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Ces enfants qui dérangent

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Il faut saluer la sortie des pédiatres québécois , qui expriment enfin leur malaise aigu et leur indignation quant à la réalité perturbante concernant la surmédication de nos enfants.

Il faut cesser de jouer à l’autruche. Le déni a assez duré. Il existe au Québec, qui a déjà battu des records de natalité dans le passé et où le taux actuel est un des plus faibles de l’Occident, un problème collectif. Aimons-nous nos enfants en fonction de nos besoins, nous, parents, éducateurs, enseignants, médecins, ou pour eux-mêmes ? 

Nous nous retrouvons avec une statistique troublante et irréfutable : les enfants québécois sont surmédicamentés en Ritalin et autres substances pour les calmer, trois fois plus que les enfants canadiens. 

La semaine dernière, j’ai rappelé dans une chronique que les enfants traités autrefois de « tannants et turbulents » sont inclus de nos jours dans un groupe désigné du sigle TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Ce terrible sigle est désormais connu du grand public. 

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Garçons bruyants

Bien sûr, ce diagnostic correspond à une réalité médicale. Mais pourquoi avoir été indifférent si longtemps à ce qui semblait aux yeux du profane comme une exagération du nombre de garçons qui paraissaient trop bruyants ? 

Qu’est-ce à dire, sinon que les enfants dérangent les adultes ? Les petits garçons en particulier, que trop d’enseignantes, très majoritaires au primaire, souhaiteraient plus « sages », comme les petites filles, en fait. 

Que penser des parents hyperactifs eux-mêmes, donc souvent hyper occupés, qui n’ont plus ni le temps de diminuer leur rythme de vie professionnelle ou sociale ni la patience pour être présents pour leurs enfants ? Ils ont alors tendance à les enrégimenter dans des activités diverses aux horaires contraignants comparables à ceux des adultes accros au travail. 

Que penser aussi des médecins, débordés eux-mêmes, qui cèdent aux pressions de parents exigeant des calmants pour leur progéniture grouillante et qui les culpabilise avec la vie de fou qu’ils mènent ? Les cabinets de médecin ont ainsi des allures de magasins de bonbons : pour les adultes eux-mêmes, d’ailleurs. 

Système de droit

Nous vivons dans un système de droit prévu dans nos chartes. Nous nous targuons de grands discours sur l’amour que nous portons à nos enfants et surtout sur les droits qui les protègent. 

Or, le premier droit de l’enfant, c’est d’être un enfant. Et que fait-on sinon le programmer dès le petit âge à être autonome, un mot dévoyé de son sens réel ? Car aux yeux de trop de gens, l’enfant autonome est celui qui ne dérange pas l’adulte. Un enfant qui « fonctionne bien », qui n’a pas de virus, un enfant chosifié. 

Or, l’enfant est d’abord un être dépendant, qui a un besoin vital d’attention, de soins, d’affection. Et qui exprime ses anxiétés, ses douleurs et son besoin d’attachement par un comportement dérangeant pour les parents et pour tous ceux qui l’approchent. 

Le cri d’alarme des pédiatres trop longtemps restés muets ne doit pas se perdre dans des indignations médiatiques vite remplacées. 

Le Québec est malade de ses enfants qui crient au secours.