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Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen

Des firmes locales fabriquent des hélicoptères et des moteurs pour la guerre au Yémen

Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen
Photo courtoisie, NorthStar Aviation

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Il n’y a pas que des chars blindés que le Canada exporte en Arabie saoudite. L’aéronautique québécoise a son secret bien gardé : l’industrie a vendu pour plus de 920 M$ en matériel et services militaires au royaume et à ses alliés depuis le début de la sanglante guerre au Yémen, a découvert notre Bureau d’enquête.

Moteurs d’avions de Longueuil et instruments de cockpit de Montréal pour avions tueurs, hélicoptères de Mirabel militarisés, jets de Bombardier transformés en appareils d’espionnage, formations pour pilotes de drones...

Plus d’une quinzaine de contrats du Québec pour des équipements destinés à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à leurs alliés sont passés inaperçus dans la récente controverse sur les ventes d’armes à la monarchie pétrolière.

Elles ne s’en vantent pas, mais depuis la Deuxième Guerre mondiale, les firmes québécoises sont habituées à exporter de l’équipement militaire aux quatre coins du globe.

Leurs contrats avec les pays en guerre au Yémen indignent cependant des militants des droits de l’Homme puisque leurs bombardements ont tué plus de 4500 civils depuis 2015, selon les Nations unies.

Les firmes aéronautiques du Québec ne font pourtant rien d’illégal. La plupart n’ont même pas besoin de licences pour vendre ce matériel aux Saoudiens et aux Émiratis, mais elles les obtiennent lorsque nécessaire.

141 moteurs pour avions militaires

À Longueuil, l’usine de turbopropulseurs Pratt & Whitney Canada tourne à plein régime depuis des années pour les membres de la coalition au Yémen.

Depuis le début de la guerre en 2014 seulement, l’entreprise a livré au moins 141 moteurs pour des avions militaires destinés à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, à l’Égypte et à la Jordanie, selon les données du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), qui tâche de colliger l’ensemble des transferts d’armes dans le monde.

Ces quatre pays sont tous membres de la coalition qui combat la rébellion des Houthis au Yémen. Ils ont rapporté des contrats d’une valeur d’au moins 185 M$ à Pratt & Whitney en quatre ans, selon une estimation de notre Bureau d’enquête réalisée avec l’aide de rapports d’experts en aéronautique.

Parmi ces commandes : 24 moteurs pour des avions d’attaque utilisés au Yémen.

En 2016, Pratt & Whitney a même accepté de mettre sa technologie au service d’un important projet du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salmane : produire un avion au pays même, pour la première fois dans l’histoire du royaume.

Le motoriste refuse de confirmer nos chiffres ou de commenter nos informations. « C’est des choses qui demeurent confidentielles pour nous », dit la directrice des communications Isabelle Gagné.

530 M$ en appareils militarisés

Les grands assembleurs de l’industrie aéronautique québécoise ne sont pas en reste. Bombardier et Bell Helicopter Textron ont enregistré des commandes de plus d’un demi-milliard de dollars des Émirats arabes unis depuis 2014.

Des entrepreneurs militaires européens et américains modifient ces appareils fabriqués au Québec pour des missions de combat, d’espionnage et de reconnaissance.

Les forces émiraties font aussi prospérer les firmes d’avionique de Montréal, comme le fabricant de simulateurs de vol CAE, qui forme les pilotes de navires, de drones et d’hélicoptères émiratis.

Avec l’Arabie saoudite, ce pays est pourtant régulièrement pointé du doigt pour ses atteintes aux droits de l’Homme et au droit de la guerre.

Rien qui ébranle Esterline CMC. L’entreprise de Saint-Laurent vend des afficheurs de cockpit pour les avions de combat qu’Iomax fournit aux Émirats arabes unis, confirme la porte-parole Marie-Hélène Émond.

« Après, qu’est-ce qu’Iomax fait avec... On n’a pas de contrôle là-dessus ! »

Pluie de bombes sur les civils

Des Yéménites examinent le reste de l’autobus qu’a fait exploser une bombe de l’aviation saoudienne sur un marché en août 2018, tuant 54 personnes, dont 44 enfants.
Photo AFP
Des Yéménites examinent le reste de l’autobus qu’a fait exploser une bombe de l’aviation saoudienne sur un marché en août 2018, tuant 54 personnes, dont 44 enfants.

