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La valorisation bidon

UQAM, Salle de classe
Photo d’archives

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J’ai lu l’article de ma collègue Daphnée Dion-Viens à l’effet que les nouveaux étudiants en éducation n’ont jamais été aussi peu nombreux dans la province depuis 15 ans. Si le nombre d’aspirants profs est en chute libre au Québec, il faut certainement se réjouir du travail effectué par les conseillers d’orientation.

Je suis fort heureux d’apprendre que mes futurs collègues seront enfin des gens ayant choisi la profession.

Quoi ! Vous avez oublié ?

Selon nos détracteurs, notre choix de carrière en serait un par défaut : 

« Selon un professeur retraité en sciences de l’éducation, l’enseignement est souvent le dernier choix des futurs profs, qui ne sont pas assez forts pour entrer en médecine, en génie ou en droit » (IEDM et La Presse). « En effet, ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui choisissent les sciences de l’éducation où il n’existe pas de contingentement. Ce sont plutôt des jeunes qui ont été refusés dans d’autres facultés contingentées et quelques étudiants excentriques qui croient toujours à l’importance de l’éducation » (JDM).

Quoique... J’ai un bienheureux doute.

Et si j’étais dans le tort quant à l’efficacité des conseillers d’orientation ?  

Je vous livre une autre hypothèse intéressante : un plus grand nombre d'excellents élèves entraînerait nécessairement une baisse des inscriptions en éducation.

Bref, notre système scolaire est peut-être tout simplement beaucoup plus performant que la croyance populaire.

Enfin, un peu de positif ! Champagne mes amis !

Avis de recherche

Malgré mon optimisme, il faudra tout de même trouver du personnel afin d’éduquer le peuple. J’ai décidé de faire ma part. Je lance un avis de recherche :

Système scolaire à la dérive courtise jeune professionnel altruiste.

Tu veux faire 82 000 $ par année ? (c’est plus d’argent que 85 % de la population du Québec)

Tu veux travailler seulement 200 jours par année ? (soit 55 % de celle-ci)

Tu veux huit semaines de vacances l’été ? Deux semaines à Noël (rien à voir avec un dieu quelconque, je parle ici de la fête de la surconsommation) ? Une semaine en mars ?

Tu veux un fond de pension très intéressant ? (ça ressemble à Gagnant à vie, mais tu gagnes vers 60 ans)

Exigences ? Aucune.

Tu peux être poche au cégep, ne pas savoir écrire en français et être un illustre incompétent (le syndicat te protégera). Il suffit de faire quatre ans dans un pseudo-programme universitaire.

Qualité essentielle ? Être capable de parler (et même de radoter) en sachant pertinemment que personne ne t’écoute.

Alors ? L’aventure t’intéresse ?

Il semble que non.

Pourquoi ?

La valorisation

En regardant certaines publicités pitoyables, je suis toujours un peu triste de penser qu’il s’agissait là, de la meilleure idée de quelqu’un.  

C’est un peu le même sentiment qui m’habite lorsque j’entends les grandes idées de valorisation de la profession.

Qu’est-ce qu’on pourrait bien faire afin de casser la baraque ?

Après les médailles et la création de l’Ordre de l’excellence de Sébastien Proulx, voilà que l’Association des doyens et directeurs pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ) lance une offensive encore plus imaginative : une campagne de « mise en valeur » axée sur des vidéos qui circuleront sur les réseaux sociaux.

Je crois rêver.

D’autres bonnes idées ?

On pourrait augmenter l’immigration.

Si les petits Québécois ne veulent pas se salir les mains, il suffit de recruter à l’étranger. On le fait pour les fraises, pourquoi ne pas le faire pour la culture des concombres ?

Vous savez quoi ? Je suis un tantinet écœuré d’entendre des solutions bidon.

Faudrait laisser un peu le contenant de côté. Oublier le job de marketing et la superficialité. Se concentrer un brin sur le contenu.

Comment ?

J’ai déjà écrit abondamment sur le sujet : Le décrochage des enseignants, Une suppléante au zoo, Lettre à mon énième ministre de l’Éducation, etc.

D’autres – qui ne sont pas enseignants et qui ont par le fait même de la crédibilité – l’ont fait aussi.

Les vraies solutions sont connues.

Et simplement valoriser l’école ? Ça ne vous passe jamais par la tête ?

Moi si.

Dans la tête de mes collègues enseignants aussi; dans celle du personnel de soutien, des professionnels et des directeurs itou.

Car seule une réelle valorisation de l’école permettra la valorisation des acteurs de notre système d’éducation.

Bonne semaine des enseignantes et des enseignants !

 

 

 

 

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