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SLÀV n’aurait jamais dû être censuré

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Êtes-vous tannés d’entendre parler de Slàv, la controverse de 2018 ? Moi, oui. Surtout depuis que Robert Lepage a fait son « mea culpa », en giflant au passage ceux qui l’avaient soutenu. (On s’en souviendra la prochaine fois qu’on aura envie de défendre la liberté de création d’un artiste).

J’avais autant envie de regarder un documentaire sur Slàv que de me faire arracher une molaire sans anesthésie. Mais j’ai quand même regardé Entends ma voix qui sera diffusé à Ici Artv, ce soir à 20 h 30, et qui propose un dialogue entre les artisans du spectacle et ses opposants. Et vous savez quoi ? Les opposants à Slàv démontrent à quel point leur argumentaire était faible et à quel point ils sont agressifs.

QUEL DIALOGUE ?

On va se le dire clairement : Slàv n’a pas été annulé. Il a été censuré.

Et quand on entend les opposants qui se réjouissent de cette censure en disant que c’est la meilleure chose qui pouvait arriver, ça donne un haut-le-cœur.

Il faut voir l’organisateur de la manif devant le TNM confirmer qu’il ne savait même pas qu’il y avait deux chanteuses noires dans le spectacle ! Ça ne te tentait pas de vérifier contre quoi tu manifestais avant de hurler au racisme ?

À la toute fin du docu, la chanteuse Kattia Thony (une des deux artistes noires du spectacle) est au bord des larmes quand elle témoigne. « Ce qui m’a fait le plus mal, c’est de me faire traiter de vendue », dit-elle. « Je me suis fait dire que j’aurais dû être dehors avec eux (les manifestants). Je faisais la même chose qu’eux, mais sur scène. Je criais à l’injustice et à la douleur, mais sur scène. »

Il est là, le scandale Slàv. Il est là, le malentendu Slàv. Des manifestants noirs ont censuré une œuvre qui justement dénonçait l’injustice faite aux Noirs !

Mon moment préféré dans ce documentaire, c’est quand un pleutre du Festival de jazz affirme que Slàv a été annulé à la demande de Betty Bonifassi... ce que la principale intéressée dément totalement. Comme elle le dit, pensez-vous qu’une simple chanteuse a plus de pouvoir que le TNM, le Festival de jazz et Robert Lepage réunis ?

MES HÉROÏNES

J’admire Lorraine Pintal d’avoir gardé son calme devant un des militants, arrogant, qui la confronte avec condescendance. Elle se tient debout et lui réplique que l’affaire Slàv a fait reculer le Québec. Et elle n’a pas peur de lui rappeler à quel point les manifestations devant son théâtre étaient violentes.

Honnêtement, ça fait du bien de voir une artiste se tenir debout et ne pas céder un pouce devant des militants qui pensent pouvoir dicter ce qui se fait sur nos scènes.

Bravo aussi à Betty Bonifassi qui, en tête à tête avec un militant anti-Slàv, lui affirme : « Vous avez brûlé des artistes comme des sorcières sur la place publique. »

LA QUESTION QUI TUE

Ce documentaire m’a complètement découragée.

Comment se fait-il qu’une poignée de militants aussi mal informés, avec si peu de réflexion, qui s’en prenaient à la mauvaise cible, pour les mauvaises raisons, ont réussi à censurer une œuvre, au Québec, en 2018 ?

Comment a-t-on laissé faire ça ?