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Des téléphones «intelligents», vraiment?

Des téléphones «intelligents», vraiment?
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Je ne sais pas si nos téléphones dits «intelligents» le sont vraiment – le doute est néanmoins permis (!) -, mais une chose est sûre. Son usage obsessif frôlant la dépendance affective ne l’est pas du tout.  

J’ai donc beaucoup aimé la chronique de ma collègue Martine Desjardins qui, bien candidement et avec raison, abordait la fameuse «résolution» de début d’année : utiliser le cellulaire MOINS souvent.

Les dommages potentiels d’un usage excessif de ces petites choses sont en effet connus : perte de sommeil, anxiété, réduction de la capacité de concentration, accidents de voiture, etc.

Même chez les jeunes enfants, qu’on rive déjà à de multiples écrans, les dommages se multiplient.

Cette entrevue éclairante sur le sujet avec le pédiatre Jean-François Chicoine a de quoi nous glacer le sang. Elle devrait pourtant alerter de nombreux parents.

Cela dit, je ne suis ni sociologue, ni psychologue, mais les raisons de cette obsession des téléphones dits «intelligents» ne sont pas mystérieuses. Effet de mode; peur chronique de l’ennui ou de «rater» quelque chose; besoin de se conformer à ses pairs; un brin de narcissisme, etc.

La manie de ces téléphones (combien de personnes l’apportent même au lit ?), n’est plus un phénomène générationnel. C’est partout, tout le temps. Ou presque.

Or, jamais nous n’aurons été autant «connectés» sur un écran et jamais nous n’aurons été aussi déconnectés des autres humains.

S'agit seulement de prendre le métro ou le bus pour le voir. Tout le monde a son écran et personne ne se regarde.

Lorsqu’utilisé compulsivement, le téléphone dit «intelligent» créé un effet de bulle inquiétant autour de chaque utilisateur. Effet de bulle, voire même un effet de mur.

Au début, on nous l’a pourtant vendu comme un simple «outil» de communication et de travail. Comme l’ordinateur, quoi. Ce qui, déjà, aurait dû suffire.

Malheureusement, les téléphones dits «intelligents» sont devenus des «extensions» physiques de nos bras et de nos mains. À un point tel où son usage répété commence même à affecter négativement la posture du dos et du cou.

Ce qui, pour toutes ces raisons, devrait militer pour un usage, disons, plus mesuré. Encore faudrait-il prendre pleinement conscience des dommages venant avec son utilisation constante.

Dans cette mesure, peut-être qu’un jour, on réalisera qu’il faudra aussi nous «éduquer» au dangers d'un usage trop fréquent, comme on l’a fait pour l’alcool.

Avec les téléphones dits «intelligents», la modération aurait en effet bien meilleur goût pour la santé physique, émotive et cognitive.

***

Et moi? Technophobe renommée depuis longtemps, j’ai toujours été la dernière à me procurer le dernier truc du jour.

C’est donc après tout le monde que j’ai acheté un ordi, puis un fax, puis un simple téléphone cellulaire, puis, un téléphone dit intelligent.

Oups, en fait, pour tout dire, je n’ai pas acheté mon téléphone dit intelligent. Je l’ai reçu en cadeau en guise évidente de message du genre  «grouille-toi, Josée, tout le monde en a un!».

Mais attention. J’ai ensuite mis un bon deux ans avant d’ouvrir la boîte. Mon vieux cellulaire «flip» faisait encore parfaitement le boulot pour moi lorsqu’on voulait me rejoindre de vive voix.

Depuis que j'avais reçu le téléphone dit intelligent en cadeau, un bon ami, particulièrement tenace, me demandait régulièrement «quand est-ce qu’on va aller au magasin (vous savez lequel) pour qu’on puisse enfin faire configurer ton téléphone et que je puisse enfin t’envoyer des textos?».

Bon. Finalement, il y a quelques mois, j’ai craqué. J’y suis allée avec lui et c’est fait.

Mon usage?

Il est loin d’être aussi fréquent que la mode le dicte.

J’en ai d'ailleurs aucun mérite.

Car oui, je suis consciente des dangers d’un trop grand usage, mais le fait est que je m'en suis passée tellement longtemps, que je me contente tout simplement d’en apprécier certains avantages. Car «avantages» il y a, c’est sûr.

Surtout, je traite mon téléphone dit intelligent comme je traite mon ordi : en bon compagnon de travail et de loisirs, mais définitivement pas en compagnon de vie...