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Les accommodements déraisonnables

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Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

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Vous croyez que je vais délirer sur l’impact de la religion dans nos écoles? Sur nos obligations de compromis à l’égard de certains? Un brin. Je vais m’entretenir avec vous des accommodements au nom du dieu équité. Pour le meilleur et pour le pire, le système d’éducation voue un véritable culte à cette valeur fondamentale.

Au début des années 1980, le ministère de l’Éducation publiait une première politique sur l’évaluation des apprentissages. Cette politique posait comme valeurs fondamentales la justice et l’égalité.

À l’époque, cette politique « reflétait l’émergence de préoccupations d’inclusion en prônant l’idée d’égalité des chances de réussite. Elle témoignait aussi d’un souci, parfois opposé à la notion d’inclusion, d’évaluer de façon uniforme et donc indifférenciée. » (Laurier, 2014)

Néanmoins, les auteurs de cette politique « ont constaté qu’une intervention conçue comme juste et égale ne garantissait pas la mise en œuvre de moyens assurant la réussite du plus grand nombre. »

En conséquence, dans la foulée de l’importante Réforme de l’éducation, le gouvernement du Québec présentait sa nouvelle Politique d’évaluation des apprentissages en 2003.

La valeur d’équité fait alors son apparition et s’ajoute « à celles de justice et d’égalité pour former un ensemble de trois valeurs fondamentales en interaction entre elles. » Il faut dorénavant « mettre en application, au moment de l’évaluation, les principes de différenciation pédagogique que prône le renouveau pédagogique. »

Les mesures adaptatives

En ce qui concerne ce traitement équitable envers les élèves, il est possible d’avancer qu’il se reflète par diverses mesures adaptatives. Nous pouvons classer ces mesures en deux grandes catégories : les mesures officielles et les mesures officieuses.

Si les mesures officieuses sont à la discrétion de l’enseignant et soumises à son jugement professionnel, les mesures dites officielles sont celles contenues dans un plan d’intervention (PI) à l’intention de l’élève. Ces mesures doivent être respectées scrupuleusement, car le PI a un poids légal et rend l’école imputable.

Qui a la responsabilité de déterminer les mesures adaptatives à mettre en place dans un PI ? Selon la Loi sur l’instruction publique, « le directeur de l’école, avec l’aide des parents d’un élève handicapé ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, du personnel qui dispense des services à cet élève et de l’élève lui-même, à moins qu’il en soit incapable, établit un plan d’intervention adapté aux besoins de l’élève. »

Ces mesures adaptatives peuvent prendre différentes formes : utilisation d’un portable, passation d’une évaluation dans un local autre, ajout d’un tiers de temps supplémentaire lors d’un examen, etc.

Sur le terrain

Depuis dix ans, le nombre de PI a littéralement explosé; le concept d’équité a poussé l’école à trouver des solutions pour les élèves « différents ».

Il s’agit d’une excellente nouvelle pour quiconque ayant à cœur la réussite du plus grand nombre.

Néanmoins, il est permis d’avancer que cette noble valeur a aussi créé des effets pervers. Si certaines mesures semblent équitables (p. ex. utilisation d’un portable pour un élève dyslexique), d’autres mesures sont plutôt discutables.

Quelle est la mesure adaptative la plus décriée sur le terrain ?

L’ajout d’un tiers de temps supplémentaire lors de la passation d’un examen. Une mesure peu documentée, difficilement mesurable et assez subjective offrant ainsi un risque de dérive. Une mesure trop facilement accordée et qui s’avère souvent inéquitable.

Pourquoi ?

Surtout à cause de l’énorme pression de la part des parents. Selon un contact très au fait de ce genre de dossier :

« Les parents sont de plus en plus agressifs lorsqu’ils demandent cette mesure pour leur enfant. Avant les semaines d’examens, nous pouvons avoir 3 à 4 demandes par jour pour le 1/3 temps. Lorsque cette mesure est refusée, les parents nous accusent d’être responsables des difficultés de leur enfant et de ne pas les aider. On me demande souvent la mesure pour le « au cas où il manquerait de temps » ou pour les « il a peur de manquer de temps » et à travers le lot plusieurs élèves ont la mesure pour ces raisons, car il devient difficile d’évaluer le besoin réel. »

De ce fait, l’approche client - en plein essor depuis 15 ans - peut créer des situations où il y aura une certaine forme d’injustice. Il est possible de croire qu’un parent, qui fait davantage valoir ses droits et qui exerce une pression sur la direction d’une école, verra cette mesure octroyée à son enfant.

Plutôt que de s’attaquer à la principale cause du problème (lire ici l’anxiété en progression fulgurante), il semble que l’on soit davantage préoccupé à trouver une solution qui viendra contenter le consommateur. L’école achète la paix : elle donne le bonbon miraculeux.

Oui à la justice, à l’égalité et à l’équité pour tous les élèves ayant des besoins particuliers.

Non à l’équité sous la forme d’un fourre-tout alourdissant nos tâches dans le but de satisfaire les caprices de chacun.