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Gouverner au pif

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C’est un cliché, mais c’est vrai : ça prend du flair pour diriger un gouvernement.

Il faut sentir l’air du temps, savoir ce que les gens veulent, sentir le vent tourner avant qu’il ne tourne réellement.

Être sur la même longueur d’onde que les électeurs.

LE NEZ BOUCHÉ

Or, Philippe Couillard était un handicapé du pif. Tout dans la tête, rien dans le nez.

Prenez le débat sur les signes religieux.

Pas besoin d’avoir un doctorat en sciences politiques pour savoir que les Québécois ne veulent pas de juges enturbannés ou de policières voilées.

Une paire d’oreilles suffit.

Idem pour le nationalisme. Ce n’est pas parce que les Québécois ne veulent rien savoir d’un troisième référendum qu’ils sont prêts à lécher les babouches de Justin Trudeau.

Ils veulent que leur PM se tienne debout devant Ottawa.

Or, pour paraphraser Brel, Philippe Couillard était l’ombre de Justin, l’ombre de sa main, l’ombre de son chien.

Plus fédéraliste que ça, tu te présentes au fédéral.

Là encore, l’homme manquait singulièrement de pif.

On l’aurait envoyé dans un voyage de pêche avec un arnaqueur de première qu’il n’aurait rien senti.

NARINE BOY

Or, Legault, lui, a du flair.

Sur les signes religieux, l’immigration, le français et la « défense de la nation », il est en harmonie avec la majorité des Québécois.

Notre nouveau premier ministre (qui est aux commandes de l’État québécois depuis 100 jours) n’est peut-être pas un premier de classe comme le neurochirurgien qui l’a précédé, je ne le laisserais peut-être pas jouer dans mon cerveau avec un scalpel aiguisé, mais pour avoir du pif, il en a.

C’est peut-être d’ailleurs le problème : il n’a que ça.

François Legault a de bonnes intuitions, d’excellentes intuitions, même.

C’est lorsqu’arrive le temps de transformer ces sentiments en actions concrètes que le bât blesse. Il s’enfarge dans les détails, propose des solutions qui ne tiennent pas la route.

Il suffit de penser au dossier de l’immigration.

« Nous allons réduire le nombre d’immigrants que nous recevons chaque année ! »

OK, parfait, les Québécois sont d’accord avec ça. « En prendre moins pour en prendre soin », la formule est bonne, ça tombe sous le sens, pas de problème, on vous suit.

Mais on fait ça comment ? Concrètement ?

Bof, heu... On va s’arranger, faites-vous-en pas...

C’est comme un chef qui a d’excellentes idées de combinaisons culinaires, il les hume dans sa tête, il les sent, il les goûte, mais quand vient le temps d’écrire la recette, et de dire combien de temps il faut laisser ça au four et à quelle température, il s’écrase.

C’est au-dessus de ses forces.

Comme un chef d’orchestre qui entend de belles mélodies entre ses deux oreilles, mais qui n’est pas capable de lire la musique ni d’écrire une partition.

PIF GADGET

Regardez le cannabis.

Oui, les Québécois sont inquiets des conséquences possibles de la légalisation.

Mais interdire le pot aux moins de 21 ans ? Vraiment ?

C’est le défi que François Legault devra relever au cours des prochains jours.

Ne pas se fier qu’à son pif.

Et ne pas avoir peur d’avouer ses erreurs, comme il l’a fait hier en remplaçant sa (trop verte) ministre de l’Environnement.