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Touche pas à ma mère

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Cette semaine, l’écrivain français Yann Moix a fait couler beaucoup d’encre : les quinquagénaires ont répondu à ses propos désobligeants. Pour ma part, voici ce que j’aimerais lui dire.

Cher Yann Moix, même si j’ai l’âge de celles que tu désires, je ne voudrai jamais de toi...

Pourquoi ? Tout simplement parce que tu méprises ma mère, mes tantes, les femmes quinquagénaires que j’aime et que j’admire. Je vis ma vingtaine en attendant d’être comme elles, car, pour tout dire, je sais que je suis une œuvre inachevée :

  • Je n’ai pas de rides. Les trois « e », expériences, épreuves et émotions, qui constituent un bagage de vie digne de ce nom n’ont pas encore eu le temps de s’imprimer sur mon visage.
  • Je n’ai pas de vergetures, n’ayant pas eu d’enfants.
  • Je n’ai pas de recul, il m’est donc impossible d’avoir une perspective complète de ma propre vie et je suis à risque de tomber dans le piège de la comparaison et de la performance.

L’essentiel est invisible

Un homme aux tempes grises est un homme établi et sage. Une femme grisonnante ne prend pas soin de son apparence. Un homme bedonnant goûte aux plaisirs de la vie, une femme ventrue se laisse aller.

Je m’adresse à toi Yann Moix, mais je parle aussi à la société qui a toujours méprisé les femmes en les astreignant au culte de la jeunesse éternelle.

Heureusement, ma génération non genrée, écolo, féministe, techno, bio est porteuse d’espoir, parce qu’elle ne mesure pas la valeur des femmes par la fermeté de leur poitrine. Elle préfère plutôt se nourrir aux mamelles de la profondeur humaine.

Malheureusement, Yann Moix, tu ne pourras pas voir la spectaculaire cinquantaine que vivront les filles de ma génération, puisque tu seras probablement dans un foyer pour personnes âgées et tu porteras sûrement des doubles foyers.