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La rentrée ratée de la CAQ

andré lamontagne
Photo Jean-François Desgagnés Le ministre de l’Agriculture André Lamontagne a plongé son gouvernement dans l’embarras pour la rentrée.

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La CAQ a payé chèrement le prix de la gestion chaotique de son ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. La rentrée parlementaire du gouvernement en lune de miel a tourné au vinaigre.

Les choses changent rapidement en politique. La semaine dernière, le gouvernement Legault pouvait rêver d’un retour en chambre dans la ouate, soufflée par les sondages témoignant de la satisfaction à son égard.

Mais il a fallu que le ministre Lamontagne commette une solide bourde en marge du caucus des députés à Gatineau.

Questionné sur le congédiement de l’agronome lanceur d’alerte Louis Robert, il a asséné qu’il avait lui-même pris la décision « personnellement ». Et avec une certaine fierté en plus !

Malgré son peu d’expérience, comment a-t-il pu penser que c’était une bonne chose pour un ministre de prendre à sa charge la décision de congédier un employé de la fonction publique ?

Il a rajouté une couche odieuse en laissant planer que ce n’était pas la décision du spécialiste du MAPAQ de couler des informations à un média, pour alerter la population sur les dangers d’un pesticide, qui était le motif premier du congédiement.

François Legault, dans la défense de son ministre, a aussi repris à son compte cette version à la clôture du caucus jeudi dernier, affirmant que ce n’était pas « une affaire de lanceur d’alerte ».

Ça fait mal

Déjà, dans les rangs caquistes, on savait la semaine dernière que les dommages étaient importants. Même si le premier ministre a aussi soulevé un tollé en affirmant maladroitement qu’il n’y avait pas d’islamophobie au Québec, des collègues du ministre de l’Agriculture soutenaient en privé que « l’affaire Lamontagne » serait plus dure à encaisser.

« Ça, ça nous a fait plus mal [...] on s’en fait parler pas mal », a confié un élu.

La CAQ pensait prévenir les coups en sortant le ministre repentant lundi, veille de rentrée. André Lamontagne a au moins admis qu’il s’était trompé. Qu’il n’était pas « le patron des employés » du ministère. On aurait pu croire, disons, à une méconnaissance des rouages.

Toutefois, en entrevue radiophonique hier, le ministre a continué de creuser sa tombe. Il a affirmé, penaud, mais le plus sérieusement du monde, que lorsqu’il a laissé croire à l’existence d’autres motifs pour expliquer le congédiement de Louis Robert, il n’en avait, en fait, aucune idée. C’était par « intuition ».

Juste pour ça, André Lamontagne doit des excuses à l’agronome du MAPAQ.

Deux classes

L’ex-ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, a été rapidement sacrifiée parce qu’elle mettait le gouvernement dans l’embarras avec ses réponses incompréhensibles.

Mais le cafouillage et les versions contradictoires successives du ministre Lamontagne sont bien plus graves.

Tout comme, sur le fond, la décision « administrative » d’envoyer au chômage l’agronome à qui on ne reproche finalement que son manque de loyauté pour avoir coulé des documents.

Il est utile de se rappeler que, sur une période de dix ans, malgré de nombreux cas de mauvaise gestion dans l’appareil gouvernemental, aucun haut fonctionnaire n’a été congédié entre 2007 et 2017. AUCUN. Visiblement, un simple agronome qui a à cœur la santé publique ne bénéficie pas de la même indulgence que les gratinés titulaires d’emplois supérieurs...