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[VIDÉOS] «Touche-moi pas, je te cogne», dit un avocat de Québec à un policier

L’homme de 41 ans subit depuis lundi son procès devant jury pour menace, intimidation et entrave à des agents de la paix

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Une vidéo filmée par un témoin de l’arrestation de l’avocat Jean-Roch Parent pour menace et entrave à des agents de la paix à la suite d’une interception de routine sur l’autoroute Dufferin-Montmorency a été présentée en preuve au procès devant jury.

 L’homme de 41 ans fait face à quatre chefs d’accusation à la suite d’événements survenus le matin du 4 mai 2017.     

 Il est notamment accusé d’entrave aux agents de la Sûreté du Québec (SQ) Damien Bélanger et Bruno Turgeon, d’intimidation à l’endroit d’une personne associée au système judiciaire, et d’avoir proféré contre l’un d’entre eux une menace de causer la mort ou des lésions corporelles.     

 Depuis l’ouverture du procès lundi, les huit femmes et quatre hommes qui composent le jury entendent le policier Damien Bélanger, appelé à la barre par la Couronne.     

 «En crise»  

 Ce matin-là, les deux agents effectuaient une opération, à la demande du RTC, pour faire respecter la voie réservée sur l’autoroute Dufferin-Montmorency en direction sud, à l’intersection de la rue de la Potasse.     

 Le policier motard Bélanger et son collègue ont vu une vieille Pontiac Trans Am rouge dans la voie réservée.     

 «Le conducteur gesticule avec ses mains, il parle très, très fort. On voit qu’il y a quelque chose qui cloche dans le véhicule. Il y a un passager, un garçon de 14 ou 15 ans», a relaté le policier.     

 Ce dernier a expliqué avoir abordé le conducteur du côté passager. Il ne connaissait pas l’individu qu’il interceptait et lui aurait demandé, a-t-il dit, de se garer sur le large trottoir de droite.     

 «Immédiatement, le conducteur est en crise. Je vois l’écume sur le bord de la bouche. Il ne fait que crier après moi», a rapporté Damien Bélanger, précisant que l’automobiliste aurait refusé de déplacer son bolide.     

 Par la suite, il lui aurait demandé à plusieurs reprises son permis de conduire. «Mange de la marde, tu l’auras pas», lui aurait dit plusieurs fois Parent.     

 Dans la séquence, l’adolescent assis côté passager a demandé poliment au policier s’il pouvait quitter le véhicule pour aller à l’école, ce qu’il a fait.     

 «Je vais te cogner»  

 Parent aurait alors demandé au policier de lui donner son identité. «Il était vraiment en crise, il était enragé. Il n’écoutait pas mes consignes. Moi, j’ai toujours gardé un ton très bas pour éviter la confrontation», soutient l’agent.     

 Damien Bélanger a dit avoir demandé à l’automobiliste de sortir de son véhicule, car il craignait qu’il veuille s’enfuir.     

 Puisqu’ils se trouvaient tous deux du côté conducteur, près de la voie centrale, le policier aurait ensuite fait signe à l’homme de le suivre sur le trottoir, par mesure de sécurité. Cependant, toujours selon l’agent, le conducteur ne l’aurait pas écouté et aurait continué à crier. Aussi le policier aurait-il alors posé une main sur l’individu pour l’inciter à se déplacer.    

 «Il se débat aussitôt. Là, je vois la main droite du défendeur qui monte vers le visage de mon partenaire. J’entends: “Je vais te cogner!” En entendant ça, c’est clair que c’est l’arrestation.»     

 C’est d’ailleurs cette partie de l’intervention qui a été filmée par un citoyen qui passait par là. Dans la vidéo, on voit Jean-Roch Parent et on l’entend dire: «Touche-moi pas, touche-moi pas, je te cogne!»    

Capture d'écran, vidéo fournie par la Cour

 On voit alors les deux policiers réagir et procéder à l’arrestation de l’homme pour menace et entrave, en le couchant au sol, face contre terre.     

Capture d'écran, vidéo fournie par la Cour

 «Je suis avocat»  

 Damien Bélanger a expliqué que son partenaire et lui-même ont alors informé l’individu de son droit au silence et à un avocat. «Il ne collabore pas, il se débat. Il continue d’être agressif.»     

 «Il répétait constamment: “Je suis avocat.” Il disait qu’il était avocat de la police et disait constamment qu’il allait nous poursuivre, qu’on était dans la marde», a raconté le policier.     

 C’est à ce moment que l’agent se serait rendu compte qu’il avait possiblement affaire à un avocat. «Avec tous les termes qu’il me sortait, des arrêts de la Cour suprême, j’ai compris qu’il connaissait le droit», a-t-il poursuivi.     

 Non sans peine, les agents ont pu soumettre l’individu à une fouille sommaire. Ce dernier leur a finalement donné son identité, et ils l’ont conduit au poste de police. Une vidéo montrant cette partie de l’intervention a également été présentée au jury.     

 Assis dans l’autopatrouille immobilisée avant de quitter les lieux, Parent «criait très fort» et sortait souvent la tête à l’extérieur pour dire aux passants qu’il avait besoin d’un avocat, a raconté le témoin.     

 «À un moment donné, il a dit: “Regardez, les gars, donnez-moi mon constat pis on oublie ça”», a ajouté le policier.     

 «Journée éprouvante»  

 «C’est une journée éprouvante dont je vais me souvenir toute ma vie. [...] Ça ne m’était jamais arrivé qu’un individu me rentre comme ça dans la tête», a exprimé l’agent.     

 Lors du contre-interrogatoire, Me Mathieu Giroux, l’avocat de Parent, a fait remarquer à Damien Bélanger qu’il n’avait jamais demandé le permis de conduire de l’accusé avant de lui demander de sortir du véhicule.     

 Le policier a nié cette affirmation, tout comme il a nié que Parent lui ait suggéré de déplacer sa voiture dans un stationnement à proximité.     

 On prévoit que le procès durera deux semaines.