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L’élevage de cerfs en péril au Québec

Plusieurs éleveurs durement touchés par la crise de la maladie du cerf fou pourraient fermer leurs portes

Quelques-unes des 600 bêtes de l’élevage de Gaëtan Lehoux qui est péril en raison de la maladie du cerf fou.
Photo Jean-François Desgagnés Quelques-unes des 600 bêtes de l’élevage de Gaëtan Lehoux qui est péril en raison de la maladie du cerf fou.

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SAINT-ELZÉAR | Des éleveurs devenus victimes collatérales de la crise de la maladie du cerf fou craignent maintenant que leur industrie disparaisse si les gouvernements ne les aident pas rapidement.

Depuis la découverte d’animaux atteints de la maladie débilitante chronique du cervidé (MDC) dans un seul élevage au Québec l’été dernier, les consommateurs, méfiants, achètent beaucoup moins la viande de cerf rouge.

Résultat : son prix a chuté de moitié.

Ce qui pourrait être perçu comme une bonne nouvelle pour les consommateurs de viande sauvage est toutefois en train de placer des éleveurs au bord la faillite.

« J’ai 55 000 $ de foin à acheter rapidement [...]. Ma marge de crédit est presque au maximum », s’inquiète Gaëtan Lehoux, un éleveur de la Beauce qui possède 600 bêtes.

Gaëtan Lehoux<br>
<i>Éleveur de Beauce</i>
Photo Jean-François Desgagnés
Gaëtan Lehoux
Éleveur de Beauce

Les temps sont si durs qu’il a dû se trouver du travail de jour en foresterie en plus de faire du déneigement la nuit pour subvenir à ses besoins. Il essaie de gagner du temps avant de devoir fermer son élevage.

Les cerfs de M. Lehoux semblent sains, même s’il fait partie des quelques élevages mis en quarantaine.

La crise a commencé en août lorsqu’un premier cerf atteint de la MDC a été découvert dans un troupeau de Harpur Farms, à Grenville-sur-la-Rouge, dans les Laurentides, à environ 400 km de son élevage.

Quelques semaines plus tard, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a obligé Harpur Farms à abattre les 3200 cerfs rouges de ses élevages. Onze animaux positifs ont été détectés. La viande des autres, négatifs, a été vendue.

L’aide du gouvernement réclamée

En 30 ans, l’éleveur de Saint-Jean-de-Brébeuf en Estrie Mario Giguère n’avait jamais vraiment eu recours à sa marge de crédit. Ça a changé en octobre.

« Le prix de la viande est passé de 5,50 $/lb à 3 $/lb, quand on réussit à en vendre. Ça ne couvre même pas mes frais », déplore M. Giguère. Même son de cloche pour la Ferme Richard Lemay de Saint-André-d’Argenteuil, dans les Laurentides.

Armand Plourde, de l’Union des producteurs agricoles, précise qu’à peine une vingtaine d’éleveurs ne sont pas en difficulté parmi la centaine d’éleveurs du Québec.

Ceux qui s’en sortent, dit-il, « ce sont tous de petits éleveurs qui vendent la viande directement de leur boucherie sur leur ferme. Tous les autres sont des victimes collatérales d’Harpur Farm. »

Les éleveurs réclament l’aide du gouvernement pour éviter de tout perdre. Pour l’aide annoncée jusqu’ici, on ne sait pas encore qui pourra en profiter et combien ceux-ci recevront.

Cerfs de virginie abattus

La chasse au cerf de Virginie a aussi été interdite sur un territoire de 400 km2, car le gouvernement du Québec craignait que la maladie se soit propagée à l’extérieur de l’enclos. Aucun cas n’a cependant été détecté ni dans la nature ni chez d’autres éleveurs depuis. La chasse par des professionnels payés par Québec se poursuit.

Cette maladie est semblable à celle de la vache folle. Elle peut tuer une bête en quelques mois. La maladie étant en mutation, les experts recommandent que les êtres humains évitent de consommer une viande qui pourrait être contaminée.

Le plus gros producteur d’Amérique fermera

GRENVILLE-SUR-LA-ROUGE | La compagnie d’élevage Harpur Farms où ont été détectés les 11 cas de la maladie du cerf fou va fermer définitivement ses portes cet été.

En raison de la génétique et des méthodes d’élevage, la compagnie ne pourra pas relancer la production, indique le gestionnaire de la ferme d’élevage, Denis Ferrer.

La fin du cerf de Boileau

« Ça prendrait trop d’années avant de revenir au niveau de la qualité de viande que nous avions », explique Denis Ferrer.

La viande de cerf rouge d’Harpur Farms était commercialisée sous la marque Cerf de Boileau. Il s’agissait d’une qualité de viande considérée comme le caviar du cerf rouge. Elle était reconnue mondialement.

Il s’agissait d’ailleurs du plus gros élevage en Amérique du Nord. Elle possédait également son propre abattoir.

L’abattoir Les Viandes de la Petite Nation de Saint-André d’Avellin, propriété d’Harpur Farms, suivra peu après, explique M. Ferrer. Une vingtaine d’emplois seront perdus au total.

Des municipalités consternées

« C’est triste, mais c’était la seule solution pour protéger le cheptel sauvage », dit le maire de la municipalité de Boileau, Robert Mayer.

Quant au maire de Grenville-sur-la-Rouge, il s’est dit heureux. « On n’avait pas le choix. On ne veut plus d’élevage sur notre territoire », a dit Tom Harnold.

Le maire de Saint-André-Avellin était surpris de la nouvelle. Il a préféré ne pas commenter avant d’avoir fait le point avec la compagnie.