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L'inacceptable sexisme à l'égard des garçons

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La manchette du journal de mardi, à l’effet que de moins en moins de gars sont diplômés du CÉGEP, a fait augmenter d’un cran mon inquiétude par rapport à nos garçons. Ils décrochent deux fois plus que les filles, représentent 70% des élèves en difficulté, constituent la vaste majorité des étudiants qui se font expulser des écoles, ont un taux de suicide plus élevé que leurs amies, et j’en passe. Des universitaires qui se concentrent sur les problématiques typiquement masculines affirment que, malgré ces constats troublants, il est encore bien mal vu de faire de la recherche sur les enjeux qui touchent spécifiquement les gars. Inacceptable!

Je prépare depuis plusieurs semaines un dossier sur la situation des garçons au Québec. Comme maman, journaliste et féministe, je suis inquiète sur plusieurs plans : la réussite scolaire, la santé mentale, les rapports garçons-filles, etc. Si nos hommes en devenir vont mal, comment pourrons-nous bien aller collectivement?

Je lis à peu près toutes les études qui s’écrivent sur le sujet et je parle aux quelques universitaires qui font de la recherche pour comprendre les difficultés vécues et, surtout, trouver des solutions pour aider et bien accompagner nos garçons.

Au hasard des discussions, la plupart d’entre eux m’ont confié que leurs travaux provoquaient bien des grincements de dents; comme si se préoccuper du sort des garçons se faisait aux dépens des filles.

Le professeur Égide Royer, expert renommé dans le domaine de la réussite scolaire et chercheur au Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire, affirme « se battre » contre cette forme de discrimination inversée depuis plus de 20 ans. « Je me fais parfois dire des choses comme : « On le sait bien toi, Royer, et ton intérêt pour les gars! » Il y a un inconfort important dans le monde universitaire quant aux recherches qui portent spécifiquement sur les garçons. »

Pour la fin du double standard

L’anxiété à l’école et les problèmes de violence sexuelle touchent principalement les filles, dont on se préoccupe. Le suicide, le décrochage et les difficultés scolaires, quant à eux, touchent surtout les gars, dont il faut s’inquiéter.

« L’Ontario a publié un excellent guide qui s’intitule : « Moi, lire? Tu blagues! Guide pratique pour aider les garçons en matière de littératie ». Au Québec, on n’a rien du genre et je me demande quand on osera avoir de la documentation publique qui vise à aider particulièrement nos gars? On a bien le programme « Chapeau, les filles! » qui vise à soutenir les filles et les femmes dans le choix d’un métier traditionnellement masculin », fait valoir le professeur Royer. 

Pour la fin de la pensée binaire

Quelle est cette façon de penser totalement binaire qui veut que, si on s’intéresse à des enjeux associés à un genre, on le fait nécessairement à l’encontre de l’autre? En 2019, nous en sommes encore là, vraiment?

Là-dessus, j’en profite pour lancer un appel à toutes mes consœurs féministes dont certaines peuvent parfois dépasser les bornes et considérer que seules les femmes souffrent et méritent d’avoir des programmes qui leur viennent en aide. 

N’est-il pas temps de dépasser cette puérile guerre des sexes pour comprendre que si les gars ne vont pas bien, les filles vont en souffrir également?