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«Qu’ils mangent de la m... !» – Mike Ward

L’humoriste trouve «dégueulasse» d’être traîné en cour à cause de son humour noir

L’humoriste Mike Ward était en Cour d’appel à Montréal, mercredi, dans l’espoir de faire annuler sa condamnation de 42 000 $ pour avoir discriminé le jeune chanteur handicapé Jérémy Gabriel lors du spectacle <i>Mike Ward s’eXpose</i> qui a été présenté 230 fois entre 2010 et 2013.
Photo Chantal Poirier L’humoriste Mike Ward était en Cour d’appel à Montréal, mercredi, dans l’espoir de faire annuler sa condamnation de 42 000 $ pour avoir discriminé le jeune chanteur handicapé Jérémy Gabriel lors du spectacle Mike Ward s’eXpose qui a été présenté 230 fois entre 2010 et 2013.

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L’humoriste Mike Ward a durement critiqué la Commission des droits de la personne mercredi, juste après son audience visant à faire annuler sa condamnation pour avoir discriminé le jeune chanteur handicapé Jérémy Gabriel.

« Je trouve dégueulasse d’être ici pour avoir fait de l’humour noir, a laissé tomber l’humoriste en sortant de la Cour d’appel à Montréal. Qu’ils mangent de la marde ! »

Deux ans et demi après avoir été condamné à payer 42 000 $ au clan Gabriel pour avoir fait des blagues à propos de la maladie du jeune chanteur, Mike Ward maintient ainsi qu’il n’a commis aucune faute et qu’il n’aurait jamais dû être condamné.

Car selon ses avocats, Ward doit pouvoir jouir de la liberté d’expression.

« La liberté d’expression et la liberté artistique sont des questions brûlantes dans notre société », a plaidé mercredi l’avocat Julius Grey, en citant en exemple la controverse d’appropriation culturelle du spectacle Kanata de Robert Lepage, ou encore le dernier Bye Bye avec les danses indiennes.

Intouchables

Pour Me Grey, son client n’a jamais discriminé le jeune Jérémy Gabriel en se moquant de lui lors du spectacle Mike Ward s’eXpose, présenté 230 fois entre 2010 et 2013.

Ward avait entre autres affirmé que « le petit Jérémy » était « laid » et qu’il était supposément mourant, mais qu’il n’était pas « tuable ». Il s’était aussi moqué d’une malformation physique du jeune chanteur, ainsi que de son implant auditif.

« Jérémy était dans la sphère publique en mettant l’accent sur son handicap, il a chanté avec Céline Dion et pour le pape, a plaidé Me Grey. Le but [de la blague] était de montrer qu’il n’y a pas d’intouchables. M. Ward s’insurgeait à sa façon contre la pensée unique. »

Jérémy Gabriel
Photo Chantal Poirier
Jérémy Gabriel

L’Association des professionnels de l’industrie de l’humour s’est également dite préoccupée par la judiciarisation de cette affaire, qualifiée « d’historique ».

« Jamais une blague par un humoriste professionnel n’aura été amenée en si haute instance, a plaidé Me Walid Hijazi. La liberté d’expression doit être le plus large possible, aucun sujet ne devrait être intouchable, tant que c’est de l’humour. »

D’après l’avocat, si la cour déboutait à nouveau Mike Ward, cela pourrait avoir un « effet de frilosité » dans l’industrie de l’humour.

Dignité

La Commission des droits de la personne a de son côté demandé au tribunal de maintenir le jugement, tout en rappelant que cela n’interdisait personne de parler de Jérémy Gabriel.

« On parle ici de droit à la dignité, à l’honneur et à la réputation, on ne peut pas humilier une personne en raison de son handicap », a plaidé Me Stéphanie Fournier.

Un enfant

Tout comme en première instance, elle a plaidé que Mike Ward avait « dépassé la limite » et que la condamnation monétaire visait justement à réparer la faute, et donc qu’elle devrait être maintenue.

« Jérémy était un enfant, a-t-elle ajouté. Un enfant dans la sphère publique, certes, mais ça restait un enfant. »

Jérémy Gabriel, qui était également présent au tribunal, a rappelé avoir entrepris ses démarches afin de « rétablir la justice ».

« Je veux amener un vent d’espoir, ça vise à aider d’autres personnes qui vivent de la discrimination, a-t-il dit. C’est un cas particulier, je ne vois pas en quoi cela brimerait la liberté d’expression. »