du siège social d’Uniprix.

Plus de ristournes ?

Toujours selon nos informations, les pharmaciens membres de FIT toucheraient des ristournes (aussi appelées allocations professionnelles) sur pratiquement tous les médicaments génériques vendus.

Ce n’est pas le cas des autres pharmaciens qui n’ont pas accès à des ristournes sur tous les médicaments, notamment sur de plus vieux médicaments.

Le programme FIT favorise également la vente de produits de la marque maison de McKesson, Sivem.

Lorsque le pharmacien demande un médicament générique, ce sont les Sivem qui sont sélectionnés la plupart du temps.

Selon une liste de membres du programme datant de 2017, la très grande majorité des pharmaciens Proxim y ont adhéré. Une quarantaine de pharmaciens Uniprix y figuraient également.


McKesson a mis la main sur la bannière Uniprix en mai 2017.