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Revisiter l’histoire de la Corriveau

David Ménard
Photo courtoisie, Sylvain Sabatie David Ménard

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L’écrivain franco-ontarien David Ménard propose une version nouvelle, poétique, écrite au « je » et résolument féministe de l’histoire de Marie-Josephte Corriveau, cette intrigante « sorcière » du folklore canadien, dans son livre Poupée de rouille.

Du fond de son cachot, la Corriveau attend la mort et se rappelle les événements qui l’ont menée à sa perte. Elle se souvient de sa rencontre avec Louis-Étienne Doucet, son second mari, et les circonstances pas très claires de son décès.

David Ménard, un écrivain fasciné par les laissés-pour-compte et les oubliés de l’Histoire, a choisi de revisiter en conte poétique le mythe de cette femme qui a traversé les siècles en y laissant l’image d’une sorcière. Sa fin atroce et le spectre de son cadavre se balançant dans une cage de métal, à l’angle d’un chemin de Lauzon, en ont hanté plusieurs.

<b><i>Poupée de rouille</i></b><br />
David Ménard<br />
Éditions L’Interligne, 144 pages
Photo courtoisie
Poupée de rouille
David Ménard
Éditions L’Interligne, 144 pages

« La Corriveau, c’est LA figure de sorcière au Canada français. Je l’ai découverte quand j’étais petit. J’ai vu une dramatique à la télévision avec Anne Dorval, qui faisait la Corriveau. C’était la première fois que je voyais Anne Dorval faire autre chose que Lola dans Chambres en ville. J’ai été soufflé et je me suis dit : qui est cette femme ? Je ne savais pas, dans ma tête d’enfant, qu’on avait une figure de sorcière. »

Au 18e siècle

David Ménard avait fait le vœu d’écrire à propos d’elle. « Il y a cinq ans, on a fêté les 250 ans de sa mort. Je me disais que ce serait le temps », note-t-il.

« Ce qui est intéressant avec la Corriveau, c’est que son destin n’est pas clair : une part de mystère plane autour de cette femme. On ne sait pas ce qui lui est vraiment arrivé. Tantôt on la dépeint comme une femme méchante, une sorcière, d’autres fois on en parle comme d’une femme qui a été victime de sa société. » Il émet d’ailleurs l’hypothèse du crime par compassion pour expliquer le meurtre de son mari.

L’auteur s’est basé sur des faits historiques. « On est en 1763. Les Anglais viennent d’entrer au pouvoir. La mise à mort et le châtiment qu’elle va subir, c’est vrai. Elle était victime de violence conjugale : ça aussi, c’est documenté. J’évoque un peu le fait que son père était en mauvais termes avec elle. Pour le reste, j’ai brodé autour, comme l’hypothèse de la folie et le fait qu’elle portait un enfant au moment de sa mort. Le triangle amoureux avec sa cousine, c’est aussi de la fiction. Mais c’est vrai qu’Isabelle était présente au procès et qu’elle a été accusée de parjure. »

Rêve

Bizarrement, il confie qu’il a rêvé à elle toute sa vie. « J’ai rêvé que je me faisais poursuivre par une sorcière. Je n’ai jamais su ce qu’elle voulait, c’est toujours flou. Mais depuis que j’ai écrit ce livre, ça ne m’arrive plus ! Peut-être que l’esprit de la Corriveau voulait que je lui invente une nouvelle histoire ? »


  • David Ménard est Franco-Ontarien. Il est écrivain, traducteur, et habite à Green Valley.
  • Il a publié un roman, Nous aurons vécu nous non plus, et deux recueils de nouvelles aux éditions L’Interligne.
  • Neuvaines a été lauréat de deux prix littéraires et a fait l’objet d’une adaptation théâtrale par le Théâtre du Trillium.