Une guerre civile sans merci fait rage depuis plus de quatre ans au Yémen. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis mènent une coalition qui lutte aux côtés du gouvernement pour déloger les rebelles chiites houthis, appuyés par l’Iran.

Ces nations mènent des bombardements aux quatre coins du Yémen, avec l’aide d’autres pays comme l’Égypte et la Jordanie. Une trêve fragile dans le port de Hodeïda permet à la population civile de souffler un peu depuis décembre, mais la guerre et ses ravages continuent.

Des quelque 7000 civils tués par la guerre dans le pays, plus de 4500 ont péri sous les bombes de la coalition arabe, selon l’Organisation des Nations unies (ONU).

En août dernier par exemple, les forces saoudiennes ont lâché une bombe américaine sur un autobus, tuant 44 enfants. En octobre 2016, le même type de bombe a fait 140 morts lors d’un raid aérien sur une cérémonie funéraire.

Crimes de guerre

Dans un rapport de ses experts sur le Yémen, l’ONU soupçonne la coalition de nombreux autres crimes de guerre : viols, torture, enrôlement d’enfants... Amnistie internationale dénonce aussi un réseau de prisons secrètes que les forces spéciales émiraties exploiteraient dans le pays.

Par ailleurs, tant la coalition que les Houthis ont contribué aux graves pénuries au Yémen en bloquant son principal port. Pas moins de 14 millions de personnes sont à risque de famine. Selon l’organisation Save the Children, 85 000 enfants yéménites pourraient être morts de faim à cause du conflit.

Un travail de moine en Suède

Notre Bureau d’enquête s’est appuyé en grande partie sur les données du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) pour ce reportage.

♦ Le Parlement suédois a créé cet organisme indépendant en 1966 afin d’œuvrer pour la paix dans le monde. Il s’efforce de colliger presque toute l’information disponible sur les ventes d’armes, explique la directrice du programme de recherche sur les transferts de matériel militaire, la Québécoise Aude Fleurant.

♦ « Nous, on présente les informations pour que les gens intéressés ou préoccupés puissent faire quelque chose avec ça », dit la chercheuse, jointe par notre Bureau d’enquête.

♦ Les données du SIPRI sur les armes lourdes sont plus complètes que le Registre des armes classiques des Nations unies. Ce dernier ne compile que les transferts de systèmes complets comme des chars d’assaut, des chasseurs ou des batteries d’artillerie, en fonction des déclarations des États.

♦ En multipliant les sources d’information, le SIPRI intègre aussi dans ses données les ventes de pièces comme des moteurs d’avion, ou encore des hélicoptères ou des jets civils destinés à être transformés en appareils de guerre.

 

Avions, moteurs, entraînement et simulateurs «made in Québec»

 

Au début de la guerre au Yémen, Pratt & Whitney a commencé la plus grosse livraison de son histoire pour un appareil destiné à l’Arabie saoudite : 55 moteurs pour autant de PC-21 suisses, considérés comme les avions d’entraînement les plus avancés au monde.

Pratt & Whitney vient aussi d’en livrer 10 autres pour les PC-21 de la Jordanie. Les militaires se servent de cet appareil pour apprendre à piloter des avions de guerre.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, les bombardements de la coalition sunnite que dirige l’Arabie saoudite ont fait plus de 4500 morts au Yémen.

Pratt & Whitney fournit également les turbopropulseurs destinés aux 21 avions de transport de troupes C295W qu’ont commandés ou reçus ces dernières années les forces saoudiennes et émiraties, ainsi que leur allié égyptien.

Le motoriste de Longueuil équipe également deux avions de patrouille italiens P-180MPA destinés aux Émirats arabes unis. L’assembleur de ces appareils, Piaggio, appartient à 100 % au fonds public émirati Mubadala depuis 2015.

