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L'opinion blâme Trump et les républicains pour la paralysie du gouvernement

Union Organizers In Washington, D.C. Hold Rallies Calling For End To Government Shutdown
AFP

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Une nette majorité des Américains attribue la responsabilité de l’impasse budgétaire et de la fermeture du gouvernement à Donald Trump. Si ce dernier ne perdra probablement pas énormément d’appuis des suites de cette confrontation avec les démocrates, il semble assez clair qu’il n’y gagnera rien.

Les sondages sont catégoriques. Dans la lutte qui oppose le président Trump et les démocrates du Congrès au sujet de l’impasse budgétaire qui a entraîné la paralysie des activités normales du gouvernement fédéral depuis maintenant plus de trois semaines, un record, c’est le président qui est à blâmer. Seul le noyau dur de ses supporters appuie son exigence de financer un mur sur toute la frontière avec le Mexique pour débloquer l’impasse. Il est difficile de concevoir comment cet épisode pourra tourner à l’avantage politique du président.

La faute de Trump

Selon deux sondages récents, une majorité attribue à Trump et à son parti la responsabilité de l’impasse. Un sondage mené pour le compte du Washington Post du 8 au 11 janvier indiquait que 53% blâment Trump et les républicains, alors que 29% blâment les démocrates et 13% blâment les deux également. Un autre sondage mené pour CNN présente des résultats semblables: 55% attribuent la responsabilité à Trump, 32% aux démocrates et 9% aux deux également.

Ces résultats ressemblent à ceux obtenus plus tôt dans la crise. Du 12 au 17 décembre, un sondage Quinnipiac plaçait le blâme à 51% pour Trump et 37% pour les démocrates. Un autre sondage, mené pour USA Today entre les 11 et 16 décembre, indiquait que 43% blâmaient Trump, 24% les démocrates et 30% les deux également.

De ces données, il ressort clairement que le président n’arrive pas à convaincre l’opinion du bien-fondé de ses demandes et que lorsqu’il a affirmé qu’il prendrait l’entière responsabilité pour la fermeture du gouvernement, ses concitoyens l’ont pris au pied de la lettre. De plus, même si on ne dispose que d’un nombre limité de sondages, il semble que le président perde des appuis au fur et à mesure que la crise se prolonge.

La majorité opposée au mur

Quant à la demande centrale de Donald Trump pour la construction d’un mur à la frontière, les appuis dans l’opinion publique ne progressent pas du tout et demeurent nettement minoritaires, peu importe l’insistance que le président met à promouvoir cette option. Dans les sondages sur la question, l’appui à la construction d’un mur oscille entre 33% et 43% environ, selon la question posée et avec quelques variations dans le temps, mais les seuls qui semblent appuyer l’idée sont pour la plupart les mêmes qui continuent d’appuyer Trump contre vents et marées. Il est donc difficile de voir comment cet enjeu lui permettra de convaincre les électeurs qui ne sont pas déjà avec lui. En fait, ce que ces sondages montrent est que l’opinion au sujet du mur est presque entièrement tributaire de l’appui à Donald Trump.

Érosion des appuis à Trump

Qu’en est-il, donc de l’appui au président? Son taux d’approbation est-il en hausse ou en baisse en réponse à cette confrontation avec les démocrates du Congrès? Sur cette question, il est un peu tôt pour conclure de façon claire. Selon l’indice composé du site FiveThirtyEight.com, l’appui au président a baissé légèrement depuis la fermeture du gouvernement, le 22 décembre dernier. Le 22 décembre, Trump recevait une opinion favorable de 42,2% (52,8% défavorable) et ces chiffres se situent respectivement à 40,6% et 54,3% (mise à jour du 13 janvier). C’est peu de mouvement, mais cet indice est remarquablement stable depuis des mois, malgré les tribulations que traverse le président, et il est présentement à la baisse. On note toutefois que lorsqu’il s’agit de l’impasse budgétaire ou du mur à la frontière qui en est à la source, les appuis sont plus faibles que les niveaux d’approbation du président, ce qui signifie qu’une partie de son électorat désapprouve la fermeture du gouvernement et le projet de mur qui en est le prétexte principal.

Que peut-on conclure de ces observations? D’abord, celles-ci expliquent probablement pourquoi les démocrates du Congrès continuent de résister aux demandes de Donald Trump pour un financement de son mur sans concession majeure de sa part. Du point de vue de Trump, ces résultats montrent qu’il continue de gouverner d’abord et avant tout en fonction des préférences du noyau dur de sa base électorale plutôt que de chercher à étendre sa base électorale au-delà des quelque 40% à 43% qui approuvent sa performance. Le problème est que si son taux d’approbation continue à baisser (ce qui pourrait arriver si la conjoncture économique s’assombrit), l’appui des sénateurs républicains dont il aura besoin si des accusations sont portées contre lui suite aux multiples enquêtes en cours sera beaucoup plus difficile à maintenir.

S’il n’est pas certain que le bras de fer qui oppose Trump aux démocrates du Congrès lui coûtera plus que ces quelques points, il apparaît de plus en plus évident qu’il n’y gagnera rien.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM