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Migrants et réfugiés, la vraie crise

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Photo AFP Des migrants honduriens rentraient aux États-Unis après avoir franchi la barrière frontalière le 6 janvier dernier à Tijuana, au Mexique.

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On a rien vu de pareil. Des migrants par centaines, par milliers possiblement. Une caravane en train de se former au Honduras, qui prendra la direction des États-Unis et qui sera plus grosse que la plus grosse jamais vue. À en croire Donald Trump, bien sûr.

Les réfugiés, les migrants ont commencé l’année en force dans l’actualité. Les Européens ont pris près de trois semaines à s’entendre sur le partage d’une quarantaine d’Africains repêchés en mer Méditerranée à la fin de 2018.

De notre côté de l’Atlantique, le président américain, multipliant exagérations et aberrations, offrait une réponse et une seule au drame d’une Amérique, à l’entendre, ensanglantée par l’immigration illégale : « Si nous avions un mur, nous n’aurions plus de problèmes. »

Il y a six mois, le mot à la mode en parlant d’immigration clandestine était « invasion ». Le président Trump en saupoudrait chacune de ses déclarations. 2019 donne priorité jusqu’à maintenant à « crise » : une crise de sécurité, une crise humanitaire, « une crise du cœur et de l’âme » comme Donald Trump a essayé d’en convaincre quarante millions de ses compatriotes, assis devant leur télé mardi soir.

Pas si mal ici, pire ailleurs

La « crise américaine » se comprend mal. Si l’on s’en tient aux données récoltées par le ministère à la Sécurité intérieure lui-même, les entrées illégales aux États-Unis ont chuté de 75 % par rapport au sommet des premières années du nouveau millénaire. Les démographes s’entendent aussi sur le fait que depuis 2007 le nombre de sans-papiers au sein de la population totale va en diminuant année après année.

Rien à voir avec la réalité à la grandeur de la planète. Les cinquante dernières années ont offert le spectacle d’un véritable carnage démographique avec une explosion du nombre de réfugiés, de demandeurs d’asile et de citoyens forcés de se déplacer dans leur propre pays. Ils sont, ensemble, plus nombreux que le nombre d’habitants en France ou au Royaume-Uni.

Les conflits armés qui s’éternisent – au Yémen, en Syrie, au Sud-Soudan – constituent la source la plus sensationnelle de victimes. On s’aperçoit toutefois que les changements climatiques deviennent un danger encore plus grave, ce que l’armée américaine qualifie maintenant de « multiplicateur de menaces ». À preuve, ces études climatologiques qui associent en partie les tensions qui ont fini par conduire à la guerre civile syrienne à la sécheresse record qui a frappé la région entre 2007 et 2010. Les démographes calculent que les zones les plus vulnérables aux bouleversements climatiques sont parmi les plus peuplées de la planète : le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan et certains coins d’Afrique et d’Amérique du Sud, plaçant plus d’un milliard de personnes en danger.

Faire sa part

Tout cela se déroule, alors qu’un courant de populisme anti-immigrant progresse au sein des démocraties occidentales. Pourtant, l’impact de notre attitude actuelle se fera encore sentir dans des générations.

De nombreux jeunes réfugiés risquent d’être voués à un avenir limité en matière d’éducation et de possibilités d’emploi. Si nous sommes craintifs aujourd’hui, imaginez lorsque traumatisme et rancœur seront les états d’âme dominants !

Difficile de trancher sur l’utilité d’un mur pour se couper des problèmes du reste de la planète. Peu importe l’angle, c’est un choix qui se défend moralement mal. D’autant plus que ce ne sont pas nos sociétés riches qui portent le fardeau le plus lourd des vagues de migration.

Pour paraphraser l’ancien premier ministre français Michel Rocard, aucune nation n’a le devoir d’accueillir toute la misère du monde, mais diaboliser le moindre migrant qui nous tend la main, c’est de la malhonnêteté pure et simple.

 

Les 5 principaux pays d’où partent les réfugiés...

1. Syrie

2. Afghanistan

3. Sud-Soudan

4. Myanmar

5. Somalie

 

Les 5 principaux pays qui les accueillent...

1. Turquie: 3,5 millions (surtout venus de Syrie)

2. Pakistan: 1,4 million (surtout venus d’Afghanistan)

3. Ouganda: 1,4 million (surtout venus du Sud-Soudan)

4. Liban: 1 million (surtout venus de Syrie)

5. Iran: 979 400 (surtout venus d’Afghanistan)