Pratt & Whitney Canada

Longueuil

Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen
Photo courtoisie, Pilatus
  • Avion d’entraînement Pilatus PC-21
  • Avion de transport Airbus C295W
  • Avion de patrouille Piaggio P-180MPA

Pour l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Jordanie

♦ Commandes : 69 moteurs PT6 et 42 moteurs PW100, selon le SIPRI

♦ Valeur estimée : 145 M$

♦ Livraisons en cours depuis 2014

Pratt & Whitney Canada

Longueuil

Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen
Photo courtoisie, Oleg Belyakov
  • Avion de transport Antonov AN-132

Pour l’Arabie saoudite

♦ Protocole d’entente signé pour livrer jusqu’à 160 moteurs PW150, selon une annonce d’Antonov

♦ Valeur estimée : 4 M$ en moteurs livrés ; potentiel de 325 M$

♦ Deux moteurs livrés en 2015 pour le prototype en Ukraine

Le motoriste québécois a signé en 2016 un protocole d’entente pour exporter jusqu’à 160 moteurs en Ukraine, puis en Arabie saoudite.

Si l’accord est confirmé, les moteurs de la longueuilloise équiperont une version modernisée du vieil Antonov AN-132 soviétique, ce qui en ferait le premier avion à être assemblé dans le royaume même.

Pratt & Whitney deviendrait alors fournisseur direct de l’Arabie saoudite, puisque la chaîne de montage doit être mise en place par la société d’État TAQNIA.

Le projet s’insère dans un vaste plan pour augmenter les capacités technologiques du royaume, « Vision 2030 ». Il est supervisé par le prince héritier Mohamed Ben Salmane, celui-là même que la CIA croit responsable de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Pour Pratt & Whitney, le pactole pourrait dépasser le demi-milliard de dollars. La directrice des communications Isabelle Gagné n’a pas voulu répondre à nos questions sur le programme ou sur toute autre vente à l’Arabie saoudite et ses alliés.

« On ne peut pas commenter ce dossier-là. »

Pratt & Whitney Canada

Longueuil

Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen
Photo courtoisie, Iomax
  • Avion de combat Iomax
  • Archangel et Iomax AT-802U

Pour les Émirats arabes unis et la Jordanie

♦ Commande : 28 moteurs PT6, selon le SIPRI

♦ Valeur estimée : près de 35 M$

♦ Livraison de 2015 à 2017

Inutile d’envoyer un dispendieux chasseur F-16 pour éliminer quelques rebelles équipés d’armes légères ou des migrants illégaux. C’est comme ça qu’Iomax a convaincu les Émirats arabes unis d’acheter son Archangel, conçu sur mesure pour les forces de ce grand allié des Saoudiens.

Cet appareil de combat à hélice, capable de transporter jusqu’à 6000 livres de bombes et de missiles, est un avion d’épandage agricole modifié et armé jusqu’aux dents.

Pratt & Whitney a aussi fourni les moteurs pour la version précédente de cet avion, l’AT-802U, qu’utilisent les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Jordanie.

Des journalistes spécialisés disent avoir aperçu les deux appareils au Yémen en 2017 et 2018.

Est-ce qu’ils sont utilisés contre les populations civiles ? « Je ne suis pas en mesure de commenter les missions des forces aériennes dans la région », dit Seamus Flatley, vice-président, développement des affaires d’Iomax, joint à son siège social en Caroline du Nord.

En 2017, le PDG KC Howard confiait au magazine spécialisé Aviation International News que l’Archangel avait déjà lâché « 4000 munitions... des bombes guidées au laser, des missiles Hellfire et des roquettes ».

Esterline CMC

Saint-Laurent (Montréal)

Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen
Photo courtoisie, Esterline CMC
  • Avion de combat Iomax Archangel

Pour les Émirats arabes unis

♦ Commande : afficheurs pour 24 Cockpit 4000 d’Esterline CMC

♦ Valeur estimée : inconnue

♦ Livraison de 2015 à 2017

Chez Esterline CMC, la porte-parole Marie-Hélène Émond confirme que des afficheurs de Montréal s’insèrent dans le Cockpit 4000 des Archangel, fabriqués aux États-Unis. Elle n’a toutefois pas précisé la valeur de ces équipements, malgré nos demandes répétées. Selon elle, CMC n’a pas la responsabilité de vérifier si les avions d’attaque qui intègrent ses instruments risquent d’être utilisés contre des populations civiles. « Nous, on a vendu de l’équipement à une compagnie américaine, ça s’arrête là. »

 

Jets, hélicos et formations

 
 

Bombardier Avions d’affaires

Saint-Laurent (Montréal), Dorval, Toronto

Un journaliste spécialisé a capté en juillet 2017 des images du Global Express 6000 que la firme Marshall of Cambridge transforme pour les Émirats arabes unis en Angleterre.
Photo courtoisie, The Aviationist
Un journaliste spécialisé a capté en juillet 2017 des images du Global Express 6000 que la firme Marshall of Cambridge transforme pour les Émirats arabes unis en Angleterre.

