/opinion/columnists
Navigation

Ça n’a rien à voir avec l’islam?

Coup d'oeil sur cet article

Grâce à l’ONU, au Canada et à Justin Trudeau, la jeune Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun pourra enfin vivre librement.

Si cette jeune femme, qui a profité d’un voyage en Thaïlande pour quitter sa famille et demander l’asile, avait été renvoyée en Arabie saoudite, elle risquait la mort.

Pourquoi ?

Parce que le régime saoudien, avec qui l’Occident brasse de grosses affaires, est un régime barbare.

Et parce qu’elle a renié l’islam.

MES QUESTIONS À TRUDEAU

Nommez-moi un pays où les catholiques qui renient leur foi sont passibles de la peine de mort.

Allez, je vous donne cinq minutes pour y penser.

Juste un pays. Un seul.

Vous ne trouvez pas ?

C’est fantastique d’avoir sauvé Rahaf Mohammed al-Qunun. C’est un grand moment pour le Canada.

Mais j’espère qu’on ne s’arrêtera pas là, et qu’on va profiter de l’occasion pour amorcer une conversation franche et honnête sur l’Arabie saoudite.

Et sur l’islam.

Un moment donné, il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable.

Voici les questions que j’aimerais poser à Justin Trudeau.

Trouvez-vous ça normal qu’une femme de 18 ans soit menacée de mort juste parce qu’elle a renié sa foi ?

Même si elle vit au Canada, cette jeune femme risque d’être agressée ou tuée par des musulmans radicaux qui vivent ici, parmi nous. Qu’en pensez-vous ?

Croyez-vous que les principales associations musulmanes du pays devraient publier un communiqué condamnant d’une même voix l’Arabie saoudite, et disant haut et fort que les musulmans, comme tous les croyants, devraient pouvoir renier leur foi sans craindre pour leur sécurité ?

Ces temps-ci, on ne se gêne pas pour critiquer – avec raison – l’Église catholique. Selon vous, monsieur Trudeau, ne devrions-nous pas aussi critiquer l’islam ?

UN ÉLÉPHANT DANS LE SALON

Mais je rêve, je sais.

On ne posera pas ces questions. Aucun journaliste ne les posera au premier ministre.

On va faire comme si le drame qu’a vécu Rahaf Mohammed al-Qunun n’avait rien à voir avec l’islam.

Oh, on va parler du régime saoudien, bien sûr, mais pas de l’islam.

Trop délicat.

Il va y avoir un gros éléphant de deux tonnes assis au beau milieu du salon, et on va faire comme si on ne le voyait pas.

On va le contourner en marchant sur la pointe des pieds. On va mettre des gants blancs. On va regarder ailleurs.

Tout pour ne pas parler du vrai problème.

Parce que, voyez-vous, il ne faut pas dire du mal de l’islam.

Critiquer la religion catholique, ça oui, on peut y aller à fond la caisse.

Mais critiquer l’islam, c’est raciste. C’est islamophobe.

Voici ce qu’a écrit Charb, le dessinateur de Charlie Hebdo, dans son livre Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes.

« Il ne viendrait pas à l’idée des communistes de traiter les anticommunistes de communistophobes.

On peut tordre le bras à la réalité comme on veut, on ne fera pas admettre à grand monde qu’il existe une “race communiste”.

Eh bien, la “race islamiste” n’existe pas plus.

En France, une religion n’est pas autre chose qu’un ensemble de textes, de traditions et de coutumes parfaitement critiquables. »

Au Canada aussi, j’espère.