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De la viande de cerf rouge contaminée dans votre assiette?

1003 bêtes de la ferme infectée ont été commercialisées sans être testées

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GRENVILLE-SUR-LA-ROUGE | De la viande de cerf rouge contaminée par la maladie du cerf fou pourrait-elle se retrouver dans des épiceries ou dans des restaurants ? La question se pose parce que le gouvernement a autorisé sa commercialisation sans s’assurer que les animaux n’étaient pas atteints d’une grave maladie. 

Le Journal a en effet appris que la viande de 1003 cerfs rouges provenant de la ferme d’élevage Harpur Farms (Cerf de Boileau), là où ont été détectés 11 cas de la maladie débilitante chronique du cervidé (MDC), a été mise sur le marché sans avoir été testée. 

Ces animaux étaient tous âgés de moins de 12 mois. L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a expliqué qu’il n’y avait pas de façon de détecter la MDC chez les animaux en bas âge. 

«C’est assez ordinaire. Ils auraient pu se débarrasser de cette viande au lieu de la commercialiser», a spontanément commenté Philippe Chalifour du restaurant Les Têtes de Cochon à Sainte-Adèle. 

Ce chef est l’un de ceux qui n’offrent plus de cette viande à sa clientèle. 

Un morceau de viande de cerf vendu au Marché Jean-Talon.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Un morceau de viande de cerf vendu au Marché Jean-Talon.

La crise de la MDC 

En août, un premier cerf atteint de la MDC a été découvert dans un troupeau de Harpur Farms, à Grenville-sur-la-Rouge, dans les Laurentides. 

En octobre dernier, l’ACIA a obligé Harpur Farms à abattre les 3200 cerfs rouges de ses élevages. La viande est commercialisée sous la marque Cerf de Boileau. 

Onze animaux positifs ont été détectés. L’ACIA a permis que les animaux testés négatifs soient commercialisés. 

Depuis, la chasse a été interdite sur un territoire de 400 km2, car le gouvernement provincial craignait que la maladie se soit propagée à l’extérieur de l’enclos. 

Aucun cas n’a cependant été détecté dans la nature jusqu’à maintenant et la chasse par des professionnels payés par le gouvernement se poursuit. 

Cette maladie est semblable à celle de la vache folle. Elle peut tuer une bête en quelques mois. 

Chaîne alimentaire 

À la fin septembre, Le Journal publiait qu’un document interne préparé par le Bureau des dangers microbiens, une entité de Santé Canada, précisait qu’«aucun tissu qui pourrait contenir des agents de MDC ni aucun morceau d’animal qui aurait montré des signes de maladie ne doit entrer dans la chaîne alimentaire humaine ou animale». 

Une spécialiste de la maladie a confié au Journal que la viande des faons n’aurait pas dû se retrouver sur le marché. 

«On a trouvé des animaux malades à six mois. Je ne mangerais pas de cette viande-là», a dit Krysten L. Schuler de l’école de médecine vétérinaire de l’Université Cornell dans l’État de New York. 

Le directeur du département de biochimie de l’Université de Sherbrooke, Xavier Roucou, explique qu’il y a de nouveaux moyens pour détecter la maladie chez les plus jeunes animaux et que la viande n’aurait pas dû être commercialisée. 

«Il y a effectivement un risque qu’il y ait de la viande contaminée dans les assiettes des gens», a expliqué. M. Roucou. 

Ce dernier affirme que même si l’ACIA a donné l’autorisation, Harpur Farms aurait dû être transparente et ne pas vendre la viande d’autant plus qu’il existe un programme de compensation de l’ACIA qui rembourse au prix courant toutes les pertes de Harpur Farms. 

 En collaboration avec monjournal.ca