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Les 100 jours qui marquent le pas

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François Legault est un politicien triplement chanceux. Son gouvernement est majoritaire. Son premier mandat débute à peine. Face à lui, le PQ est décimé et les libéraux, durement punis par les francophones. Si j’étais lui, je m’achèterais un conteneur de 6/49.

Pour ses 100 premiers jours, François Legault a passé le test du « changement ». Après les années libérales, l’arrivée d’un premier ministre dont la formule la plus souvent prononcée est « je suis ouvert à écouter » a eu l’effet d’un baume.

Son annonce surprise d’hier l’illustre à merveille. En remplaçant MarieChantal Chassé à l’Environnement par Benoit Charette, M. Legault montre qu’il a écouté. Et, surtout, qu’il a compris les nombreuses critiques dont Mme Chassé faisait l’objet dans un dossier majeur, dont l’importance, de toute évidence, avait été mal évaluée.

Dans ses 100 premiers jours, l’approche flexible du gouvernement Legault marque le pas. Les marges de manœuvre financières dont il hérite le permettent. Sa volonté d’améliorer aussi les services publics est non moins palpable. À preuve, face au manque de soins à domicile, la ministre de la Santé, Danielle McCann, ordonnait au réseau d’augmenter les services.

Idem pour Marguerite Blais, ministre responsable des Proches aidants. Elle n’aura mis que quelques semaines à organiser un forum, dont le contenu servira de base à sa politique nationale sur les proches aidants.

Casse-tête

En éducation, le ministre Jean-François Roberge hérite toutefois du pire casse-tête. Comment renforcer un système scolaire public affaibli sans remettre en question les privilèges du réseau privé subventionné ?

Dans le dossier de la langue française, la ministre Nathalie Roy se dit déterminée à contrer son recul, mais hésite encore à proposer des mesures proactives pour le faire.

La question délicate de la « laïcité » s’annonce cependant la plus risquée, politiquement et socialement. Après une décennie de débats polarisants, M. Legault se dit pressé d’agir. La question des signes religieux reste néanmoins un terrain miné.

Interdire le hijab aux enseignantes tout en conservant le crucifix à l’Assemblée nationale déboucherait sur une « catho-laïcité » décevante. À moins, bien sûr, que le gouvernement ne se montre plus « flexible ».

Énigme

Quant au nationalisme de François Legault, c’est une énigme. Au-delà de sa capacité à tenir tête à l’Alberta sur le pétrole, de quelle « école » sera-t-il face à Ottawa ? Conservatrice ou revendicatrice ?

Avec l’appui du PQ et de Québec solidaire, la CAQ s’est aussi engagée à déposer un projet de loi visant à modifier le mode de scrutin. Contrairement à René Lévesque et à Justin Trudeau, se rendra-t-il au bout du processus ?

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, ne chômera pas non plus. Une modernisation urgente du droit de la famille l’attend. Avec les partis d’opposition, elle devra mieux adapter le système de justice aux plaintes pour violence sexuelle ou conjugale.

En attendant la suite, une chose est sûre. François Legault profite de la denrée la plus précieuse qui soit en politique : du temps. Beaucoup de temps.