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La caricature et le valet

La caricature et le valet
Photo Simon Clark

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Les libéraux, toujours les mêmes

Il me semble qu’avant de crier des noms aux autres, on doit bien se regarder dans le miroir afin de ne point prêter flanc à la critique, ce que les libéraux du Québec sont incapables de faire. Malgré l’échec cuisant subi lors des dernières élections provinciales, ils n’ont absolument rien appris et sont toujours les mêmes : c’est encore et toujours du n’importe quoi, ou presque...

Il faut tout de même le faire. Non, mais quand même. La retenue et le réalisme n’ont jamais été les points forts des gouvernements Charest et Couillard. Après avoir dépecé et laminé nos services publics, voilà que les libéraux, lors de la mise à jour économique caquiste du mois de décembre 2018, s’exclamaient, en furie : « Le PLQ condamne le manque d’investissements dans les services publics » (Le Journal de Québec, 3 décembre 2018). Les ténors libéraux ont alors dit : « Le PLQ juge que la mise à jour économique présentée lundi par le gouvernement Legault ne prévoit pas suffisamment d’argent dans les services à la population comme l’éducation et la santé, alors que les besoins sont très criants ». Besoins criants à cause de qui?

Tiens, une autre, à la fois drôle et pathétique, émanant des libéraux québécois qui, maintenant dans l’opposition, se sont convertis au vert : « Climat. L’opposition (PQ, PLQ et QS) réclame des états généraux » (Le Devoir, 23 novembre 2018). Ah ben, tout d’un coup, il y a maintenant urgence climatique pour les libéraux. Moi je nommerais à la tête de ces états généraux, tant qu’à rire du monde, Jean Charest, un fervent défenseur du pétrole de l’Ouest et du pipeline Énergie Est en plus d’avoir été lobbyiste pour le promoteur de ce pipeline, la compagnie TransCanada, en plus d’autres éminents libéraux.

Qui était la caricature caquiste?

Le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, a taxé (avec raison d’ailleurs) la déjà ex-ministre caquiste de l’environnement MarieChantal Chassé d’être une caricature. Mais lui, il était quoi? « La ministre Chassé, une “caricature” dit Arcand » (Le Journal de Montréal, 21 décembre 2018). Monsieur Arcand avait certainement raison d’avoir des doutes sur les compétences et les capacités de madame Chassé de diriger un ministère aussi important en ces temps de réchauffement climatique dramatique. Legault en avait aussi. Mais vous le savez, l’environnement n’a jamais été une priorité pour la CAQ, même que son ministre des Finances, Éric Girard, est pas mal climatosceptique. Madame Chassé ne connaissait pas grand-chose au Fonds vert, au gaz de schiste et à bien d’autres choses. Est-ce que Benoît Charrette, le nouveau ministre de l’Environnement, fera mieux? Il va peut-être mieux s’exprimer, mais il ne connait pas plus l’important dossier de l’environnement. Pas grave, la protection de l’environnement est un irritant aux vraies affaires de toute manière.

Pierre Arcand, un pantin

Dire que l’ancien ministre libéral de l’Énergie Pierre Arcand est, et était, sous influence et se permettait beaucoup de liberté avec la vérité est très facile à démontrer. Prenons juste les projets de règlement énoncés par les libéraux en 2017 qui permettaient aux gazières et aux pétrolières de forer partout (près des résidences et écoles, lacs et rivières, terres agricoles, parcs nationaux, etc.) : « Le ministre Arcand défend (quel courage!) les projets de règlement » (Le Devoir, 27 septembre 2017). Il a alors dit sans rire : « Nous avons les règles les plus strictes en Amérique du Nord ». Évidemment que cela est faux. Alors monsieur Arcand devrait, avant de voir la paille dans l’œil dans les yeux des autres, commencer par constater qu’il y en a sans doute une dans le sien. Juste un petit conseil d’ami : les libéraux avaient juré qu’il y aurait pas de forages dans les lacs et rivières, ce qui s’est avéré faux. « Hydrocarbures. La porte reste ouverte aux forages dans les cours d’eau » (Le Devoir, 6 septembre 2018). Réponse de Couillard devant l’évidence : « Il faut garder une petite marge » (Le Devoir, 7 septembre 2018).