Cinq avions Global Express 6000 non finis pour militarisation

Pour les Émirats arabes unis

♦ Valeur estimée : près de 400 M$
 
♦ En attente de livraison

Les Émirats arabes unis recevront bientôt cinq Global Express 6000 de Bombardier après leur modification en Suède et au Royaume-Uni. L’armée les utilisera notamment pour la « guerre électronique », qui consiste à intercepter ou brouiller les communications de l’adversaire. Contacté par notre Bureau d’enquête, l’avionneur québécois dit qu’il ne peut donner aucune information sur ses clients. « Toutes les ventes d’avions à des gouvernements sont conformes à la législation », assure toutefois Mark Masluch, directeur des relations publiques pour Bombardier Avions d’affaires, la filiale qui fabrique le Global Express.

Bell Hélicoptères Textron

Mirabel

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Photo courtoisie, NorthStar Aviation
  • Hélicoptères d’attaque Bell 407 MRH ou Bell 407GX armés

Pour les Émirats arabes unis

♦ Commande : 30 hélicoptères pour conversion militaire, selon le SIPRI

♦ Valeur estimée : 125 M$

♦ Livrés de 2014 à 2016

L’usine Bell Hélicoptères de Mirabel a livré 30 appareils à NorthStar Aviation LLC, une société de Floride, dont le siège social est aux Émirats arabes unis.

Après les avoir transformés en machines à tuer, l’entreprise les a ensuite vendus aux forces armées de son pays d’origine. À partir de 2015, des spécialistes des armements ont commencé à les identifier dans des bases au Yémen.

Bell insiste : les hélicoptères qu’elle assemble à Mirabel ne sont pas des exportations militaires. « Nous, ce qu’on vend, c’est un hélicoptère civil », dit Virginie Brizard, porte-parole mondiale de l’entreprise, que notre Bureau d’enquête a jointe à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

CAE

Saint-Laurent (Montréal)

Des armes fabriquées au Québec pour la guerre au Yémen
Photo D’ARCHIVES
  • Simulateurs de vol et formations pour pilotes de navires, hélicoptères et drones

Pour les Émirats arabes unis

♦  Valeur déclarée : 201 M$
 
♦ Formations en cours

En 2017, CAE a signé un contrat pour former les pilotes des nouveaux drones de reconnaissance américains Predator des Émirats arabes unis. Ces appareils non armés ont depuis été aperçus sur le terrain au Yémen.

La montréalaise exploite aussi un centre d’entraînement complet pour les forces navales dans ce pays et a livré des simulateurs pour les hélicoptères de l’armée, dont les Bell 407 assemblés à Mirabel avant d’être armés jusqu’aux dents en Floride. « CAE respecte la réglementation canadienne entourant les exportations ainsi que celle de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique Nord] », dit la directrice des affaires publiques de l’entreprise, Pascale Alpha.

 

Des armes à des dictatures... et pas besoin de licences

Aucune autorisation n’est nécessaire pour exporter des hélicoptères et des moteurs

Un hélicoptère armé 407 MRH des Émirats arabes unis en exposition. L’appareil est le produit d’une modification du Bell-407 fabriqué à Mirabel, puis exporté chez NorthStar Aviation en Floride pour sa militarisation.
Photo World Defense
Un hélicoptère armé 407 MRH des Émirats arabes unis en exposition. L’appareil est le produit d’une modification du Bell-407 fabriqué à Mirabel, puis exporté chez NorthStar Aviation en Floride pour sa militarisation.

Bell Hélicoptères Textron assure n’avoir aucune licence d’exportation militaire à demander pour vendre un appareil qui sera transformé en machine à tuer destinée aux Émirats arabes unis.

