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Seule contre l’islam

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Photo AFP Rahaf Mohammed al-Qunun

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Il y a des jours où je ressens la fierté de détenir un passeport canadien. La dernière fois, c’était devant une photo d’un agent de la GRC qui tenait dans ses bras une petite fille qui venait de traverser la frontière au chemin Roxham avec ses parents la nuit, l’hiver.

Nos policiers consolent les enfants dans la nuit glaciale et cela me fait chaud au cœur. Aux États-Unis, les enfants de migrants, innocents de tout crime, sont mis en cage. Deux sont morts déjà.

Rescapée

Quand j’ai appris que la jeune Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun serait accueillie comme réfugiée par le Canada, après une fuite rocambolesque du Koweït à Bangkok, un frisson de fierté m’a envahie. On en sait peu sur elle, mais personne ne niera le courage de cette adolescente de 18 ans qui refuse le joug de l’islam wahhabite, le plus dur de tous.

Ce qui lui vaudrait la mort en Arabie saoudite.

Elle est en sécurité ici, on l’espère hors d’atteinte de son père et des sbires de Mohammed ben Salmane, le prince héritier. À condition qu’elle ne mette jamais les pieds dans une ambassade ou un consulat saoudien.

On imagine que ses relations familiales étaient rugueuses, mais elle ressentira la douleur de l’absence. Une nouvelle vie s’amorce, mais il est impossible, même dans les meilleures conditions, de s’arracher complètement à la famille. Elle sera déchirée.

Relations publiques

Rahaf Mohammed al-Qunun a été rescapée grâce à Twitter, dont elle s’est servie comme d’une bouteille à la mer lancée de la chambre d’hôtel à Bangkok où elle s’était barricadée. Et c’est le Canada qui a pris le message. Bravo.

Mais j’ai ressenti un malaise en la voyant à l’aéroport de Toronto, une casquette de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés sur la tête et portant un survêtement du Canada, en compagnie de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, très excitée.

J’avais l’impression d’assister à un pétage de bretelles à la gloire du Canada, alors que l’héroïne du jour, c’était Rahaf.

Accueillir cette jeune femme ne fera rien pour régler le contentieux diplomatique entre Ottawa et Riyad, depuis que le Canada a tweeté des messages appelant à la libération des militants des droits de la personne. Piquée au vif, l’Arabie saoudite a coupé les ponts avec le Canada.

Et puis, direz-vous, qu’est-ce qu’on en a à faire ici au Québec de ces barbares du désert ? Notre Bureau d’enquête révélait que plusieurs firmes québécoises, dont Bombardier, vendent beaucoup d’équipements militaires aux Saoudiens. Beaucoup d’emplois bien payés.

Et Raif ?

L’accueil de Rahaf par le Canada risque aussi de plomber les chances de voir le blogueur saoudien Raif Badawi être libéré rapidement et rejoindre son épouse Ensaf Haidar et leurs trois enfants à Sherbrooke.

N’oublions pas non plus la chrétienne Asia Bibi, toujours retenue au Pakistan pour avoir bu l’eau d’un puits réservé aux musulmans. La Grande-Bretagne lui a refusé l’asile, craignant des perturbations sociales au sein de ses communautés immigrantes.

Elle aura aussi besoin d’un refuge, la religion de paix et de tolérance ne pouvant la protéger des hordes de fanatiques religieux qui réclament sa pendaison.