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Le lock-out à l’Aluminerie Bécancour a fait perdre 215 M$ à Hydro-Québec

Le conflit de travail qui traîne en longueur fait mal aux finances de la société d’État

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Le lock-out à l’Aluminerie ABI de Bécancour qui s’étire depuis tout près d’un an a fait perdre 215 millions $ en vente d’électricité à Hydro-Québec.

Chaque journée de lock-out engrange maintenant un manque à gagner de 734 000 $ à la société d’État, estime l’expert en énergie Jean-François Blain embauché par les travailleurs de l’Aluminerie Bécancour.

L’aluminerie, qui ne fonctionne plus qu’au sixième de sa capacité, consomme en temps normal 730 mégawatts (MW) d’électricité par heure, soit plus de 4 térawattheures (TWh) annuellement.

« Plus le temps file, plus ce lock-out coûte une fortune à Hydro-Québec », déplore le président du Syndicat des Métallos affilié à la FTQ, local 9700, Clément Masse, qui représente les travailleurs d’ABI.

Hydro-Québec, qui refuse de commenter le conflit, reconnaît que les pertes de revenus liées à cette situation sont significatives.

« Il est certain que la baisse de consommation de ce grand client a un impact à la baisse sur nos ventes », a fait valoir hier un porte-parole d’Hydro-Québec, Serge Abergel.

Une source gouvernementale bien au fait du dossier a confirmé au Journal que les chiffres avancés par l’expert Jean-François Blain étaient « près de la réalité ».

En raison d’importants surplus, Hydro-Québec a notamment été contrainte de déverser en eau de ses grands barrages l’équivalent de 10 TWh d’électricité en 2018.

Force majeure

Une clause ajoutée par l’ancien gouvernement libéral en 2014 dans le nouveau contrat de vente d’électricité entre Hydro-Québec et ABI (Alcoa et Rio Tinto) permet d’ailleurs à cette dernière de ne payer que pour l’électricité utilisée à Bécancour. Et ce, même si Hydro-Québec doit lui réserver en tout temps un imposant bloc d’électricité annuel (4 TWh).

Selon cette clause du contrat, un lock-out est maintenant considéré comme un cas de « force majeure », ce qui suspend ses obligations contractuelles.

ABI n’est donc plus tenue de payer pour l’électricité non utilisée, échappant également à une pénalité annuelle de 41,9 M$ qu’elle devrait payer pour la baisse de production.

Le lock-out décrété par la direction d’ABI le 11 janvier 2018, qui a jeté plus de 1000 travailleurs à la rue, n’est d’ailleurs pas à la veille de se régler. Les deux parties, qui se sont rencontrées le 21 décembre dernier, demeurent campées sur leurs positions.

Selon le syndicat, les demandes patronales pourraient faire perdre d’importants acquis aux travailleurs de l’aluminerie. L’employeur voudrait modifier le régime de retraite ainsi que les mouvements de main-d’œuvre à l’intérieur de l’entreprise.

Le dossier est maintenant sur la table du ministre du Travail, Jean Boulet.