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Choc à Kanata

Choc à Kanata
Photo Twitter, Karinawieser

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Vendredi, peu après 16 h, en roulant sur la 20 vers Montréal, le soleil de l’heure dorée était aveuglant. Des plaques de glace noire sur les viaducs rappelaient qu’en période hivernale, il faut toujours rester vigilant.

Soudain, à la radio, on parle de cet accident tragique survenu à Ottawa. Dans des circonstances qui demeurent nébuleuses, un autobus à impériale semble avoir dérapé sur une chaussée glissante, son deuxième étage s’encastrant dans la mansarde d’un abribus. Bilan provisoire : trois morts, 23 blessés et plusieurs dizaines de passagers qui doivent encore être solidement secoués.

Sur l’autoroute solitaire, une fois le soleil couché, ça m’a rendu très songeur.

Routine

Imaginez un autobus presque plein, un vendredi en fin d’après-midi. Certains passagers viennent de compléter leur semaine de travail ou d’études, d’autres s’en vont prendre leur quart de soir.

Ils sont dans leur routine. Plusieurs portent des écouteurs crachant de la musique ou ont les yeux plongés vers leur écran ou encore dans une lecture et ne se sont sans doute aperçus de rien avant le choc. D’autres, fixant passionnément le vide devant eux ou regardant distraitement par la fenêtre, ont peut-être vécu quelques secondes de panique en anticipant l’impact.

Ensuite, le bruit de métal qui se déchire ; les cris de surprise, de stupeur, puis de douleur ; l’incompréhension, la confusion, puis le calme de l’attente inquiète. Sortir par soi-même ou attendre les secours ? Ceux qui ont déjà connu des accidents sérieux se souviennent tous de ces secondes très rapides dans leur succession, mais qui restent très longues en mémoire. Les choses vont vite, mais au ralenti.

Dramatique inquiétude

On l’oublie, quand on roule sur la 20 au coucher du soleil, mais chaque seconde sur cette Terre, des accidents surviennent, des gens souffrent, des humains naissent et d’autres meurent. Parfois violemment.

On ne peut pas passer sa vie en pensant à ceux qui sont en train d’avoir mal. Ce serait insoutenable.

Toutefois, dans notre proche voisinage, vendredi soir, des familles d’Ottawa et de Kanata qui avaient du monde sur la route vivaient une dramatique inquiétude, laquelle a dû se trouver décuplée pour certaines lorsqu’elles ont entendu le nombre 269, numéro du circuit concerné, et Westboro, le nom de la station affectée. Il y a des gens qui furent plus tard soulagés, d’autres non.

Pendant ce temps, les premiers répondants tentaient de mettre de l’ordre dans leur propre confusion pour intervenir au mieux dans des conditions polaires. Policiers, pompiers, ambulanciers et membres du personnel médical : ils portent tous dans leur intimité une partie des conséquences d’un accident comme celui de vendredi. Dans leur cœur, les vies sauvées ne compenseront pas nécessairement celles qui ne pouvaient l’être.

En même temps, une chauffeuse d’autobus n’a peut-être rien à se reprocher, mais s’impute sans doute toute la responsabilité d’un accident qu’elle voudrait tout faire pour pouvoir effacer.

Conduisant dans le traître hiver, ceux qui se méfient de la glace noire comme ceux qui s’en indiffèrent, nous étions sans doute nombreux à penser à eux.