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L’archevêché de Montréal se met les pieds dans les plats

L’information diffusée faisait la promotion d’un manuel controversé

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L’Archidiocèse de l’Église catholique de Montréal s’est dissocié jeudi d’un communiqué de presse qu’il a lui-même relayé mercredi. Celui-ci faisait la promotion d’un livre incitant les parents à retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle obligatoires.

L’ouvrage dont le communiqué faisait la promotion s’intitule Réflexions pour susciter le dialogue parents/enfants sur le programme Éducation à la sexualité du Ministère de l’Éducation du Québec de la maternelle à la 3e année du primaire.

Il incite les parents à accompagner eux-mêmes leurs enfants dans l’apprentissage de la sexualité, afin de respecter leur «pudeur naturelle».

Pour les auteurs, l’obligation pour les enfants de prendre part aux cours d’éducation sexuelle est vue comme une agression. Le livre a été écrit par le Dr Raouf Ayas et l’abbé Robert J. Gendreau, qui fait partie de l’archevêché de Montréal. 

Dissociation

« Ce livret est le résultat d’une initiative personnelle d’un père de famille [...] pour accompagner les parents catholiques intéressés à cette démarche, a fait parvenir hier par courriel Erika Jacinto, directrice des communications de l’archidiocèse. L’Archevêché n’a pas été impliqué dans l’initiative ni la publication de cet ouvrage. »

Le communiqué qui suscite la controverse a été préalablement rédigé par Dr Ayas, a appris le Journal. Il s’est vu relayé à des contacts du Diocèse, dont des médias, par le service des communications de ce dernier. 

« Le relais de l’information relative au livret [...] ne constitue d’aucune façon un endossement de son contenu par l’archevêché de Montréal », a toutefois tenu à clarifier Mme Jacinto dans un message préenregistré.

Impossible maintenant de savoir si l’archevêché s’est rétracté devant la levée de boucliers ou s'il s'agissait d'une erreur de communication, car les appels du Journal n’ont pas été retournés.

« Il y a eu une confusion. C’était de l’information. Ça n’a jamais été un communiqué de presse», dit pour sa part l’abbé Gendreau, qui appuie cet ouvrage en son nom personnel.

Initiative personnelle

Tant l’abbé Robert J. Gendreau que le médecin affirment que leur projet n’attendait pas l’approbation ou le soutien de l’Église.

« Je ne crois pas que le livre contienne de faussetés. Nous n’avons demandé l’opinion à personne. C’est une initiative personnelle », dit Dr Ayas.

Ce dernier n’est pas choqué de la dissociation du Diocèse. « Peut-être que le Ministère sera d’accord avec le contenu, lui », continue-t-il.

Selon le Dr Ayas, l’enfant de six, sept, huit ou neuf ans est dans une période d’innocence.

« Le fait de l’inonder avec des informations sur la sexualité dont il n’a pas besoin, je pense que ça ne donnera pas nécessairement les résultats escomptés », affirme-t-il.

«Quand des catholiques, prêtres ou autres, comme le Dr Ayas, ont d’autres opinions, on les respecte. Mais ce n’est pas du tout le point de vue de l’Église», indique quant à lui le porte-parole du diocèse de Québec, Jasmin Lemieux-Lefebvre.Interpellé par le contenu de l’ouvrage, le ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a rappelé le caractère «essentiel» des apprentissages contenus dans les cours d’éducation à la sexualité. Il a également tenu à souligner que ces cours avaient été validés par de nombreux experts et qu’un sondage effectué après la conclusion du premier projet-pilote révélait que 86 % de parents se disaient satisfaits.

Opus Dei

L’abbé Robert J. Gendreau agit à titre de directeur du service de pastorale liturgique de l’Archidocèse de Montréal et fait également partie de l’Opus Dei.

« L’Opus Dei est considérée par l’ensemble de la société comme une organisation plus conservatrice, de droite catholique. Elle agit indépendamment des diocèses », explique Alain Pronkin, spécialiste en actualité religieuse.

L’abbé Gendreau nie toutefois toute influence de l’Opus Dei dans le contenu de l’ouvrage qu’il a coécrit. 

-Avec la collaboration de TVA Nouvelles