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Agressions physiques contre le personnel scolaire: des élèves de plus en plus violents

GEN-ÉCOLE-ENSEIGNEMENT
Photo d'archives, Jean-Francois Desgagnés

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Dans les écoles québécoises, le nombre d’enseignants et d’éducateurs indemnisés pour avoir été victimes de gestes de violence – coups, bousculades, morsures ou autres – a augmenté de 25 % depuis trois ans.

Selon les données transmises par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), 519 employés du milieu de l’éducation ont vu leurs réclamations en lien avec des lésions attribuables à de la violence en milieu de travail se faire accepter en 2017, comparativement à 417 en 2015.

Les réclamations proviennent principalement des éducateurs spécialisés, qui interviennent souvent auprès des élèves en difficulté, suivis des enseignants des écoles primaires et secondaires.

Parmi les types de gestes violents les plus courants, on retrouve les coups, dans 44 % des cas.

La «pointe de l’iceberg»

Pour les syndicats d’enseignants, ces chiffres ne représentent que la «pointe de l’iceberg».

Plusieurs profs victimes de violence ne réclament pas d’indemnisation à la CNESST, pour différentes raisons. C’est notamment le cas d’une enseignante en adaptation scolaire de la région de l’Estrie, qui s’est déjà fait étrangler par un élève et pour qui la violence physique fait partie du quotidien (voir autre texte plus bas).

«C’est inacceptable, cette violence qui augmente. Ça ne fait pas partie de nos jobs», lance Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Au fil des ans, les gestes rapportés par les enseignants semblent aussi plus graves. Des profs peuvent recevoir des coups lors d’une intervention auprès d’un jeune en crise, mais il arrive aussi que des élèves frappent délibérément un enseignant, souligne Mme Scalabrini.

À la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), on constate aussi une augmentation des cas de violence dans les écoles, mais que les enseignants peuvent désormais avoir davantage recours aux indemnisations de la CNESST.

Davantage de services réclamés

Au cours des dernières années, les membres de la FAE ont été sensibilisés à l’importance de faire cette démarche s’ils doivent s’absenter du travail à la suite d’un incident violent dont ils ont été victimes, plutôt que de bénéficier de l’assurance salaire comme dans le cas de n’importe quel type de congé de maladie régulier.

«Il y a eu une prise de conscience», affirme Sylvain Mallette, président de la FAE.

La solution passe par un ajout de services pour les élèves, selon les syndicats d’enseignants. L’intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires sans ressources suffisantes a pu contribuer à «alimenter le phénomène», affirme M. Mallette.

«Les commissions scolaires et le ministère de l’Éducation sont en partie responsables de ces comportements-là», lance-t-il.


NOMBRE D’ENSEIGNANTS DONT LA DEMANDE D’INDEMNISATION A ÉTÉ ACCEPTÉE À LA SUITE DE LÉSIONS ATTRIBUABLES À DE LA VIOLENCE À L’ÉCOLE*

  • 2015 | 417
  • 2016 | 451
  • 2017 | 519

*Les réclamations acceptées par la CNESST comprennent des indemnisations pour le salaire en cas d’absence au travail, mais aussi des remboursements de frais engendrés par l’incident. On peut penser à l’enseignant qui a besoin d’une nouvelle paire de lunettes après avoir reçu un coup au visage, par exemple.

Les cinq types de lésions les plus courantes :

  • Coups, coups de pied, volée de coups | 43,9 %
  • Bousculade, pincement, torsion | 22,4 %
  • Voies de fait et acte violent | 15,1 %
  • Morsure | 9,0 %
  • Menace verbale | 3,1 %
Source : Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail

 

Un élève tente de l’étrangler

Une enseignante d’une classe pour élèves en difficulté s’est déjà fait étrangler par un enfant alors qu’elle tentait d’intervenir auprès de lui.

Cette prof de la région de l’Estrie raconte qu’il y a quelques années, un élève du primaire en crise l’a étouffée en tirant très fort sur son col de chemise alors qu’elle tentait de l’amener dans un autre local pour le calmer.

«J’ai eu un sentiment d’étouffement pendant quelques minutes. Il a fallu qu’un intervenant vienne pour retirer le jeune de sur moi. Ç’a été un peu traumatisant.» Pour cette enseignante en adaptation scolaire au primaire, la violence fait partie du quotidien. Elle raconte s’être fait cracher au visage et lancer des objets, en plus d’avoir reçu de nombreux coups.

«Des actes de violence physique, je dirais qu’il y en a une fois aux deux semaines environ. La violence verbale, c’est presque aux deux jours, ça devient banal.»

Coup de poing au visage

Depuis le début de l’année, elle s’est notamment fait tirer les cheveux par un élève qu’elle voulait aussi amener au local de retrait. Elle a également reçu un coup de poing en plein visage. «Je me suis penchée vers lui pour lui parler, je ne l’ai pas senti venir», raconte-t-elle.

Même s’il s’agissait cette fois-ci d’un geste délibéré, les coups surviennent généralement lorsqu’un enfant se désorganise. «À chaque fois qu’il y a une crise, c’est presque certain qu’on a un coup», affirme-t-elle.

Malgré ces évènements, elle n’a jamais fait de réclamation à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, puisque les gestes commis n’ont pas mené à un arrêt de travail.

Après plusieurs années d’expérience en adaptation scolaire, cette enseignante constate une augmentation de la violence physique à l’école. Elle affirme que le manque de services est criant, en particulier dans les classes spécialisées. «Il n’y a pas grand-monde pour nous aider. On manque de ressources», explique-t-elle.