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Caroline Néron peut s’en sortir, disent des analystes

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Au bord de la faillite, la femme d’affaires Caroline Néron peut encore s’en sortir, estime l’expert en finance et gouvernance Michel Nadeau, qui la décrit comme «une femme courageuse et audacieuse».

«C’est un accident de parcours, moi je pense qu’elle va réussir», a-t-il soutenu, en entrevue avec Mario Dumont, à LCN, vendredi.

«Elle a bâti une image très forte. C’est une très bonne vendeuse [...], mais elle devra rajuster [le tir]. Elle devra avoir un expert en finance et en gestion pour gérer les inventaires, et une partie de la cuisine de son organisation.»

L’ex-numéro 2 de la Caisse de dépôt et d’Investissement Québec, aujourd’hui directeur général de l’Institut sur la gouvernance (IGOPP), a rappelé que, comme créatrice, Caroline Néron a su développer une marque qui a très bien marché.

«Au Québec, il n’y a pas beaucoup d’autres marques, d’autres fabricants de bijoux», a-t-il illustré.

«C’est une femme courageuse et audacieuse, qui a réussi à bâtir quelque chose de très valable au Québec», a-t-il dit.

Reste que l’achalandage à la baisse dans les centres commerciaux et la forte concurrence des boutiques en ligne sont autant de facteurs qui n’ont pas aidé l’entreprise de Caroline Néron, a expliqué Michel Nadeau.

Jeudi, en entrevue avec TVA Nouvelles, la femme à la tête des magasins de bijoux portant son nom s'est confiée sur les difficultés financières de son entreprise: neuf des quatorze boutiques fermeront prochainement et 64 des 152 employés seront licenciés.

Les ventes ne sont pas le nœud du problème, la majorité des boutiques étant rentables, mais l’entreprise traîne de lourdes dettes.

«C’est une erreur de croissance», a évoqué M. Nadeau, en soulignant la complexité de gérer cette situation.

«Avec la croissance, l’entrepreneur doit être bon en finance, bon en comptabilité, en fiscalité, en politique municipale, bon en ressources humaines. Et c’est très difficile. Puis vous n’avez pas assez d’argent pour embaucher un VP en ressources humaines.»

M. Nadeau a tenu à souligner l’importance d’un conseil d’administration pour être appuyé et soutenu. «L’entrepreneur est fondamentalement seul et prend un paquet de décisions dans plusieurs domaines», a-t-il illustré.

«La bonne décision»

Pour le spécialiste en marketing numérique Philippe R. Bertrand, Caroline Néron a pris «la bonne décision» de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

Parmi les moyens pris pour redresser la situation, elle fera distribuer ses bijoux par d’autres boutiques, afin d’éviter d’avoir ses propres magasins qui coûtent une fortune en baux commerciaux.

«Elle a fait la bonne chose de prendre le taureau par les cornes, a mentionné M. Bertrand. Ce n’est pas facile, faire ça, pour un entrepreneur. Elle a pris la bonne décision, elle va pouvoir se placer. Je pense qu’elle va s’en sortir.»

Selon l’expert, l’entreprise a un problème de modèle d’affaires, en s’installant dans des centres commerciaux traditionnels. La tendance est de plus en plus vers les centres commerciaux «de destination», comme le Dix30.

De plus, au cours des cinq dernières années, les boutiques ont tendance à rapetisser. Plus elles sont grosses, plus elles coûtent cher en baux commerciaux.

Pour diminuer l’impact de ces coûts, M. Bertrand suggère d’aller vers la vente en ligne.

Le conseiller en gestion de patrimoine Fabien Major, interrogé également par TVA Nouvelles, vendredi , est aussi d’avis que Caroline Néron a bien fait de se placer sous la protection de la loi, «dans les circonstances, avec ce qu'on a entendu, ce qu'elle a expliqué».

Selon lui, Mme Néron, malgré ce qui lui arrive en ce moment, «a encore beaucoup d'avenir ». «C'est une marque qui rayonne, Caroline Néron. [...] Puis, je salue aujourd'hui son courage.»

Selon Fabien Major, les erreurs, le fait de trébucher en affaires, «c'est le lot de tous les entrepreneurs». «Les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui ont commis le plus d'erreurs et la résilience fait en sorte qu'un échec, c'est un tremplin pour rebondir.»

«Ce qu'on a entendu hier [jeudi], c'était extrêmement positif puisqu'elle voit ce qui s'est passé, a-t-il ajouté. Puis là, elle a une chance extraordinaire. Il y a des magasins qui vont rester ouverts. Puis, il y a aussi cette opportunité de créer un magasin en ligne. Mais définitivement, elle connaît ses forces: le marketing, le développement des affaires.»

Selon lui, Caroline Néron peut très bien repartir du bon pied, notamment «en faisant état de ses forces, de ses faiblesses, et en présentant un plan où il y aura une structure administrative sérieuse». Les créanciers pourraient accepter ce genre de plan, soutient Fabien Major, mais «vont exiger des garanties sérieuses et peut-être une mise en place de personnes ayant des compétences particulières».