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La vérité sur ma vie d'enseignant

La vérité sur ma vie d'enseignant

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Pour cette semaine des enseignants, j’avais envie de me tenir loin des clichés complaisants sur les difficultés quotidiennes que nous vivons dans nos classes et vous expliquer pourquoi j’aime me lever chaque matin.

Avant le lever du soleil, alors que la météo me rappelle qu’elle est parfois aussi lourde que la bureaucratie québécoise, je réfléchis à la journée. En marchant avec un chien qui symbolise que j’ai, par moments, d’excellentes mauvaises idées, je planifie sans trop en faire une maladie: de toute façon, ça ne se passe jamais comme je le souhaite initialement.
 
Peu importe le schéma complexe réfléchi avec Mme Josée la veille, notre superbe plan ne peut qu’être destiné à être transformé. Le manque de suppléants obligera l’un de nous deux à donner un coup de main dans d’autres classes que les nôtres ou un enfant vaincra ses petits démons en venant nous confier un malaise qu’il espère nous voir régler.
 
Du coup, c’en est fini de ce temps que je croyais avoir afin de compléter la préparation du spectacle que mes élèves méritent d’avoir. Mais, peu importe ce que deviendra alors l’activité, j’ai le privilège d’avoir un public composé d’élèves toujours prêts à donner la chance au coureur. Bien plus, en fait, que nous le faisons nous-mêmes, comme adultes, avec nos collègues de travail...
 
Souvent disposés à faire l’effort de se lancer dans nos projets ou de trouver, avec nous, une façon d’atteindre nos objectifs en empruntant un processus qui leur ressemble, nos élèves gardent l’esprit ouvert à découvrir les fruits de ma créativité. Mieux encore, ils se mettent à partager les leurs avec nous et c’est à ce moment précis que la magie opère: nous pouvons enfin construire une école qui leur ressemble assez pour qu’ils aient envie de l’aimer un peu plus.
 
Il ne peut pas exister de milieu de travail plus stimulant et positif que cette bibliothèque, recyclée en repaire pour nos trois classes de 6e année, où je passe mes journées. Pensé par nous et transformé par des élèves armés de bonnes intentions et de projets, c’est devenu un petit monde donnant l’impression d’être sur le pont de l’Enterprise ou de marcher ensemble, solidaires, sur un territoire hostile de Walking Dead.
 
Uniquement durant le dernier mois, les sources de fierté se sont multipliées. D’abord, une ancienne élève, un modèle de persévérance et de ténacité, est de retour à mon école, six ans après l’avoir quittée, pour donner au suivant. Il y a eu aussi cette discussion sur le suicide avec un élève qui s’est terminée sur de belles lueurs d’espoir. 
 
Je ne cacherai pas non plus que de voir la plupart des garçons de sixième année investir une incalculable somme de temps dans les livres, les jeux de société et l’écriture est très satisfaisant. Finalement, un groupe de jeunes filles moins sportives s’initient progressivement au basketball pour aborder l’activité physique autrement, dans un climat qu’elles ont choisi.
 
Bientôt, ce sera le printemps. Avec les examens du ministère viennent surtout les moments où nous travaillerons à nouveau à l’extérieur. Suivra ensuite notre traditionnel voyage de fin d’année qui n’est que rires et délires. Trop vite encore arrivera la fin qui vous arrache quelques larmes.
 
L’année scolaire terminée, j’écouterai alors les animateurs de radio dire que nous avons trop de semaines de vacances en faisant le bilan de mon dernier parcours en y cherchant à devenir un meilleur enseignant, un parent plus compréhensif et une personne plus ouverte. C’est là que je referai mes forces en essayant de trouver une façon de surprendre mes futurs élèves tout en les préparant aux défis du Québec moderne.
 
Mon travail me permet de voir notre société se transformer, d’être le témoin privilégié de petites et de grandes victoires. Mieux encore, il me donne l’opportunité d’influencer les futurs artisans d’un monde plus juste, de sentir que tout ce temps et cette énergie investis peuvent faire une véritable différence sur la façon dont ces jeunes aux talents prometteurs abordent les épreuves qu’ils rencontrent.
 
Je suis fier d’être enseignant, mais je le suis bien plus des convictions qui m’amènent à avoir la confiance inébranlable de dizaines de jeunes entre 11 et 13 ans, tous plus ou moins blessés par cette vie qui va trop vite.
 
Pouvez-vous en dire autant de votre «job»?