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Une enquête qui se découvre comme des poupées russes

Le règne présidentiel de Trump est une longue suite de rebondissements

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L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis reste à la fois un exploit et un mystère. Ce qui est doublement remarquable, c’est que cette Maison-Blanche, perpétuellement emportée dans des rebondissements dignes d’une série de télé-réalité, se trouve aussi au cœur de ce qui a toutes les allures d’un vaste complot politique digne des meilleurs romans de John Le Carré.

Des Russes, encouragés et financés par le Kremlin, se sont mêlés de la dernière élection présidentielle aux États-Unis. Ils visaient à miner la campagne d’Hillary Clinton, envers qui le président russe Vladimir Poutine nourrissait une haine profonde depuis qu’elle avait apporté son soutien à l’opposition en Russie, en 2011.

En plus de favoriser son adversaire, Donald Trump, l’appareil de propagande russe a multiplié les interventions sur les médias sociaux afin de braquer les Américains les uns contre les autres et saper la confiance et le respect envers le processus électoral.

Ce ne sont pas de vagues spéculations, mais les conclusions que tirent toutes les agences de renseignements américaines qui enquêtent depuis trois ans.

De grandes interrogations, avec le temps, sont venues hanter les enquêteurs : dans quelle mesure l’équipe de campagne de Trump a-t-elle collaboré avec ces intérêts russes dans l’espoir de remporter la course à la présidence ? Et si collaboration il y a eu, qu’est-ce qu’en savait Donald Trump lui-même ? C’est précisément à ces questions que Robert Mueller, le procureur spécial, doit répondre.

Donald Trump a toujours rejeté et continue de nier toute collusion entre sa campagne et des responsables russes. Il ne s’agit, à ses yeux, que d’une chasse aux sorcières visant à discréditer sa victoire. Pourtant, depuis sa nomination en mai 2017, Robert Mueller a obtenu sept aveux de culpabilité, dont cinq provenant d’associés du milliardaire républicain.

Vingt-six autres personnes, toutes russes, ainsi que trois entités russes font face à des accusations d’ingérence dans la dernière élection présidentielle américaine, soit en menant une vaste opération sur les médias sociaux pour semer la discorde, soit en cyberpiratant le parti démocrate et la campagne d’Hillary Clinton.

Trump Tower à Moscou

Au fil des mois, l’enquête du procureur spécial a débordé de son cadre initial et couvre maintenant les activités financières de Donald Trump, promoteur immobilier, et de ses proches. On sait désormais que les discussions pour développer une Trump Tower à Moscou se sont déroulées jusqu’à l’élection présidentielle de novembre 2016. Trump aurait donc mené des affaires avec une puissance étrangère tout en cherchant à devenir président des États-Unis.

Photo Adobe Stock

L’attitude du président américain à l’égard du président russe Vladimir Poutine laisse aussi perplexe, en particulier ses efforts pour que rien ne transpire de leurs rencontres et qu’aucune note ne soit prise ou dévoilée.

Cache-t-il quelque chose ? Que savent les Russes à son sujet ? En connaissent-ils assez pour compromettre sa présidence ? Pour le faire chanter ? Ce qui semble s’accumuler contre le président mérite-t-il le déclenchement d’une procédure de destitution ?

Robert Mueller devrait prochainement remettre son rapport au ministre de la Justice. Pourvu qu’il soit rendu public, il devrait se lire comme un grand roman d’espionnage, saupoudré de manigances politiques et de tripotage financier, avec un enjeu bien concret : le sort de la présidence des États-Unis.

 

Personnages au cœur de l’enquête Mueller

 

Donald Trump

Photo AFP

Promoteur immobilier multimilliardaire, président des États-Unis.

