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Drogue au volant: la métamphétamine plus détectée que le pot

La majorité des automobilistes arrêtés à Québec pour conduite avec les capacités affaiblies en consomment

Drogue au volant: la métamphétamine plus détectée que le pot
Photo d'archives, Agence QMI

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La métamphétamine affecte beaucoup plus les conducteurs que le pot sur les routes de la région, alors que la grande majorité des automobilistes arrêtés pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue en consomment avant de prendre le volant.

C’est ce que révèlent des données obtenues par Le Journal, provenant du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale. Celles-ci font état des types de drogues détectées lors de prélèvements d’urine effectués chez les conducteurs arrêtés pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue. 

La région de Québec arrive en tête de liste, alors que 71,1 % des prélèvements effectués présentaient des traces de métamphétamine. À Montréal, le stupéfiant a été détecté à 41,5 %. 

À l’échelle de la province l’an dernier, plus de la moitié (56,5 %) des 623 conducteurs testés lors de leur arrestation avaient consommé de la métamphétamine. 

Rage au volant

Selon des experts interrogés par Le Journal, la consommation de métamphétamine affecte plus gravement les automobilistes que le cannabis. 

«Le cannabis reste quand même une substance qui, en moyenne, affecte les capacités, mais pas tant que l’alcool et probablement pas tant que la métamphétamine», affirme Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. 

La consommation de métamphétamine, un stimulant du système nerveux central, peut entraîner des comportements impulsifs, allant même jusqu’à la rage au volant. « Il y a davantage de prise de risques, d’énervement », poursuit M. Fallu. 

 Par ailleurs, avec la nouvelle loi relative à la conduite avec les capacités affaiblies en vigueur depuis le 18 décembre dernier, les policiers pourront exiger des prises de sang afin de déterminer les taux exacts de cannabis dans le sang. 

Pour la professeure à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et directrice du Réseau de recherche en sécurité routière du Québec, Marie Claude Ouimet, les consommateurs réguliers de métamphétamine présentent des comportements à risque élevé au volant. 

«Il y a une association entre les stimulants du système nerveux central et les collisions», indique-t-elle. 

À l’échelle de la province, les conducteurs arrêtés par les policiers étaient aussi sous l’influence du cannabis (46,9 %), de la cocaïne (32,6 %) et du GHB (26,6 %). 

11 substances

Un cocktail inquiétant, d’autant plus qu’en moyenne, les tests ont permis d’identifier près de trois stupéfiants par conducteur. Une analyse a même permis de déceler jusqu’à 11 substances actives dans l’organisme d’un conducteur. 

Malgré tout, l’alcool demeure le stupéfiant le plus dangereux sur la route, selon M. Fallu. « Ça affecte à peu près tout ce qui est nécessaire pour conduire », affirme-t-il. 

  

Les stupéfiants et leurs effets au volant 

Métamphétamine (effets semblables pour la cocaïne)  

  •  Vitesse plus élevée, variation de la position dans la voie, virage à gauche dangereux, comportements impulsifs, rage au volant, hyper vigilance  

Cannabis  

  •  Conduite plus lente, réflexes ralentis en cas d’urgence, altération du jugement  

Alcool (effets semblables pour le GHB)  

  •  Désinhibition des comportements, jugement altéré, vitesse, réflexes d’urgence affectés, troubles d’équilibre  

  

Substances détectées au Québec en 2017  

  1.  Métamphétamine : 56,5 %
  2.  Cannabis : 46,9 %
  3.  Cocaïne : 32,6 %
  4.  GHB : 26,6 %  

  

Drogues détectées selon la région 

Métamphétamine  

  •  Québec : 71,1 %
  •  Montréal : 41,5 %  

Cannabis  

  •  Québec : 42,1 %
  •  Montréal : 43,6 %  

GHB  

  •  Québec : 43,9 %
  •  Montréal : 29,8 %  

Source : Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec

  

Des prises de sang pour les automobilistes 

 

Lorsqu’un automobiliste est arrêté pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue, il est amené au poste où il devra passer les tests des agents évaluateurs, comme le montre cette photo où notre journaliste s’était prêtée au jeu en novembre dernier. Divisés en 12 étapes, les tests permettront aux policiers de déterminer quel(s) type(s) de stupéfiant(s) a été consommé par le conducteur. Un prélèvement d’urine est aussi effectué pour confirmer la présence du stupéfiant dans l’organisme.
Photo d’archives, Jean-François Desgagnés
Lorsqu’un automobiliste est arrêté pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue, il est amené au poste où il devra passer les tests des agents évaluateurs, comme le montre cette photo où notre journaliste s’était prêtée au jeu en novembre dernier. Divisés en 12 étapes, les tests permettront aux policiers de déterminer quel(s) type(s) de stupéfiant(s) a été consommé par le conducteur. Un prélèvement d’urine est aussi effectué pour confirmer la présence du stupéfiant dans l’organisme.

Grâce à une nouvelle loi fédérale, les services de police pourront exiger une prise de sang pour connaître les taux exacts de cannabis dans le sang des automobilistes arrêtés pour conduite avec les capacités affaiblies, ce qui pourrait mener à des amendes plus salées.  

Pour coordonner cette nouvelle façon de faire, le ministère de la Sécurité publique est en attente d’une autorisation du ministère de la Santé à cet effet.  

Ainsi, les services de police pourront embaucher des infirmières afin de réaliser l’acte médical directement au poste. Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) est d’ailleurs en train de négocier des ententes en ce sens.  

Infractions  

La prise de sang permettra aux policiers de remettre des infractions, selon la quantité de cannabis dans le sang.  

Les pénalités pourront aller jusqu’à 1000 $ d’amende, assorties d’une interdiction de conduire pendant un an, pour des quantités de cannabis variant de 2 à 5 nanogrammes par millilitre de sang.  

Une nouvelle infraction prévoit aussi une peine minimale de 1000 $ pour un taux de 2,5 nanogrammes de cannabis par millilitre de sang, mélangé à 50 milligrammes d’alcool par 100 millilitres de sang.   

Prélèvements d’urine  

À l’heure actuelle, «la prise de sang n’est pas priorisée», affirme l’agent évaluateur du SPVQ Charles-Denis Jones.   

Les prélèvements d’urine sont majoritairement utilisés par les agents, mais ne permettent pas de déterminer le taux exact d’un stupéfiant dans l’organisme.  

Au Québec, 141 agents évaluateurs sont formés au sein des différents services de police pour identifier les types de drogues consommées par les conducteurs fautifs.