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Le Venezuela: une crise, deux présidents

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Le Venezuela, comme dirait le conseiller du président Trump à la Sécurité intérieure, c’est dans notre arrière-cour. Raison effectivement d’y porter plus qu’un regard endormi. Cette crise-là va toutefois bien au-delà des épreuves titanesques que traverse le pays. 

Il existe, au sein d’une certaine gauche à court d’exemples inspirants, un réflexe ambigu de sympathie à l’égard du Venezuela. Je me souviens d’un collègue de TVA, au tout début des années 2000, qui me parlait avec excitation de l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir là-bas et du rôle déstabilisant – il en était convaincu – que les États-Unis allaient jouer. 

La « Révolution bolivarienne » de Chavez a arraché des millions de Vénézuéliens à la pauvreté, mais a semé les germes d’une gestion catastrophique de l’économie. Six ans après sa mort, le bilan prend la forme d’une industrie pétrolière en ruine, d’une inflation qui pourrait atteindre 10 000 000 % cette année et d’un exode de près de 3 millions de Vénézuéliens. 

Sans compter le déficit démocratique qui n’a cessé de s’alourdir avec un enchaînement d’émeutes et de répressions, ancrant solidement le Venezuela, selon le Democracy Index de The Economist, parmi les régimes autoritaires. Bref, le successeur de Chavez, Nicolas Maduro, est un désastre. 

LES ALLIANCES, UNE VERTU REDÉCOUVERTE 

La réélection de Maduro en mai 2018 a été contestée dès les premiers résultats annoncés. Les tensions et l’instabilité engendrées ont atteint leur paroxysme cette semaine avec la décision de Juan Guaidó, leader du parlement contrôlé par l’opposition, de s’autoproclamer président par intérim. 

Difficile de prédire comment se résoudra cette crise constitutionnelle avec l’armée qui continue de jurer fidélité à Maduro, alors que Guaidó persiste à affirmer que les parlementaires sont les seuls à avoir une véritable légitimité démocratique au pays. 

C’est là que les choses se compliquent, comme si elles ne l’étaient pas déjà amplement. Les États-Unis, le Canada et une série d’autres démocraties dans leur suite ont officiellement reconnu Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela. 

Ironique de voir l’administration Trump travailler de concert avec ses alliés après deux années de mépris à peine caché. Une attitude qui avait conduit, à la fin de l’année dernière, au départ d’une des rares têtes froides au sein de ce gouvernement : James Mattis, le secrétaire à la Défense. 

SURTOUT LES GARDER CHEZ EUX 

Il y a plus qu’une opposition idéologique et une volonté de stabilité régionale dans la décision du président américain de chercher une transition politique au Venezuela. Devant une crise humanitaire s’amplifiant, deux congressmen de Floride, un républicain et un démocrate, ont mis de l’avant jeudi un projet de loi accordant le « statut de protection temporaire » – connu ici sous l’acronyme TPS – aux ressortissants vénézuéliens aux États-Unis. 

En plein débat sur le financement du mur à la frontière mexicaine et avec des partisans avides de décisions radicales à l’égard des immigrants illégaux, l’idée d’octroyer à des milliers d’autres Latino-américains le droit de rester – même temporairement – aux États-Unis risquait de déclencher une vague de ressentiment et de désertion au sein de l’ultime groupe d’Américains encore fidèles au président. 

La crise vénézuélienne enfin offre une leçon inattendue de géopolitique contemporaine : pendant que les États-Unis, le Canada et une vingtaine d’autres pays se rangeaient derrière Juan Guaidó, Nicolas Maduro recevait notamment le soutien de la Russie, de la Chine, de la Turquie et du Mexique. 

Après la Guerre froide et la lutte à la terreur, les blocs se reforment et les États-Unis ne dictent plus leur volonté de la même façon. Ce n’est peut-être pas plus mal, mais le monde devient certainement moins prévisible.  

 ► Nicolas Maduro 

Photo AFP
  •  56 ans 
  •  Président depuis mars 2013 
  •  Ministre des relations extérieures, 2006-2013 
  •  Ex-chauffeur d’autobus et leader syndical 
  •  Formé à l’école des cadres du Parti communiste cubain  

 ► Juan Guaidó 

Photo AFP
  •  35 ans 
  •  Président de l’Assemblée nationale depuis le 5 janvier 2019 
  •  Président par intérim autoproclamé depuis le 23 janvier 2019 
  •  Ingénieur 
  •  Élu député fédéral suppléant à 27 ans   

 LE VENEZUELA DANS LA TOURMENTE 

 ► Capitale : Caracas 

 ► 32 millions d’habitants 

 ► Plus de 3 millions – 10 % de la population – ont fui le pays :  

  •  plus d’un million en Colombie 
  •  plus de 500 000 au Pérou 
  •  220 000 en Équateur 
  •  130 000 en Argentine 
  •  100 000 au Chili 
  •  85 000 au Brésil  

 ► Taux de chômage estimé = 33 % 

 ► Taux de pauvreté estimé = 90 % 

 ► Inflation estimée entre 80 000 et 1 000 000 % en 2018 

 ► Estimation pour 2019 : 10 000 000 % (Au Canada = 2 % en 2018) 

 ► Quatre des dix villes les plus dangereuses au monde se trouvent au Venezuela. 

 ► À 90 meurtres pour 100 000 habitants, le taux d’homicide est 18 fois plus élevé qu’aux États-Unis ; 56 fois plus élevé qu’au Canada.  

 UNE ÉCONOMIE FONDAMENTALEMENT PÉTROLIÈRE 

 ► 302 milliards de barils 

 ► Plus vastes réserves de pétrole au monde 

 ► 1,25 million de barils exportés par jour en 2018. La quantité la plus faible depuis 1990 

 ► Le pétrole tient pour 95 % des exportations du pays, dont plus du 1/3 vers les États-Unis. 

 ► Décroissance économique 

 Chute de 45 % du PIB en 5 ans :  

  •  2017 -14 % 
  •  2016 -16,5 % 
  •  2015 -6,2 % 
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