Une question au cœur de tout : que savait-il des efforts des pirates informatiques russes, liés au Kremlin, pour s’attaquer à la campagne de sa rivale démocrate, Hillary Clinton ? La relation trouble qu’il entretient avec le président Vladimir Poutine nourrit l’impression que les Russes possèdent des informations pouvant servir à le manipuler

Michael Flynn

Photo AFP

Ex-général de l’armée américaine, ex-conseiller du président à la Sécurité nationale

Premier pion à tomber, Flynn finira par plaider coupable à des accusations d’avoir menti au FBI sur des contacts qu’il a eus avec l’ambassadeur russe aux États-Unis. Il collabore avec l’équipe du procureur spécial et il aurait fourni des informations précieuses dans l’espoir de réduire sa peine.

Donald Trump Jr

Photo courtoisie

Fils aîné du président

En juin 2016, il a assisté – avec Paul Manafort et Jared Kushner, gendre du président – à une rencontre dans la Trump Tower de New York avec une avocate russe qui promettait des informations compromettantes sur Hillary Clinton. Donald Jr a initialement menti sur l’objectif de cette rencontre, ouvrant la voie à des allégations de complicité avec des agents d’un gouvernement étranger.

Roger Stone

Photo AFP

Consultant politique et ami de longue date de Donald Trump

Excentrique et magouilleur, il s’est autoproclamé « spécialiste des sales coups » en politique. Robert Mueller, le procureur spécial, a déposé contre lui des accusations de fausses déclarations, d’obstruction et d’avoir menacé un témoin. Il aurait été en contact avec Julian Assange, fondateur de Wikileaks, au sujet d’informations embarrassantes sur Hillary Clinton et sa campagne.

Julian Assange

Photo AFP

Fondateur de Wikileaks

Son organisation a diffusé, en pleine campagne présidentielle américaine, des milliers de courriels de l’équipe d’Hillary Clinton, dérobés par des pirates informatiques russes. Il aurait notamment été en contact avec Paul Manafort et Roger Stone, contribuant à l’hypothèse d’une collaboration entre la Russie et la campagne de Trump via Wikileaks.

Robert Mueller

Photo AFP

Ancien directeur du FBI, procureur spécial

Respecté par les républicains comme des démocrates, il est perçu comme un enquêteur sans peur et sans reproche. Son investigation, menée avec un minimum de fuites, a conduit jusqu’à maintenant au dépôt d’accusations criminelles contre 34 personnes.

Paul Manafort

Photo AFP

Homme d’affaires, ex-directeur de campagne de Trump

Il a dû abandonner la campagne présidentielle à cause de ses liens avec des intérêts russes en Ukraine. Ses manigances financières ont notamment conduit au dépôt d’accusations de fraude fiscale et de fraude bancaire. Ce ne serait pas tout : en prétendant collaborer à l’enquête Mueller, il aurait menti au FBI.

Michael Cohen

Photo AFP

Ex-avocat personnel de Donald Trump

Il a déjà affirmé être prêt « à prendre une balle pour Trump ». Il fait face à des accusations de violation du financement électoral, d’évasion fiscale et de mensonge au Congrès sur les efforts pour construire une Trump Tower à Moscou. Pour alléger sa peine, il s’est retourné contre son ancien patron et coopère avec l’enquête Mueller.

Natalia Veselnitskaya

Photo AFP

Avocate russe

Bien qu’elle nie ses liens avec le Kremlin, ses clients sont proches du gouvernement russe. Elle a multiplié les initiatives contre les sanctions anti-Russes aux États-Unis. Elle vient d’être accusée d’entrave à la justice pour avoir maintenu des contacts avec des responsables russes tout en défendant un client russe dans une affaire de blanchiment d’argent à New York.

Konstantin Kilimnik

Consultant politique russe, associé de Paul Manafort

Soupçonné d’être un ancien officier des services de renseignement russes, il a été accusé, en juin 2018, de complot et d’entrave à la justice par Robert Mueller. Paul Manafort lui aurait transmis, pendant la course à la Maison-Blanche, en 2016, des sondages privés de la campagne de Donald Trump que la propagande russe pourrait avoir utilisés pour s’ingérer dans l’élection présidentielle américaine.