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La chasse aux sorcières de Legault

Le ministre Simon Jolin-Barrette
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre Simon Jolin-Barrette

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Voilà, c’est parti. La saison de la chasse est ouverte. Pas celle de la chasse au chevreuil, mais bien celle de la chasse aux sorcières. Celles que l’on reconnaît au port de signes religieux.
 
En demandant aux commissions scolaires si elles détiennent des informations pour dénombrer leurs employés qui portent des signes religieux, le gouvernement de François Legault a ouvert une boîte de Pandore dont les maux sont innombrables.
 
Un jeu dangereux
 
Bien entendu, les ministres Roberge et Jolin-Barrette se sont empressés de nier avoir demandé qu’un recensement soit effectué. Ils insistent tous deux pour dire que le gouvernement souhaite simplement savoir si les données existent. 
 
Si ça, ce n’est pas jouer sur les mots...
 
Comme l’a rapidement rappelé la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel-Bourdon,  «Ça ne se fait pas, ça va à l’encontre des droits de la personne». En entrevue, elle a également évoqué la très réelle possibilité de poursuites qui pourraient découler d’une telle atteinte à la liberté de religion. On n’est pas sorti du bois!
 
En plus, une demande semblable a été faite auprès de la Sureté du Québec. Il n’est donc pas possible pour Québec de plaider l’erreur d’un fonctionnaire du cabinet du sous-ministre pour se sortir du bourbier. 
 
La question de la liberté de religion en est une des plus délicates. 
 
Est-ce qu’on a vraiment besoin de rappeler que les recensements sur la base de la religion se terminent souvent très mal?
 
Pas surprenant que personne n’ait fait ces demandes par écrit. Mais faut-il minimiser la signification d’un tel procédé parce qu’il est fait de manière informelle ? Ne faudrait-il pas plus y voir une ruse insidieuse et sournoise pour essayer de dénombrer les récalcitrants sans éveiller trop de soupçons ou alerter l’opinion publique?
 
Improvisation libre
 
Ce qui surprend probablement le plus, c’est que la demande «d’information» à propos du port des signes religieux survient au moment où le gouvernement est sur le point de déposer un projet de loi à ce sujet.
 
De deux choses l’une. Ou bien le gouvernement a pris un engagement sans savoir s’il était nécessaire, engageant ainsi tout un débat et d’importants deniers publics dans un dossier peu fouillé, ou bien le gouvernement commence à craindre le ressac qui pourrait être ressenti au lendemain du dépôt de son projet de loi.
 
D’une manière comme de l’autre, on comprend que l’engagement de François Legault d’interdire le port des signes religieux à ce qu’il appelle des «personnes en autorité» est loin d’avoir été réfléchi, étudié et soupesé comme il se doit.
 
Ce qui transparait de tout ce processus douteux, c’est surtout que la CAQ a voulu gagner des votes faciles en jouant la carte de la division pendant la campagne électorale et qu’elle se retrouve désormais dans le siège du pilote sans savoir comment poser l’appareil.