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L’artiste du «deal» mis à l’épreuve

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 En insistant à tout prix sur le financement d’un impossible mur qui couvrirait les 3000 kilomètres de la frontière sud, le président Trump s’empêtre lui-même dans un piège dont il aura du mal à sortir. 

 Avec son discours télévisé mardi soir, Donald Trump souhaitait prendre l’initiative dans le bras de fer qui l’oppose au Congrès et qui paralyse le gouvernement. 

 Il n’aura réussi qu’à exposer les limites de ses capacités de persuasion. Pour mettre fin à l’impasse budgétaire, il devra se livrer à des contorsions dignes de Houdini. 

 Personne ne bouge 

 En parlant directement aux Américains, Trump croyait peut-être pouvoir les convaincre que ce qu’il décrit comme une crise à la frontière sud justifie de débloquer des milliards pour le mur qui devait être payé par le Mexique. 

 Il serait bien étonnant qu’il y soit parvenu. Même en grande forme, les présidents arrivent rarement à faire bouger l’opinion par un simple discours, et Trump n’était visiblement pas au sommet de sa forme. 

 Il a livré sur un ton monocorde un texte truffé d’exagérations et de faussetés, qui misait sur la peur pour fabriquer de toutes pièces une crise qui n’en est pas une, car les passages frauduleux à la frontière sud sont en baisse depuis des années, et la plupart des immigrants illégaux et des drogues passent ailleurs. 

 Il était manifeste dans sa rencontre avec les sénateurs républicains hier que Trump ne leur a pas donné d’arguments solides pour convaincre les démocrates de financer quoi que ce soit qui ressemblerait à son mur. 

 Les démocrates restent fermes et plusieurs sénateurs républicains sont prêts à abandonner le mur. 

 État d’urgence ? 

 Il faudra bien pourtant dénouer l’impasse. Une solution explorée par Trump serait de déclarer une urgence nationale qui lui permettrait de s’approprier des pouvoirs spéciaux pour détourner des fonds vers son mur. 

 Le Congrès, y compris bien des républicains, accueillerait mal une telle saisie de pouvoir par l’exécutif. Même si cette option permettait à Trump de sauver la face devant sa base électorale, qui tient mordicus au mur, elle pourrait s’avérer impraticable. 

 Une solution plus réaliste serait de renforcer la sécurité aux frontières en améliorant suffisamment de barrières existantes pour convaincre les partisans de Trump que le mur avance, mais le « bye bye » du président aux démocrates semble fermer la porte à un « deal ». 

 De vraies crises 

 Pendant que le président continue de colporter une fausse crise à la frontière, de vraies crises perdurent. 

 D’abord, la paralysie du gouvernement entraîne de réelles conséquences, tant pour les employés que pour la santé publique et l’économie. 

 Ensuite, une vraie crise humanitaire sévit à la frontière, où des demandeurs d’asile légitimes s’entassent dans des conditions empirées par le « shutdown ». 

 Finalement, tout ce bruit a couvert de nouvelles révélations en marge des enquêtes sur Trump et ses proches, qui portent à croire que les ennuis actuels du président risquent de ressembler à un pique-nique quand ces enquêtes aboutiront.