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Un moratoire sur le registre

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Tout indique que plus des trois quarts des propriétaires d’armes à feu ne les auront pas enregistrées à la date limite du 29 janvier. Le respect à la lettre de la loi exigerait que la police parte aux trousses de centaines de milliers de contrevenants pour les mettre à l’amende.

Cette situation est ingérable et absurde. D’ailleurs, le gouvernement est piégé. Si 75 % des gens ne se sont pas soumis à la loi, il faudrait essayer de faire du rattrapage. Mieux vaut tard que jamais. Mais si quelqu’un enregistre une arme en mars prochain, il fera du même coup un aveu de son illégalité pendant les semaines précédentes.

Cette personne devrait donc se voir imposer une amende. Qui alors sera assez nono pour aller se livrer ainsi ? Les retardataires vont tout simplement s’abstenir en espérant ne jamais se faire prendre. Vu ainsi, le taux sera bas le 29 janvier et demeurera aussi bas après.

Alors dans l’opposition, la CAQ avait donné son appui à cette loi. Pour plusieurs caquistes, on agissait sans grande conviction, mais on voulait éviter d’attirer l’attention et la critique sur un enjeu secondaire. La CAQ a choisi de rester discrète et de se fondre dans la masse en joignant l’unanimité des autres partis.

Le temps des décisions

Sauf qu’aujourd’hui, la CAQ est assise sur la chaise du décideur et doit vivre non seulement avec les grands principes de la loi, mais aussi avec les détails de son administration. Et cette administration n’est pas simple, contrairement à ce qu’avait promis l’ancien gouvernement.

J’ai entendu des histoires de propriétaires d’armes incapables d’enregistrer leur arme, faute d’en connaître la longueur exacte du canon. D’autres disent que les données sur leur arme ne sont pas acceptées dans le système. Je ne connais rien aux armes à feu, il est donc difficile pour moi de juger. Mais je connais bien la bureaucratie...

Les chasseurs qui partent pour des périples un peu plus longs se demandent comment ils vont respecter l’obligation de faire suivre l’adresse à laquelle se trouve leur arme. Si vous quittez la maison deux semaines ou plus, vous avez cette obligation. Il faudra fournir aux gestionnaires du registre l’adresse de votre camp de chasse dans un chemin de bois trois heures au nord-ouest de La Tuque...

Idées du PQ

Le Parti québécois a soumis des idées plus que raisonnables avant Noël. Pour assouplir le registre, élaguer quelques absurdités bureaucratiques et allonger la période d’inscription de six mois. Les ministres responsables à la CAQ devraient passer un coup de fil au député péquiste de Bonaventure Sylvain Roy.

Personnellement, j’irais un pas plus loin. Dans l’état actuel des choses, il serait tout à fait légitime pour le nouveau gouvernement de décréter un moratoire de six mois ou d’un an pour revoir adéquatement tout le dossier.

Il n’y a pas de réelle urgence. Le Québec n’a plus de registre des armes d’épaule à jour depuis plus d’une décennie. La criminalité n’a pas explosé.