« Je ne l’ai pas vendu à l’armée émiratie, je l’ai vendu à NorthStar Aviation, dit Virginie Brizard, directrice des communications globales chez Bell. Ce que NorthStar fait avec, rien dans la loi ne dit que c’est ma responsabilité, en tant que Bell ! »

Installé en Floride, NorthStar appartient à une entreprise des Émirats arabes unis. De 2014 à 2016, la firme a acheté 30 hélicoptères québécois pour les transformer en Bell-407 MRH armés jusqu’aux dents et les revendre à ce grand allié de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

« Nous exportons nos hélicoptères en toute conformité avec la réglementation applicable », insiste la porte-parole de Bell.

Ottawa n’a pas confirmé cette affirmation, mais le Guide des contrôles à l’exportation du Canada, accessible en ligne, semble donner raison à Bell Hélicoptères.

La « liste du matériel de guerre » pour lequel le gouvernement exige une licence d’exportation mentionne qu’aucune autorisation n’est requise pour vendre à l’étranger des aéronefs qui ne sont pas « configurés pour l’usage militaire ».

Moteurs exemptés

De son côté, Pratt & Whitney Canada refuse de répondre à toute question pour ce reportage.

Ses moteurs sont toutefois également concernés par l’exemption sur le matériel civil, même s’ils aboutissent dans les avions-tueurs des Émirats arabes unis, fabriqués en Caroline du Nord.

De toute façon, tant Bell que Pratt & Whitney ont envoyé leurs produits à des entreprises américaines.

Or, « le Canada n’exige pas de licence d’exportation pour la plupart des articles contenus dans la Liste des marchandises d’exportation contrôlée s’ils sont destinés aux États-Unis », explique un porte-parole du ministère des Affaires mondiales, Stefano­­­ Mariano.

C’est qu’en 1956, Ottawa a signé l’Accord sur le partage de la production de défense, un véritable libre-échange de l’armement avec les Américains.

Global Express approuvés

Bombardier non plus n’a pas besoin de licence pour vendre ses avions en tant que tels. L’entreprise doit toutefois faire approuver l’« exportation » des données permettant de militariser ses avions lorsqu’ils ne vont pas aux États-Unis.

C’est le cas des Global Express que la firme a envoyés en Europe, où ils sont modifiés pour les forces émiraties.

« Toutes les informations d’ingénierie nécessaires aux modifications sont considérées comme un produit et assujetties aux règles – donc les contrôles au niveau canadien se font sur la transaction de l’avion », explique Mark Masluch, directeur des communications chez Bombardier Avions d’affaires.

L’entreprise doit notamment déclarer au gouvernement qui sera l’usager final de son appareil.

Il songe à des poursuites judiciaires

Daniel Turp. Ex-député
Photo MARTIN ALARIE
Daniel Turp. Ex-député

Déjà en pleine bataille judiciaire pour faire interdire l’expor­tation de chars en Arabie saoudite, l’ancien député Daniel Turp songe à entamer les mêmes procédures pour que cessent les ventes d’équipement aéronautique aux forces du royaume et à ses alliés.

« C’est explosif tout ça, dit-il. C’est un nombre assez significatif de compagnies, au Québec ! »

L’avocat constitutionnaliste tente d’en appeler jusqu’en Cour suprême pour faire annuler les licences d’exportation des blindés ontariens de General Dynamics.

« Nos arguments pourraient aussi être utilisés pour toute exportation d’équipements de compagnies québécoises, parce qu’ils pourraient servir à violer les droits humains en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis ou au Yémen », dit-il.

Selon lui, ces ventes d’équipement militaire violent à la fois la loi fédérale et les règles des conventions de Genève sur la guerre, que le Canada a signées.

Des ONG montent au créneau

Des organisations mondiales de défense des droits de la personne exigent elles aussi que le Canada et les autres pays occidentaux cessent toute vente d’équipements militaires aux pays en guerre au Yémen.

« Tous les camps dans le conflit ont commis de sérieuses viola­tions aux droits humains, dit Rahsa Mohamed, la chercheuse d’Amnistie internationale au Yémen. Mais bien sûr, le Canada vend des armes à un seul côté du conflit, et c’est celui qui a une force aérienne, qui a des avions. »

Human Rights Watch exerce aussi des pressions pour que cessent les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et ses alliés. « Les violations au droit de la guerre sont légion », dit Ahmed Benchemsi, directeur des communications de l’organisation pour le Moyen-Orient. Il dénonce de nombreuses frappes contre des hôpitaux, des écoles, des marchés, des enterrements et des mariages.