C’est mieux à huis clos et entre amis

En 2015, récidivant avec ses « sparages » afin de faire croire des choses au monde, Pierre Arcand lançait une initiative pour que tout le monde puisse se parler et se comprendre. Quelle formidable initiative démocratique et même humaniste, sauf que : « L’intérêt public à huis clos. Québec (PLQ) lance un chantier sur l’acceptabilité sociale des projets énergétiques derrière des portes closes » (Le Devoir, 12 mai 2015). Bah, il est bien de fonctionner ainsi pour plus d’efficacité et de rapidité, et de ne point s’enfarger dans les fleurs du tapis ainsi que dans d’interminables débats stériles et vains. De toute façon, les écologistes sont toujours réfractaires au progrès et à la modernité, et les maires des municipalités sont des manipulateurs. Ce n’est pas moi qui le dis : « Eau potable. Le lobby pétrolier et gazier accuse les municipalités de vouloir “manipuler” le public » (Le Devoir, 19 mars 2018).

Jamais les pétrolières et les gazières ne s’abaisseraient à faire ça, elles qui ont des principes moraux très, pour ne pas dire trop, élevés, sauf que... « Environnement. Leçon d’opacité pour grandes entreprises. Le Conseil patronal de l’environnement (du Québec) montre à ses membres comment éviter de révéler des données délicates » et aussi : « Oléoduc Énergie Est. Stratégies pour vendre le projet aux Québécois. Des experts recommandent de “distraire” les écologistes » (Le Devoir, 27 février 2015 et La Presse, 18 novembre 2014).

Et pour faire avaler l’inacceptable à la population, rien de mieux que de brandir la peur, de faire du chantage et d’embaucher des universitaires en leur payant une belle grosse Chaire, comme celle du « spécialiste » Pierre-Olivier Pineau des HEC : « La peur pour promouvoir le projet d’oléoduc Énergie Est. Un géant des relations publiques (l’américaine (l’américaine Edelman) établit une stratégie spéciale pour le Québec » (Le Journal de Montréal, 18 novembre 2014). Comment mentir, distraire et faire peur est une “science” qui s’apprend à l’université au baccalauréat et à la maîtrise en communications.

Et encore Pierre Arcand avec ses amis

“L’énergie. Le ministre (Pierre Arcand) expose les grandes lignes de la future politique devant un cercle restreint” (Le Devoir, 16 janvier 2016). Devant un cercle restreint (après le huis clos) de dirigeants et des lobbyistes provenant du merveilleux monde de l’industrie pétrolière et gazière s’entend. À ne pas inviter à ces “partys” des énergumènes comme des écologistes (à moins qu’ils aient l’esprit ouvert) et des maires irrévérencieux de petites municipalités.

Encore une autre bonne sur Pierre Arcand qui aime bien caricaturer : “Pierre Arcand choque les écologistes. Le ministre était de la soirée organisée par TransCanada lundi” (Le Journal de Montréal, 11 septembre 2014). C’est quoi le problème au juste? TransCanada, une belle grosse compagnie de l’Ouest qui nous veut juste du bien et qui paie même les études afin de faire épargner le gouvernement du Québec : “Des études fauniques menées par l’entreprise” (Le Devoir, 21 septembre 2015). Et puis elle donne des jobs à d’éminents libéraux : “TransCanada embauche un influent libéral. Patrice Ryan (le fils de Claude) agit comme lobbyiste” et “Charest a voulu organiser une rencontre entre TransCanada et Ottawa” (Le Devoir, 9 janvier 2016 et 4 mars 2016). Finissons par une autre, et il y en a d’autres, sur Pierre Arcand : “Environnement. Le ministre Pierre Arcand défend le droit d’expropriation (partout et pour n’importe qui) des pétrolières” (Le Devoir, 9 juin 2016). Alors il est bien que M. Arcand critique ses adversaires politiques, mais il faut faire gaffe que cela ne se retourne pas votre lui après tout ce qu’il a effectué dans un passé récent. Il faut bien l’admettre, le PLQ a trop souvent privilégié l’intérêt particulier de certains au détriment de l’intérêt général des autres.