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Les prétendants démocrates à l'épreuve du #MeToo

Les prétendants démocrates à l'épreuve du #MeToo
AFP

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WASHINGTON | Harcèlement sexuel dans l'ex-équipe de campagne de Bernie Sanders, comportement trop «tactile» de Joe Biden... Le suspense règne encore sur les prétentions présidentielles en 2020 de ces poids lourds de la politique américaine, mais déjà des accusations surgissent, signe qu'après le mouvement #MeToo, l'heure est à la tolérance zéro.

Ces allégations sont bien loin de celles qui avaient visé directement Donald Trump pendant la campagne du républicain en 2016. 

Mais si plusieurs accusations de harcèlement sexuel et des propos outranciers n'avaient pas, à l'époque, bloqué le chemin de la Maison-Blanche au milliardaire, certains estiment que les critiques visant Bernie Sanders et Joe Biden suffisent cette fois à les disqualifier d'avance. 

Preuve que le mouvement anti-harcèlement #MeToo, surgi en 2017 dans le sillage du scandale Harvey Weinstein, est passé par là. 

Le mouvement «va évidemment jouer un rôle» dans la campagne de 2020, analyse David Redlawsk, politologue à l'université du Delaware. 

Ancien candidat malheureux à la primaire démocrate face à Hillary Clinton, Bernie Sanders en fait déjà les frais. 

Il s'est ainsi excusé publiquement jeudi auprès d'employées de ses équipes de campagne en 2016, qui ont dénoncé avoir été alors victimes de harcèlement sexuel de la part de collègues plus âgés. 

«Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que nous voulons mettre fin au sexisme et à la discrimination. Cela doit être une réalité dans notre quotidien», a tweeté le sénateur progressiste, qui affirme n'avoir pas été, à l'époque, au courant de ces faits. 

Des protocoles renforcés pour lutter contre le harcèlement sexuel ont déjà été mis en place lors de sa campagne de réélection au Sénat en 2018, a-t-il insisté. 

«Et bien sûr, si je me lance» dans la présidentielle de 2020, «nous ferons mieux», a-t-il affirmé sur CNN début janvier. 

«L'accent n'avait pas assez été mis sur la diversité», regrette Michael Ceraso, coordinateur de la campagne présidentielle de Bernie Sanders en 2016 en Californie. Dans cet État, «l'équipe était vraiment dominée par les hommes». 

Pour le jeune démocrate, la responsabilité en revenait aux managers plus haut placés, tenus de mettre en place les équipes parfois dans l'urgence d'une campagne qui avait soudainement pris une ampleur que peu attendaient au départ. 

«C'est dur parfois» de tout contrôler dans l'intensité d'une campagne, «mais cela ne devrait pas être une excuse», admet-il. 

Ces accusations ne devraient toutefois pas empêcher Bernie Sanders de se présenter en 2020 s'il s'excuse et agit pour que cela ne se reproduise pas, avance Michael Ceraso. 

Quant à l'ancien vice-président de Barack Obama, le débonnaire Joe Biden, c'est son côté «trop tactile» qui devrait le disqualifier, selon certains. 

D'autres lui reprochent sa conduite de l'audition sénatoriale teintée de machisme, en 1991, d'une femme qui accusait de harcèlement sexuel un candidat à la Cour suprême. Joe Biden a depuis regretté cet épisode et affirmé récemment que toutes les femmes présentant de telles accusations devaient être prises au sérieux. 

Autre candidat démocrate potentiel, Cory Booker, est, lui, rattrapé par sa jeunesse. 

Lorsqu'il était étudiant, le sénateur américain avait décrit dans le journal de l'université comment il avait, adolescent, touché la poitrine d'une jeune fille qu'il embrassait, alors qu'elle l'avait une première fois repoussé. 

Cory Booker confiait cette expérience pour expliquer que son travail auprès de victimes d'agressions l'avait changé «à jamais». Mais des critiques, surtout à droite, ont désormais ressorti cette tribune à charge. 

«Le mouvement #MeToo a déjà sensibilisé et poussé les femmes à agir», souligne Debra Ness, présidente d'une organisation progressiste, National Partnership for Women and Families. 

Mais il a aussi hérissé: un sondage NPR montrait en octobre que 43% des Américains estimaient que le mouvement était allé trop loin, dont trois-quarts de républicains. 

L'impact de l'ère #MeToo n'est en effet pas le même à droite qu'à gauche, souligne Kelly Dittmar, experte au Centre pour les femmes américaines en politique (CAWP): «L'opinion politique joue un grand rôle». 

En 2016, rappelle-t-elle, près de la moitié des Américaines blanches avaient voté pour Donald Trump alors même qu'il était accusé de harcèlement sexuel et malgré la diffusion, à quelques jours du scrutin, d'une ancienne vidéo dans laquelle il se vantait d'attraper les femmes «par la chatte». 

Et plus récemment, déjà en pleine époque #MeToo, des femmes républicaines avaient fermement soutenu le juge conservateur de la Cour suprême, Brett Kavanaugh, visé par des accusations d'agression sexuelle pendant son adolescence, qu'il nie. 

«Je ne pense pas que ce groupe d'électrices ait beaucoup changé depuis», estime Kelly Dittmar.