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Une solution informatique à l’engorgement des urgences

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Alors que ses urgences débordent, le ministère de la Santé envisage de se tourner vers l’informatique pour la gestion des salles d’attente, avec une solution qui déterminerait quels sont les patients non urgents qui doivent être traités ailleurs. 

Le gouvernement a publié vendredi matin un avis d’intérêt dans le but d’identifier des compagnies pouvant offrir une solution informatique identifiant les usagers non urgents pouvant être réorientés vers d’autres ressources. Le tout pour assurer la notion «du bon usager, au bon endroit, pour les bons soins» peut-on lire dans le document. 

Modifier les habitudes 

L’avis d’intention cible principalement les fameuses priorités P4 et P5, qui représentent des visites qualifiées «d’évitables». Québec souhaite toutefois aller au-delà des seules cotes de triage en se basant sur «des critères cliniques définis, standardisés et basés sur des données probantes». 

Les patients réorientés seront ensuite dirigés vers des plages horaires réservées dans des cliniques, des groupes de médecine familiale (GMF) ou des super-cliniques. 

«C’est une orientation que l’on compte déployer de plus en plus. Il y a actuellement 7 % des visites P4 et P5 à l’urgence qui sont réorientées et nous souhaitons atteindre les environs de 15 %», explique Noemie Vanheuverzwijn, porte-parole du ministère. 

«À terme, nous désirons modifier les habitudes d’utilisation des services médicaux par la population en les incitant à consulter les CLSC, pharmacies et GMF avant de se rendre à l’urgence», ajoute le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant. 

Pas de recette miracle 

L’urgentologue et chercheur Simon Berthelot estime que la solution pourrait donner un petit coup de pouce pour les patients ambulatoires, mais rappelle que ce ne sont pas ces derniers qui sont le gros du problème. Ce sont les patients sur civière qu’on ne parvient pas à monter sur les étages qui font exploser les taux d’occupation des urgences. 

«Si vous sortez tous les patients admis qui devraient être sur les étages et que vous les placez dans des chambres, la pression va fortement diminuer sur le personnel de l’urgence», souligne le Dr Berthelot. 

Quant aux patients «non urgents», les réorienter à l’aide d’un logiciel informatique n’aura que peu d’effet à long terme sur le réseau, croit l’urgentologue. Il s’agit pour lui d’une voie alternative qui fera croire aux gens qu’ils peuvent voir un médecin rapidement. 

«Pour faire une analogie très mauvaise, mais très au goût du jour, c’est un peu comme pourrait faire le troisième lien. Plus on donne d’alternatives aux patients d’être vus rapidement, plus ils utilisent le système alors qu’ils ne se seraient même pas présentés à la base. À force d’augmenter l’offre, est-ce qu’on va réellement améliorer la santé de la population, j’en doute fortement», croit le Dr Simon Berthelot.