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«J’ai vu les traces de sang par terre», raconte le fils d’une victime de la tuerie de la mosquée

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Presque deux ans jour pour jour après la mort de son père, Mohamed Thabti a trouvé les mots pour raconter à Denis Lévesque comment il a vécu les heures qui ont suivi la tuerie de la grande mosquée de Québec, qui a fait six morts, dont Aboubaker Thabti.  

Après avoir entendu la nouvelle de la fusillade, lui et sa mère se sont précipités à la mosquée. «Ma mère était paniquée, on a sauté dans l’auto pour aller à la mosquée, relate-t-il. Après être revenus à la maison, on a fait le tour des hôpitaux pendant presque toute la nuit. Et ce n’est que le lendemain à 14h qu’on a eu la nouvelle du décès de mon père.» 

Le jeune adolescent avait croisé l’auteur de la fusillade quelques jours avant les événements, alors qu’il sortait d’un cours d’informatique en compagnie d’un ami à la grande mosquée. 

«À la fin du cours, nous sommes montés en haut pour attendre le père de mon ami et là, on croise Bissonnette qui rentre dans la mosquée. On lui a demandé qui il était, parce que ce n’était pas un visage familier. Il nous répond: "j’aurais besoin d’argent pour aller voir des amis à Montréal, pour un party", ou quelque chose comme ça. Puis, il nous a parlé d’un jeu vidéo assez connu, Pokemon Go. Ça nous a mis la puce à l’oreille, car ce jeu était démodé depuis quelques mois.»

Plutôt «bizarre»

«Quand j’ai vu sa photo à la télé, j’ai capoté, j’ai fait une crise, j’ai dit: mais j’étais là, je l’ai vu ce gars-là», poursuit Mohamed. Pourtant, Bissonnette ne lui avait pas semblé dangereux, mais plutôt «bizarre». 

Au lendemain de la tragédie, il s’est rendu à la mosquée avec des amis de la famille cueillir les effets personnels qui appartenaient à son père. Il a été marqué par ce dont il a été témoin. «C’est là que j’ai vu les traces de sang par terre, les impacts de balles sur les murs...» Mohamed dit qu’il fait encore des cauchemars. 

 

Mohamed Thabti est réconforté pendant les funérailles de son père Aboubaker Thabti, en 2017.
AFP
Mohamed Thabti est réconforté pendant les funérailles de son père Aboubaker Thabti, en 2017.

 

Après les funérailles de son père en Tunisie, d’où sa famille est originaire, le garçon avait repris l’école «petit à petit». Heureusement, il a pu compter sur le soutien de ses amis, explique-t-il à Denis Lévesque. 

Même s’il a vu circuler sur Twitter certains messages islamophobes, il affirme que la plupart des gens qu’il a croisés ont été «super gentils» avec lui. 

«En fait, je m’entendais bien avec tout le monde et même ceux avec qui je ne m’entendais pas bien m’ont beaucoup aidé. Je tiens à les remercier.» 

Bonne nouvelle pour la veuve et les deux enfants d’Aboubaker Thabti: ceux-ci seront finalement reconnus comme des victimes par le programme d’indemnisation aux victimes d’actes criminels (IVAC), qui a fait volte-face après avoir refusé deux fois leur dossier, apprenait-on hier. 

L’avocat Marc Bellemare, qui représentait la famille Thabti, accompagnait le jeune Mohamed lors de l’entrevue à Denis Lévesque.

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